Les Seigneurs de Bohen d’Estelle Faye

D’Estelle je n’avais lu que des avis extrêmement positifs et on m’avait à plusieurs reprises recommandé La Voie des Oracles en jeunesse. Lorsque j’ai trouvé celui-ci en vente d’occasion je me suis dit que c’était l’occasion de tester. Je suis à la fois surprise, enchantée et un peu déçue. 

Résumé éditeur

Je vais vous raconter comment l’Empire est mort.
L’Empire de Bohen, le plus puissant jamais connu, qui tirait sa richesse du lirium, ce métal aux reflets d’étoile, que les nomades de ma steppe appellent le sang blanc du monde. Un Empire fort de dix siècles d’existence, qui dans son aveuglement se croyait éternel.
J’évoquerai pour vous les héros qui provoquèrent sa chute. Vous ne trouverez parmi eux ni grands seigneurs, ni sages conseillers, ni splendides princesses, ni nobles chevaliers… Non, je vais vous narrer les hauts faits de Sainte-Étoile, l’escrimeur errant au passé trouble, persuadé de porter un monstre dans son crâne. De Maëve la morguenne, la sorcière des ports des Havres, qui voulait libérer les océans. De Wens, le clerc de notaire, condamné à l’enfer des mines et qui dans les ténèbres découvrit une nouvelle voie… Et de tant d’autres encore, de ceux dont le monde n’attendait rien, mais qui malgré cela y laissèrent leur empreinte.
Et le vent emportera mes mots sur la steppe. Le vent, au-delà, les murmurera dans Bohen. Avec un peu de chance, le monde se souviendra.

Mon avis

Énormément de choses m’ont plu. En fait ce livre aurait même pu être un coup de cœur s’il n’avait pas présenté les défauts dont je parlerai par la suite. Mais concentrons-nous en premier lieu sur ce qui fait de ce roman une très belle oeuvre de fantasy.

Les Seigneurs de Bohen s’ouvre sur un univers riche et original, empruntant aussi bien des consonances slaves que bretonnes, situant son roman dans un autre espace que celui d’ordinaire d’inspiration occidentale. Les mots ont les timbres de l’est et des créatures surprenantes peuplent le récit (vouivre, margrave, byline, etc., ainsi qu’un certain nombre de mots en « oï » que je n’ai pas retenus). Les paysages sont éclectiques et immersifs aussi bien les mines que les plaines, ou encore l’océan à perte de vue des Vaisseaux Noirs. L’écriture est fine et les descriptions souvent très cinématographiques ce qui rend le roman très palpable, presque réel. C’est d’ailleurs ce que j’ai sans doute le plus apprécié dans le récit.

Doté d’un monde bien construit, Bohen est également un empire où règne la magie…mais où elle est interdite, mal vu par l’Eglise ou ce que l’on en devine. Dans certaines contrées les créatures magiques sont brûlées ou chassées, et dans les autres elles sont méconsidérées voire méprisées par le peuple et la noblesse. Pourtant, bon nombre des protagonistes en font usages : Sainte-Etoile a une mâchoire appartenant à un être surnaturel dans la tête, Maëve est une morguenne faisant usage de la magie du sel, Janosh est un Essenne qui connaît des « mots de pouvoir », et l’Impératrice elle-même repousse les hordes des Vaisseaux noirs sur son trône. De quoi perdre un peu la tête ! Malgré tout, cela ne m’a pas dérangée, ça donnait quelque chose en plus à ce récit dit de « dark fantasy ». Et puis la magie a toujours un drôle d’effet sur mon imagination et il faut dire que, là aussi, la plume de l’autrice joue parfaitement son rôle. On imagine sans peine les volutes de sel s’échapper des doigts de Maëve ou les arabesques tracées sur le corps de Wens par Janosh pour s’emparer de lui.

Les personnages sont bien campés, quoique légèrement stéréotypés et certains m’ont vraiment beaucoup plu : Sorenz, le mercenaire révolutionnaire androgyne, Maëve, Nasha, la vouivre capitaine de navire, ou encore le duo Janosh / Wens. Paradoxalement au récit qui nous annonce que ces relations sont interdites, beaucoup des personnages sont gays ou bi. C’est quelque chose qui ne me dérange pas, au contraire, j’aime que les récits d’aujourd’hui se diversifient. Mais les relations étaient parfois beaucoup trop mièvres, trop romancées pour de la dark fantasy, c’est dommage parce que je trouvais que cela changeait un peu de ce qu’on avait l’habitude de lire. Mais ces romans entravent vraiment le récit, les personnages sont amenés à prendre des décisions incohérentes ou êtres catapultés à des positions qu’ils n’auraient pas dû atteindre sans autre forme de procès. Le récit étant éclaté, Estelle Faye oscillant d’un point de vue à un autre, on saute parfois d’une romance à une autre, en oubliant tout le reste… y compris l’objet même du récit : La chute de l’Empire.

« L’espoir d’un monde sans Faute, sans Empereurs ni Démons. Plus que des hommes. Des hommes libres, comme le courant des fleuves. C’est de cela que parle ce livre. C’est ce à quoi je crois, ma belle, et ce pour quoi je vis ».

Et on arrive à la partie que j’ai la moins aimée. J’adore la fantasy plus politique, vous le savez, j’aime les complots, les trahisons, et les romances ne me gênent d’ailleurs pas en temps ordinaire (Kushiel de Jacqueline Carey étant une de mes sagas favorites, ce serait carrément paradoxal), mais quand tout est parfaitement dosé. Le côté romancé prend tellement le pas sur le reste de l’intrigue que j’ai eu énormément de mal à comprendre comment cette révolution a pu réellement se produire. Les scènes d’action sont largement expédiées, et les brefs moments épiques sous exploités. D’autres incohérences peuplent le récit mais Le Culte d’Apophis en parle bien mieux que moi. Pourtant des choses auraient pu vraiment être mieux agencées surtout étant donné les liens entre tous les personnages et la façon dont leurs chemins se croisent. Même l’univers mis en place était réellement propice pour mettre sur le devant de la scène cette Révolution : imprimerie, poudre à canons, magie… J’en attendais beaucoup et j’ai finalement été déçue.

Alors bien sûr que ce roman est original, bien sûr que traiter de la place des femmes, des minorités, de montrer aussi bien la haine que l’amour, de démontrer que chacun est humain et que même les monstres avec les pires difformités le sont aussi, dans un roman de fantasy c’est plutôt bien pensé et novateur dans ce milieu plutôt masculin (même s’il y a bien sûr des héroïnes). J’aime les récits d’humanité, d’ailleurs je l’ai déjà dis à plusieurs reprises dans d’autres romans, mais pas au mépris du scénario. 

En résumé

Les Seigneurs de Bohen est une lecture en demie teinte. Si j’ai adoré la plume et l’univers bâti par l’autrice, j’ai été déçue par l’imprécision du scénario, les nombreuses incohérences et la partie romancée qui a bien souvent pris le pas sur tout le reste. Toutefois l’écriture de l’autrice m’ayant bien plu, je me laisserai sans doute tenter par un autre de ses romans.

5 commentaires sur “Les Seigneurs de Bohen d’Estelle Faye

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    1. (merci pour le tien)
      Oui c’est ce que j’ai vu et tu soulignes encore plus de choses que moi avec un point de vue plus expert. Quelque part je suis contente de ne pas les avoir lus, le roman m’aurait vraiment déçue je pense. Merci beaucoup ☺️

      Aimé par 1 personne

  1. J’ai eu à peu de choses près les mêmes bémols que toi, notamment en ce qui concerne la romance entre Sainte Etoile et Sorenz, la naissance de la révolution assez floue et le manque d’épicness global – sans parler de l’histoire de Mordre que je crevais de connaître ^^’. Pourtant je suis tombée sous le charme malgré tout : Maëve est un super personnage, les Wurms une civilisation passionnante et Bohen un empire dont j’ai savouré les rouages et coutumes :-).
    Avec le second et dernier tome (les révoltés de Bohen), beaucoup de réponses tombent et la boucle est bouclée avec pas mal de dynamisme. Si tu es tentée, ne traîne pas trop à t’y mettre : moi j’ai mis plus d’un an et demi entre la lecture des deux tomes et POUAAAH, c’était compliqué de tout resituer ^^’ – mais j’ai beaucoup aimé malgré tout !

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    1. Je dois avouer que ma lecture fut trop en demie teinte pour avoir réellement envie de le lire. Si je le trouve d’occasion comme celui ci je me laisserai peut être tentée. Mais j’avoue que c’est un autre de ses romans qui m’intéressais au début : Un éclat de givre. Et j’avoue que je suis toujours hésitante dessus mais étant donné sa sortie poche… ☺️

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