La Peau des Filles de Joanne Richoux

Si vous ne connaissez pas mon amour pour la plume de Joanne et mon incapacité existentielle à écrire des chroniques cohérentes je vous invite à aller consulter mes chroniques de : Virgile & Bloom, Orageuse, PLS, Désaccordée, Marquise, Toffee Darling et Les Collisions. Cette liste est à elle seule une déclaration d’amour. Bref, celle-ci ne fait pas exception, d’autant plus qu’elle est particulière puisque j’écris une lettre à Lou Knoxx dans le cadre d’une lecture commune. Je vous invite à aller lire sa propre lettre juste ici.

Résumé éditeur

Pour Rose et Louise, l’heure est aux renoncements : la première affronte un divorce, son corps en abîme, sa colère sourde, la deuxième se débat avec le réel et un “trouble anxieux généralisé”. Entre elles se trouve Jenna, sexualité revendiquée sous les regards, invariablement à l’équilibre. Jenna qu’un coup de fil va surprendre un matin : son père est à l’hôpital. C’est le cœur.

Précipitées sur la route à l’orée de l’été, direction l’Au­vergne et la famille de Jenna, les trois trentenaires vont alors faire le choix de la césure, cap sur la côte basque. En espérant que l’océan leur offre du répit face à la peur de la perte, et tous les plaisirs des vacances improvisées : rencontres éphémères, caresses des embruns, peaux dorées, étreintes sous des draps aux odeurs neuves. Le temps d’une échappée, apprendre à respirer sans entraves, enfin.

“La Peau des filles” est le roman solaire d’une transformation, celle qui suit le passage à l’âge adulte et ses étonnements. C’est la découverte de ce qu’est la liberté, intime, véritable, dense ; la réconciliation dans un grand éclat de rire et quelques larmes sous la pluie – une dernière fois – avec sa chair, celle des autres, et l’espace souvent opaque qu’il y a au milieu.

Ma lettre à Lou

Salut Lou,

Oui je sais c’est moi qui ai eu cette idée débile.
Enfin toi. Puis moi. Tu as dit “faisons une lecture commune”, je t’ai dit “écris moi une lettre”. Ça avait un côté romantique, presque.

Je pourrais dire que je me suis retrouvée dans toutes ces filles, Jenna, Louise, Rose, même Chloé, leur peau élastique, le jeu de leurs cheveux sur leurs épaules, leurs névroses, leur volonté de se névroser, de se baigner dans les angoisses, les douleurs fantômes, les absences.

Mais alors je ne parlerai pas de la langue, du sexe, de la moiteur, des coupures, des fluides ; ni des bulles, de l’hors du temps, du renouveau, du soleil qui assèche, des orages d’été. Parce que c’est ça, au fond, qui me révolte, me bouleverse, me taillade à chaque bouquin : son écriture en dents de scie, en images, en sensations, ces points et ces virgules, ces chutes de phrase où mon cerveau crie, et mes tripes exultent, ces instants suspendus, ces mots crus et tendres, tranchants et caresses. Lire du Joanne c’est comme faire l’amour tu vois, c’est brutal et doux, moite, un peu dégueulasse, mais pétillant, parfois, souvent. De la clairette.

La Peau des filles c’est un peu ça donc, un putain de paradoxe auquel tu reviens inlassablement. Que tu dévores, dégueules, tu sais plus trop. Et puis c’est sentir, entre les lignes, l’Artisan Parfumeur, les orgasmes, les pulsations, les peaux, quelque chose de l’ordre de l’intime, comme partager un secret si fort et si grand, qu’on en a les yeux brillants mais que l’on se tait.

Jenna. Louise. Rose. Trois. Nanas. C’est tout. Et c’est beaucoup, non ? Trois nanas, trois visions, trois caractères, trois façons d’aimer, de rire, de détester, d’envier, de bouleverser, de se fêler. Je me demande ce que toi tu as perçu d’elles, toi, quand tu disais que tu voulais mon avis parce que je savais comment c’était fait, une fille, à l’intérieur. Est-ce qu’on sait jamais comment c’est fait une fille à l’intérieur ? Tous nos non dits, nos silences, nos regards, nos braises, nos feux intérieurs, nos descentes en dedans ? Moi je sais pas comment c’est fait, je sais même pas comment je suis faite. Je sais juste que, parfois, je m’arrête, stupéfaite, les yeux grands ouverts, tandis qu’un mot, une ligne s’immisce en moi et s’y loge à jamais.

Tu as vu le rock’n’roll, la nostalgie, l’enfance qui s’éternise. J’y ai vu la moiteur, la noirceur, les peaux qui s’électrisent.

Tout ce que je veux maintenant, c’est un orage d’été.
Et y replonger.

En résumé

La Peau des filles est un coup de coeur, mais comment pourrait-il en être autrement quand une plume vous fait frissonner comme celle de Joanne Richoux ? L’histoire de trois nanas abimées par la vie, fatalement, angoissées, anxieuses, délurées, tristes, déroutantes, envoûtantes, qui décident un beau matin de partir. Pour avancer, affronter, se relever, tomber, mais surtout pour vivre, coûte que coût, les mains moites et le coeur battant la chamade. Une plongée aussi formidable que terrifiante dans cette trentaine, où l’enfance s’éternise avec nostalgie et où le corps, témoin des changements sublimes, autant que des douleurs intimes, est un territoire pas tout à fait conquis.

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