Félines de Stéphane Servant #PLIB2020

Félines est le dernier roman paru d’un de mes auteurs favoris en littérature jeunesse : Stéphane Servant. C’est l’auteur de Sirius, celui de La langue des bêtes et de mon roman coup de cœur en littérature ado Le coeur des louves qui n’est pas chroniqué ici. C’est un auteur-conteur comme on en voit plus beaucoup, qui n’a rien oublié de la puissance des histoires, de la poésie et des images. Félines ne fait pas exception à la règle et rejoint mon petit panthéon avec ce côté militant, féministe, engagé qui m’a prise aux tripes.

Résumé éditeur

AVERTISSEMENT.
Ceci est une histoire vraie.

Vous la connaissez certainement : elle s’appelle Louise R., elle a dix-sept ans. Elle a été l’une des premières jeunes filles de notre pays à être atteinte par la Mutation. Comme bien d’autres, son corps s’est métamorphosé, ses sens se sont aiguisés et sa vie n’a plus jamais été la même. Son visage a été vu sur tous les écrans, sur tous les réseaux sociaux. Ses prises de position et le récit de sa clandestinité ont bouleversé toute une génération.

Ce document inédit est son témoignage. A travers elle, c’est aussi l’histoire de Fatia, Sara, Morgane et de toutes celles qu’on appelé « les Félines ». Adolescentes et résistantes, elles se sont un jour dressées contre l’oppression et les discriminations. Elles se battent encore aujourd’hui pour leur liberté.

Ce texte est le récit de leur combat.

Mon avis

« Réfléchir c’est commencer à désobéir.
Lire, c’est se préparer à livrer bataille. »

Dès le début du roman le ton est donné. Immersif. Puissant. Révolté. On est lancé dans un roman qui ne commence pas tout à fait et ne s’arrête pas tout à fait. Roman métaphorique d’un monde bien actuel où des jeunes se retrouvent braqués en place public, les mains croisées sur la nuque, où des femmes frôlent les murs pour échapper aux regards des hommes, ou des adolescentes se plient à des diktats d’une société moisie, sombre, opprimante. Les Félines c’est vous et moi. Les Félines se sont des femmes, des adolescentes qui voient leurs corps changer, poils sous les aisselles, le pubis, les jambes. Noirs, bruns, blonds, roux. Il faut raser, tout effacer. Mais ça ne s’arrête pas là. Ça grimpe, et puis le torse, le ventre, les seins, le dos, les épaules, le visage. Métaphore. Métaphore des corps qui changent, qui se tordent, sans que personne n’est rien demandé. Des corps avec lesquels il faut vivre. Dans la nuit, dans le jour, dans le regard des autres.

« Tandis que je me changeais, j’entendais les garçons plaisanter de l’autre côté de la cloison. Contrairement à nous, eux avaient appris depuis longtemps à ravaler leurs angoisses. On les dressait pour ça. Ils seraient morts plutôt que d’avouer qu’ils n’étaient encore que des enfants effrayés par leur corps et par la nuit. »

Toutes ces filles-adolescentes qui d’un coup ne ressemblent plus à nos diktats, à nos illusions, à nos rêves. Toutes ces filles-adolescentes qui d’un coup ne sont plus que des filles-adolescentes. Des monstres ? Des créatures du diable ? C’est ainsi que désormais le monde les perçoit, monstrueuses, violentes, d’un coup affichées là à la face du monde. Métaphore encore de ces filles-adolescentes qui ne rêvent que de liberté, qui espèrent toutes dans leur lit pouvoir être libres et au réveil se regardent dans la glace pour effacer le moindre de leur « défaut ». C’est brutal. Violent. C’est l’adolescence telle qu’imaginée par des hommes qui ont dirigé le corps des femmes depuis l’aube des temps. Alors oui c’est imaginaire, il y a ce côté « poussif », cette transfiguration du corps, mais croyez-moi ça va bien au delà de cela, bien au delà d’une jolie histoire, bien au delà d’un récit. C’est comme regarder un peu déformé de toi-même, de ton histoire, de ton adolescence. Et même d’aujourd’hui. De l’escalade de violence. De l’engagement des jeunes. De la montée des extrêmes. Et encore et toujours du regard sur le corps des femmes.

« Toutes ces filles mises à genoux, les mains sur la nuque, braqués par la police, tout ça alors que nous voulions juste manifester pacifiquement c’était insupportable. Mais j’étais persuadée que la violence ne pouvait qu’envenimer les choses parce qu’une réaction violente, c’était justement ce qu’ils attendaient. Ils voulaient cette violence, vous comprenez ? Ils voulaient un prétexte pour nous écraser parce qu’ils savaient qu’ils seraient, de toute façon plus forts que nous. Ils avaient la loi et les armes, nous n’avions que notre détermination. »

Les romans de Stéphane Servant ont toujours pour moi été des contes dont les leçons visaient à regarder le monde autrement. Mais ce n’étaient que des contes. Avec ce roman, l’auteur aborde notre société contemporaine avec un regard et une écriture beaucoup plus engagée. Bien sûr vous retrouverez des mots-merveilles, des conversations loufoques, des rires dans la nuit, de la tendresse et de l’amour. La famille aussi. Mais il y a ce récit, propulsé comme un témoignage dans une société gangrenée, retour aux méthodes de la seconde guerre mondiale (camps de travail, parcs à animaux, exactions policières, robes distinctives, etc.), une ode à la liberté. On commence par cette adolescence presque ordinaire, les moqueries, le regard des garçons, les ragots, l’envie d’être du bon côté de la barrière. Puis on glisse. Indubitablement. Les félines qui se réveillent, ces femmes-chats qui se transforment, mutation d’un chromosome. Et puis la haine. Toujours. Envers tout ce qui est différent, intolérable aux yeux des bien pensants, et la récupération politique bien sûr, sans elle comment se porterait le monde ? Et les félines, de véritables bouffées d’air dans ce récit, libres, sauvages, avec cette puissance de l’âme.

« Nous avons ri comme seules des adolescentes peuvent rire. Un rire à chasser la peur. Un rire à faire exploser les étoiles. Un rire à bouffer la lune. »

Chaque personnage est extrêmement travaillé. Même ceux que l’on déteste. Il y a Louise bien sûr qui cache ses cicatrices derrière une grande cape noire et son frère, et son père, cette famille soudée en laquelle on a envie de croire. Mais aussi Tom, le cœur sur la main, les yeux dans les livres, le géant et la gothique au bord du lac. Et puis toutes les autres félines : Fatia et la Rouquine pour commencer, et celles que l’on ne voit pas venir. Celles que l’on aimerait détester mais dont on comprend chacun des gestes. J’ose croire, étrangement, que tout ne se passerait pas comme ça, que l’on serait davantage à se rebeller, davantage à les soutenir, à nous soutenir, toutes dans un genre de solidarité combative. Mais qui sait ?

 » — Si un jour, ton cœur ne bat plus quand tu me vois, cours. Pars. Fuis. Ne te retourne pas. Ou je pourrais te tuer.
— Si jamais tu ne sens plus rien dans ton ventre quand je te touche, balance-moi dans ce lac. Donne-moi à bouffer aux poissons. Fais-moi disparaître, oublie-moi.
J’ai demandé :
— C’est promis ?
— C’est promis.
— Croix de bois, crois de fer, je crache sur le paradis et sur l’enfer »

Félines c’est le genre de romans qui te fait gamberger un bon moment. Qui te reste en tête longtemps. Et qui te fait dire que tu aurais adoré lire ce genre de livres en étant ado. Un roman féministe et engagé, féminin et engageant, politique aussi d’une certaine façon, mais surtout militant d’un monde plus juste, plus tolérant, plus beau tout simplement. Où les gens s’aimeraient, à l’image de Tom et Louise, sans rien attendre, construisant des plans sur la comète avec ce qu’il faut d’insouciance et de magie.

En résumé

Le dernier roman de Stéphane Servant est une petite bombe. Abandonnant les allures de contes oniriques de La langue des bêtes et SiriusFélines se fait roman engagé et militant. Véritable ode à la féminité, à la résistance et à la tolérance, ce one shot est une merveille. Un roman à lire pour toutes les adolescentes (et adolescents) avec un message puissant et toujours plus d’actualité : être différent, ce n’est pas être un monstre, c’est être comme tout le monde. C’est être félines.

PLIB : #PLIB2020 #ISBN9782812618291

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