La langue des bêtes de Stéphane Servant (feat. Lou Knox)

Aujourd’hui une chronique un peu spéciale. J’ai lu La Langue des Bêtes avec Lou Knox, un ami qui fait des chroniques sur Facebook un brin loufoques mais tellement sincères ❤ Alors voilà, cette idée ça vient de lui : chroniquer ce roman à deux. Cette chronique on la construite comme un dialogue, en se laissant totalement imprégnés de nos ressentis et des mots de Stéphane Servant. Ça a parfois ni queue ni tête, vous vous perdrez peut-être, mais c’était très chouette (y a comme qui dirait des rimes là dedans non ?).

Résumé éditeur

Il était une fois un vieux chapiteau de cirque à l’orée d’une forêt sombre et profonde : c’est là que vit la Petite avec sa famille, une ancienne troupe de saltimbanques. Depuis très longtemps ils ne donnent plus de spectacle, mais ils tissent autour de la famine un cocon protecteur d’histoires et de légendes.

Un jour, un chantier gigantesque vient tout bouleverser : le campement va être rasé et la Petite est envoyée à l’école du village. Elle va alors faire appel aux forces obscures de la forêt pour tenter de sauver les siens.

Chronique

— Bah Lou qu’est-ce qui t’arrive ?
— J’sais pas ma vieille. Tu vois d’habitude c’est moi qu’emporte un morceau d’histoire avec moi. Mais là j’peux pas refermer le livre sinon j’ai l’impression que c’est lui qui va emporter un bout de moi et que je pourrai plus jamais voir les choses de la même façon.
— Tu sais Lou les histoires emportent toujours un bout de toi. Parfois c’est de larmes, de joie, de tendresse, ça réveille des choses et tu les donnes aux personnages et aux mots. Mais une fois que tu le refermes ça reste pas à l’intérieur. Ça ressort, comme un feu d’artifice. Je te jure je l’ai refermé, et le monde il était pas différent. Comme avant. Et je le vois toujours pareil. Mais les arbres n’ont plus les mêmes sourires, les bêtes ont les yeux qui brillent et parlent une langue secrète, et les zétoiles accueillent des gens. Ça a pas changé. C’est juste que je le voyais pas avant. Et ça c’est vraiment vraiment beau.
— On dirait une histoire faites pour ceux qui ont juré de jamais arrêter de croire, mais qu’ont fini par le faire et d’être en paix avec tout ça, à préférer la ville et le confort et tous les trucs dont on se gave pour remplir les vides de l’aventure ! Même le Père il le dit qu’à force tout le monde s’étouffe et c’est ce qui précipite la Chute. Le Père c’est Nous dans l’histoire. Je te jure j’ai la chiale quand je lis les passages sur lui.
— Noooon t’as tout faux. Le Père c’est un homme tendre qui a été brisé, le cœur en vrac et les émotions en rage. Et s’il a arrêté de croire c’est parce que son étoile rousse est tombée du ciel et elle était toute cassée. Alors oui y a des histoires auxquelles on ne devrait pas arrêter de croire et puis il y a les mensonges et les rêves et les contes et les vérités toutes nues qu’on regardera jamais droit dans les yeux. Mais tu sais… Au fond. C’est juste un livre qui te fait comprendre que toi aussi t’es le personnage d’une histoire encore plus grande et qui te dépasse. Toi, moi et tous les autres. Alors parfois on dit des trucs qui sont pas vrais et ce sont des illusions. Et puis parfois on va rechercher toutes les histoires du monde et peut être que ça sera la vérité. Les histoires on en fait un peu ce qu’on veut. Le tout c’est de ne pas se laisser enfermer, et briser comme le Père. Les histoires elles sont dans la forêt, et dans la ville, et sous les zétoiles. C’est ça qu’il veut dire le livre. Que même si on croit plus aux histoires, elles sont toujours là, tout le temps, tout autour.
— Tu sais je sais. Je sais qu’au fond c’est toi qui as raison, mais j’ai le cendrier qui pousse au fond de ma gorge. D’avoir été apprivoisé au début avec l’histoire des Renards. Et qu’à la fin tout ça, ça existera pu jamais. Il tire nos ficelles et moi j’ai rien vu venir. Maintenant faut se débrouiller tout seul parce qu’il donne pas de solutions pour ceux qui veulent jamais arrêter d’y croire, même avec David Bowie ou même avec Les Doors. Il fait croire qu’on peut s’échapper mais jamais jamais on s’échappe.
— Les solutions… Les solutions c’est juste des facilités. La vie c’est pas comme ça Lou, ça se saurait si on te donnait toutes les clés, l’énigme, les indices et puis même tous les coffres. Moi non plus j’en ai pas. Mais y a les montagnes immenses, et le ciel gigantesque, et peut être que tout ça c’est à réapprendre. Parce que moi je sais. Je sais que Petite, le Père et Belle ils vont se réécrire une histoire. Une histoire qui n’aura jamais été écrite nulle part. Et puis après ils vont la dire, et la raconter. Et peut être que toi aussi tu as une Bête. Une Bête au fond du ventre qui demande à ce que tu la laisses sortir, et qui grogne, et qui griffe et qui t’emprisonne un peu. Peut être que c’est ça le roman, laisser sortir sa Bête pour réapprendre le langage du monde.
— Oui j’ai trouvé aussi, c’est pour ça que je trouve cette histoire géniale malgré toute la mélancolie que ça m’a collé. Et chacun se retrouvera dans ce roman c’est obligé. C’est rare que tout le monde puisse se retrouver quelque part au même endroit de façon différente. J’ai l’impression que Stéphane Servant il y arrive et je le crois encore plus quand je vois comment tu l’as lu toi et que moi je l’ai lu moi.
— Et puis ils sont vraiment tous bien ces personnages. Et le Major Tom. Y’a que le Professeur que j’ai pas aimé. C’est juste un con.
— C’est un drôle de conteur n’est ce pas ? Moi, tous ses romans et la plupart de ses personnages – sauf le prof’ t’as bien raison – me mettent un coup au cœur et le rendent immense. J’ai l’impression que le monde est plus beau et plus sauvage à travers ses mots à lui.
— C’est le premier roman que je lisais de lui mais si tu jures qu’ils sont bien les autres je les lirai certainement. En tout cas moi je dis que tu peux lire celui ci à n’importe quel moment de ta vie. Et alors tant pis s’il part avec un peu de nous. Peut-être faut savoir le faire des fois.
— Oui ! Lis « Le cœur des Louves » ça parle d’héritage, de douleur, de filles-louves et de louves-filles et de mémoire et c’est plus violent, plus dur, mais je le trouve aussi plus profond. Il faudra encore laisser la porte ouverte (aller retour fréquent cœur – ventre – tête) mais promis si jamais ça te retourne encore, tu m’appelles et on cause. Mais cette fois-ci autour de pancakes, bourrés de sucre qui colle au doigt. En attendant, là, tout de suite, tu me sèches tes joues toutes salées et on va s’enfiler quelques cuillères de glace caramel. Bretonne la glace. Une tuerie je te dis.
— Deal ma vieille, j’arrive ! Ah un dernier truc tu veux pas m’aider à faire mes lacets ? Mes chaussures elles tombent et y’en a marre de trébucher partout !

Besos !
Enora & Lou

Quelques petites citations pour la route

« C’est certainement à ça que ressemble la peine » se dit la Petite. Une statue noire et grotesque, immobile, hébétée, insensible au soleil et aux vents, le visage et la bouche pleins de cendres. La Petite espère que la pluie viendra bientôt. Et que la pluie effacera les cendres. La peine coulera alors sur les joues du vieux clown, sur ses épaules et sur son corps tout entier jusqu’à venir se mêler aux tissus calcinés de la vieille voiture et à la terre même. Oui, la Petite l’espère : la peine passera avec la pluie. Et sous le masque de cendres, le visage du clown apparaîtra à nouveau. Parce que la peine est un masque qu’on ne peut porter éternellement n’est-ce pas ?

//

Soir après soir, nuit après nuit, le Cirque donnait ses représentations, et tous les gens du public, tous ces gens réunis sous le même chapiteau nous regardaient et nous applaudissaient et c’est comme si la piste avait été un miroir. Ils avaient entrevu pendant quelques heures qui ils étaient vraiment. Des hommes et des dieux. Et ils sortaient du chapiteau tous aussi étincelant que des étoiles. Et les rêves qu’ils faisaient une fois rentrés chez eux, avaient la saveur de la première gorgée de lait.

//

Elle respire. Profondément. Se remplit de vide et de nuit. Ils arrivent. Les renards arrivent. Elle les entend, bien avant de les voir. Et puis. Leurs yeux d’ambre filent et fusent à travers la nuit. Des dizaines. Des centaines. Des feux follets pris de terreur. Des étoiles incandescentes et muettes. Qui rayent l’obscurité du campement. Qui frappent les toiles déchirées du vieux chapiteau. Qui zèbrent la piste d’éclairs fauves.

 

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