Désaccordée de Joanne Richoux

Désaccordée. Joanne Richoux. Vous voyez directement où je veux en venir non ? Coup de coeur ? Arf ne vous spoilons pas si tôt 😉 Un grand merci aux éditions Gulf Stream pour leur envoi (ce partenariat est juste fou <3).

Mon résumé

Violette, 17 ans, mène une vie banale de lycéenne entre cours désespérants, professeurs agaçants et petit copain craquant. Sur un coup de tête, elle, Maëva, sa copine trop exubérante, Lucas, un mec un peu chiant, et Alexis, le fameux copain trop canon, partent au château désaffecté où règne une ambiance des plus sinistres. Elle y découvre une histoire d’horreur, un copain pas si charmant, et des larmes de rage. Puis une boîte à musique. Et tout bascule.

Propulsée dans un univers fantasmagorique où on la prend pour la Princesse Croche, Violette n’a d’autre choix que de jouer le jeu quitte à tromper tout un peuple. De ravissement en stupeur et d’horreur en rire, Violette se réinvente mais n’oublie pas son monde. Telle Alice aux Pays des Merveilles, il lui faudra regagner la terre ferme, regagner sa famille à Saint-Crépin-L’Hermite. Mais dans cet univers où tout semble être magique et où tout l’émerveille, de sombres secrets grandissent dans l’ombre…et menacent de tout faire exploser.

Mon avis

Les quelques critiques que j’ai lu sont plutôt moyennes voire négatives sur ce roman. Du coup vous allez penser que j’en fais trop. Et pourtant c’est exactement ainsi que j’ai ressenti ce roman. Comme un rêve qui vire au cauchemar. Comme une envolée lyrique. Comme un monde ouvert.

On y suit Violette. Violette ça peut être n’importe quelle fille. On a toutes vécu ce qu’elle a vécu au début de l’histoire. Cette espèce de tromperie de l’univers qui te fait tomber amoureuse du mauvais garçon (et pas dans le sens badboy vois-tu, dans le sens connard plutôt). Et ce qui lui arrive je ne m’y attendais pas mais c’était une possibilité, une possibilité abjecte et dégueulasse mais le genre de truc qui ne me surprend même plus. Violette a mal et j’ai eu mal, au cœur et à l’âme, un peu comme quand ça t’arrive, alors quand elle tape partout dans la forêt pour se défouler, j’ai eu envie de taper aussi. Pour tout vous dire je me suis tellement attachée à ce personnage. Elle n’est pas compliquée, elle est simple dans ce qu’elle ressent, simple dans ce qu’elle dit. C’est facile de s’identifier, de se l’approprier. Même si l’univers est en décalage.

« Stupide quand on y pense : les garçons et les filles crèvent d’envie de s’aimer, mais à cause de la trouille, on se contente d’égratignures au hasard ».

Violette c’est aussi Alice et puis Croche. Elle bascule dans un monde magique où elle ne reconnait rien, sauf peut-être quelques trucs à droite à gauche qui lui rappellent vaguement ce que lui disait son grand-père fou. C’est Alice tombée dans une boîte à musique réveillée au Pays des M..uses. Une Alice plus grande, plus caractérielle, et franchement pas ravie ravie d’être là. Et puis c’est Croche, une ressemblance vraiment troublante avec la princesse disparue lui vaut de se faire passer pour elle pour essayer de survivre au pays de la magie-musique. Et puis autour d’elle il y a Dièse, Sonate, Trille, Arpège… Des personnages hauts en couleur que l’on voit souvent ou par intermittence. J’ai beaucoup aimé le personnage de Dièse, dans le genre malheureux au cœur brisé, mais pour une fois j’ai aimé le personnage dont l’héroïne tombe amoureuse (oui parce que j’ai le syndrome du : mais pourquoi tu tomberais pas amoureuse de l’autre plutôt ? mmh ?). Je l’ai aimé parce qu’elle l’aime de tout son cœur et que je n’ai pas pu m’empêcher de l’aimer un peu. Peut-être auraient-ils mérité tous un peu plus d’approfondissement, de profondeur, de discours à n’en plus finir. Ou peut-être que de les voir tels qu’ils sont, esquissés de quelques traits, une bouche cerises, des couleurs, couche après couche comme d’une peinture à l’huile ça a quelque chose de plus beau, de plus magique.

« Les adultes évoquent sottement PétaouchnoqueTombouctou et Tataouine parce qu’ils ne savent pas où se situent les monts et merveilles dont causent les fous. »

Le Pays des Muses. De la Musique. Un palais immense. Des personnages aux tenues extravagantes, des salles toutes plus impressionnantes les unes que les autres, et une Sonate exubérante. Un univers qui ressemble beaucoup à celui de Marquise mais en plus..émerveillé. Bizarrement dans ce monde parallèle où tout respire le fantastique, la magie, les merveilles, cela semble moins décalé, moins cachottier, moins imitatif. Pourtant notre excursion dans ce Pays des Muses est rapide, sans concession, pas le temps de s’arrêter. On profite de la magie aux longues réceptions de Trille, la reine et mère de Croche, on observe des gelées roses coiffer des cheveux senteur chewing-gum ou melon caramélisé, des salades de fruits pailletées, des gâteaux miroir, des balançoires accrochées au plafond. Tout y est grandiloquent. Presque trop. Et on imagine un univers rose bonbon avec beaucoup de sucre et du champagne pétillant. Ça serait sans doute un brin écœurant si l’autrice ne venait pas y rajouter des pauses : nuits crépusculaires, cascades, balades forestières, musiques et puis la recherche du chemin retour. Et l’odeur de chèvrefeuille. On retrouve les précisions d’orfèvres dont Joanne nous abreuvait dans Marquise quant aux senteurs, aux couleurs, aux fleurs de son premier ouvrage mais avec une maîtrise de son écriture que j’apprécie davantage.

« J’ai perçu un craquement interne, genre fracture osseuse. Une digue venait de céder en moi ; mélange de mes tessons d’estomac, de l’absurdité de la situation, du danger, de l’adrénaline, de l’absence d’Arpège – déjà éprouvante. Dans ma bouche des échardes en forme de gloussement. Et puis l’impression de devenir folle ; elle a enflé, et enflé encore. La faute à cette idée : je pouvais… mourir. Ça aurait dû m’effrayer mais non ; ça a déclenché un feu en moi. Inextinguible. Une pulsion de vie. »

Parce que dans ce livre-là je retrouve d’autant plus ce qui me fait tant de bien dans les romans de Joanne. Cette écriture. Je ne sais qu’à peine comment vous en parler. On ne la retrouve que chez elle, en tout cas il n’y a que chez elle qu’elle me fait cet effet-là. Cette impression qu’elle me parle directement et de ressentir exactement ce qui est écrit, précisément. Dureté et puis poésie. Et puis tendresse. Et puis rage. Et puis douceur. Quand je rentre dans un roman de Joanne j’ai l’impression de rentrer dans ma bulle. C’est très étrange. Mais je comprends que certaines personnes n’y entrent pas comme elles le désirent.

Le roman se lit à vitesse grand V, rebondissements, sensualité, guerre, morts, amour, tout s’y mélange, se confond, et on ressort étourdi, un brin triste face à cette fin douce-amère, comme s’y l’on sortait d’un rêve qui aurait dû durer l’éternité.

En résumé

Désaccordée, c’est un roman dans lequel j’ai adoré me plonger. Un petit air de déjanté, quelques notes de sucre, des accords un peu tristes et des voix ensorcelantes. C’est une petite perle pleine de rebondissement où on en prend plein les yeux et le cœur, et où chaque détail se grave dans la rétine. Un roman que l’on ne voit pas défiler et qui nous entraîne dans un univers aussi magique que sensuel. Parfum chèvre-feuille et violette.

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