Orageuse de Joanne Richoux

Orageuse je l’attendais depuis sa sortie. Ou depuis Désaccordée. Je l’espérais de toutes mes forces, faisais des plans sur la comète où Arpège et Violette auraient un avenir radieux de musique romantique. Bon j’étais pas prête. Pas prête à retomber amoureuse, encore. Pas prête à avoir le cœur serré, encore. Pas prête à replonger au Pays des Muses avec Joanne comme cantatrice. Mais c’était génialissime.

Mon résumé

Retour à la réalité brutale. Bac en poche, réflexions sur l’avenir, sur la vie d’adulte, de « grande personne », tout ce qu’elle ne se sent pas être. Parce que Violette est hantée. Hantée par le Pays des Muses, par les lèvres d’Arpège, pas des odeurs de chèvrefeuille, des sons venus d’ailleurs et des fleurs insoupçonnées. Parce qu’elle a fait enfermer son frère dans un hôpital psychiatrique pour qu’il ne puisse plus nuire à personne mais chaque visite la meurtrie un peu plus. Parce que chaque seconde passée loin de ce monde auquel elle a appartenu quelques mois à peine ont un goût d’orage. Alors quand elle découvre l’existence possible d’un passage, Violette n’hésite pas.

Mais là bas il lui faudra affronter ses propres démons : sa peur, son amour, sa culpabilité, sa sensibilité, ses envies de hurler et d’embrasser le monde. Là bas, une guerre se prépare, et les vieux amis se font ennemis sans possibilité de retour. Là bas, il y a Arpège, des glycines fanées et la folie des colères et des vengeances.

Mon avis

Pour lire Orageuse il n’est pas nécessaire de lire Désaccordée. Ça c’est ce que laisse supposer le résumé au début du roman. Mais c’est un mensonge. Sans lire Désaccordée, comment comprendre la haine de Dièse ? Comment comprendre la profondeur de la relation Violette/Arpège ? Comment prendre la mesure de l’univers, imaginer les arbres chocolatiers, les rochers croches, les robes aquatiques, si, avant, on a pas vu les larmes de Prunelle, la passion de ces peuples si semblables, la force des émotions qui font tourbillon ? Peut-être que vous le pouvez, vous. Moi pas. Alors j’ai relu Désaccordée, pour le plaisir des notes et des senteurs, pour le plaisir des descriptions des fleurs et des robes abracadabrantesques, pour revivre les premiers émois de Violette, sa force vive, son caractère, ses envies, ses passions.

En commençant Orageuse j’avais en tête cet univers de merveilles et le désarroi de Violette me fut si familier. Comme si, à mon tour, j’avais quitté le Pays des Muses et avais l’impression de ne plus pouvoir y revenir. Moi aussi je regardais le soleil filtrer à travers les branches, et j’y cherchais une magie inconnue. C’est ça l’effet Désaccordée. L’effet Orageuse. Violette c’était moi et moi j’étais Violette. A mourir à petit feu d’amour perdu.

« Une jolie image ; la paix avant le sordide »

Autant vous dire que quand elle a décidé d’y retourner, sur un coup de tête / de coeur, je trépignais d’impatience sur mon fauteuil voltaire, cheveux au vent, soleil sur la peau. Les retrouvailles avec Arpège sont électriques entre colère, déception et passion. La voilà de nouveau affublée de responsabilités à n’en plus finir, une guerre à bout de bras, des amis dans le mauvais camp. Tout s’annonce rude et pluvieux, et les arcs électriques qui lui amènent visions et dos en feu n’arrangent pas les choses. Son don peut la tuer…ou les sauver tous.

J’aimerais vous parler de tout. Vraiment de tout. Vous convaincre que chaque petites virgules de ce roman est une merveille. Que chaque phrase a eu cet effet incroyable d’avoir un impact, de dire quelque chose, de signifier vraiment. Vous parler de l’esprit fou de Dièse qui m’a retourné l’estomac. Vous parler de Sonate. Vous parler de paix, d’amour, de guerre, de notre monde qui part à vau-l’eau, de tout ce cynisme, toute cette colère enfouie si profondément. Vous dire que ce roman ne réinvente pas le genre mais le transcende. Qu’il est aussi question d’une élue et de nuits d’orage, d’éclairs foudroyants, de pluie. Qu’il est question de magie. De sang. De cauchemars. Mais aussi de complicité.

« Un instant de complicité avec un inconnu, ça ressemble à piocher dans une bonbonnière. Il existe une multitude de saveurs possibles, dont certaines moins digestes que d’autres. Et qu’importe au final : un bonbon, c’est fatalement cool ».

Alors voilà, parfois il y a des romans dont tu ne sais pas trop comment parler. Si tu dois parler des personnages, dire à quel point ils sont profondément touchants. Si tu dois parler de l’intrigue et de ses péripéties, de cette quête pour une boîte à musique qui ressemble beaucoup aux romans de fantasy et si peu à la fois. Si tu dois parler du genre entre fantastique et romance, conte et roman-merveille. Si tu dois parler avec tes tripes ou ta tête. Vous remarquerez que ça m’arrive souvent avec les romans de Joanne. Avec PLS, avec Désaccordée, avec Toffee Darling.

« Tu sais Arpège, tu me fais comprendre un tas de trucs. Les larmes sur les quais de gare. L’élasticité du temps. Pourquoi certaines choses sont si tristes. Et puis tu me guéris. Je voudrais t’emmener dans chaque endroit où j’ai pleuré. Dans chaque souvenir malheureux. Ton parfum aurait le pouvoir d’effacer les cicatrices, j’en suis sûre. »

La vérité c’est que, peut-être, ne suis-je pas une très bonne chroniqueuse. Je manque d’objectivité. Mais qui puis-je, moi, si chaque mot de Joanne résonne si fort au fond de mon ventre ? Qui puis-je si le duo Arpège / Violette me serre le coeur de tendresse ? Si j’ai tout aimé de bout en bout sans fausse note ? Rien du tout. Alors, parce que j’en parle si mal et que j’aimerais bien vous y voir, venez avec moi au Pays des Muses, laissez-vous résonner. Laissez-vous emporter. Laissez-vous embrasser par des parfums chèvrefeuille et des airs de musique. Et parlez-en mieux que moi. Come.

En résumé

Orageuse c’est un roman qu’on peut lire comme un premier ou un second. C’est un roman-émotion, à fleur de peau, sueur froide et moite, perle d’eau au bord des yeux, des boum boum au cœur. C’est un roman qui rend amoureux et triste. Qui rend amer, joyeux, qui secoue et bouleverse. C’est un roman qui n’est pas tout rose, ni tout noir, ni tout blanc, ni tout gris. C’est un roman violet, de cette couleur de l’orage, éclair dans la nuit noire. Qui donne envie de faire l’amour aussi. Et d’offrir des bouquets. Un roman qui raconte comment on peut grandir, mourir un peu et vivre intensément.

4 commentaires sur “Orageuse de Joanne Richoux

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  1. J’avais moyennement aimé Désaccordée (ahlala notre lecture commune ❤ ) mais alors j'ai adoré Orageuse, je me suis totalement laissée emportée et j'ai trouvé la relation entre Violette et Arpège plus mature et réaliste ! 😀

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