La princesse au visage de nuit de David Bry

J’avais beaucoup aimé Le Garçon et la ville qui ne souriait plus, adoré Que passe l’hiver et la Princesse au visage de nuit ne fera décidément pas exception à ce sans faute de la part de David Bry avec mon cœur de lectrice. En fait, je pense que je pourrais le relire tout de suite maintenant tellement de la plume de l’auteur m’envoûte à chaque phrase.

Résumé éditeur

Vingt ans après avoir quitté son village natal, vingt ans après avoir essayé de trouver – en vain – la princesse au visage de nuit pour qu’elle le sauve de ses parents, Hugo revient sur les traces de son enfance.
Un étrange accident de voiture, l’orage qui gronde sans cesse, des noms d’enfants dans le vent, une mystérieuse présence dans les bis et les lucioles qui volettent, toujours.
Comme avant, au temps de la princesse au visage de nuit.

Devenu adulte, Hugo ira t-il jusqu’à la trouver ?

Mon avis

Comment naissent les légendes ? Comment un château abandonné devient-il hanté ? Pourquoi un bois devient t-il le théâtre d’événements mystérieux ? Le bruit du vent dans les branches ? Le désespoir d’enfants qui croient encore qu’on peut les sauver du noir et de la douleur ? Les disparitions de celles et ceux qui ont souhaité un jour que tout s’arrête ? La princesse au visage de nuit n’est-elle qu’un énième fantôme ? Une énième chimère à laquelle on se rattache désespérément pour expliquer les maux du monde ? Peut-être. Peut-être pas.

Alors que Hugo retrouve les traces de son enfance, la maison à l’intérieur de laquelle il subissait coups et brûlures de cigarette, le bois qui renferme les rires de Sophie et Pierre, ses amis d’enfance disparus un soir de la Saint Jean, l’église dans laquelle il s’enfermait pour pleurer, c’est aussi ses légendes et ses habitants qu’il redécouvre. Lisette et ses mauvais augures, le prêtre qui entend toutes les confessions, le violent Vicomte local, et les ragots, et les mensonges, et les secrets que l’on tait et qui font des petites villes les hameaux parfaits pour écrire des histoires de frissons.

Les frissons que David Bry distille dans son roman peuvent être doux. Les frissons de l’amour, des premiers sourires, les frissons de l’alcool et de l’amitié. Mais ils sont aussi parfois plus pernicieux, s’insinuant dans les souvenirs, rampant sur la peau entre horreur et dégoût. A bien y réfléchir, La princesse au visage de nuit m’a véritablement fait penser à un de mes coups de cœur récent : Je suis ta nuit de Loïc le Borgne. Outre le titre, on retrouve aussi des papillons dorés semblables aux lucioles de cette histoire, le poids des souvenirs sur la conscience, l’horreur dont est capable l’être humain et puis cette ambiance, entre réalisme et folie, onirisme et étrange. Et puis les enfants aussi. Si Hugo est bel et bien adulte c’est aussi ses peurs, et ses douleurs d’enfant que David Bry met en lumière. Psychologiquement les deux sont assez violents (âme sensible s’abstenir diront certain.e.s, c’est parce que la mienne est sensible que ces histoires me touchent tant) mais le roman de David Bry a un côté véritablement touchant.

Touchant parce qu’on retrouve un personnage adulte en proie à des douleurs passées qui ressurgissent suite au décès de ses parents, dont il ne se réjouit pas tout à fait. L’oubli, nier ce qui s’était passé, valait sans doute mieux pour lui. Touchant aussi dans sa relation avec la gendarme, Anne, qui suit de très près cette enquête alors que sa petite soeur, Sophie, n’a jamais été retrouvée ce fameux soir de Saint Jean où tout a basculé dans leur ville. Où tout le monde a su pour Hugo, où tout le monde a enlevé ses œillères, trop tard, comme toujours. La présence de Anne ajoute un je ne sais quoi de très…personnel, intime, c’est ainsi que je l’ai ressenti. Touchant aussi dans l’amitié qui lie Hugo à Sébastien, Chloé et William, ses potes de mojitos, de bars, de coups durs, de verres pris en bord de Seine, à Paris, là où il a refait sa vie. Et qui, par leurs histoires de cœur, d’égo blessé, d’orgueil, sont une présence bruyante qui chasse les ténèbres. J’ai adoré leurs disputes, leurs coups de gueule, leurs cris du coeur, et leurs déclarations enflammées. J’ai adoré qu’ils soient à ce point humains qu’ils auraient pu être mes amis.

Je crois qu’on touche là le noyau de ce qui rend les romans de David Bry si beaux et si touchants pour moi. L’humanité. Il en insuffle partout, dans la violence, dans les larmes, dans les cris, dans la panique. Tout ce que David Bry décrit, touche de sa plume est de nouveau emprunt de cela. Même alors que l’on ne voit pas tout. Même alors que l’on se cache derrière des mensonges ou des écrans de fumée. Même quand les personnages sont maladroits, distraits, ou que le pire se produit. Bien sûr, le fait que le roman se présente comme un compte à rebours, prenant ses marques 10 jours avant le Solstice d’été et la fête de la Saint-Jean où tout devrait être « révélé », ajoute du piquant, un côté haletant et page turner qui ne fait que renforcer la puissance de ce roman.

En résumé

La Princesse au visage de nuit est un roman d’une grande sensibilité, offrant une plume onirique et une ambiance terrifiante, un peu comme peut l’être la forêt, la nuit, lorsque les phares des voitures lui découpent des dents acérées. S’insinuant dans notre imaginaire, la princesse nous souffle des prénoms d’enfants disparus et nous invite à entrer dans sa ronde. Une ronde douloureuse mais aussi, d’une certaine façon, salvatrice, dans un monde où les enfances sont parsemées de vies brisées. Un page turner addictif et brillamment écrit.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :