La Guerre du Lotus tome 1 : Stormdancer de Jay Kristoff

De Jay Kristoff vous connaissez sans doute Illuminae ou Aurora Squad chez Casterman co-écrit avec Amie Kauffman, ou encore Nervernight publié chez De Saxus. Moi je ne connais rien de lui, on ne peut pas tout lire ! Mais quand j’ai su que Bragelonne réédité dans sa collection Big Bang La Guerre du Lotus avec de fortes inspirations japonaises mais en même temps des messages forts, je n’ai pas trop trop hésité à le demander en SP. D’ailleurs, les deux tomes suivants sont déjà dans ma PAL et vu ma lecture… j’ai bien hâte de m’y plonger !

Résumé éditeur

La jeune Yukiko fait partie des chasseurs du shogun. Un maître cruel, qui règne sur un empire malade et vicié par la pollution des machines. Lorsqu’il leur donne l’ordre de capturer un arashitora, un tigre de tonnerre, créature légendaire qu’on dit disparue, c’est presque un arrêt de mort. Car quiconque déçoit le shogun y perd la vie.

Yukiko accomplira l’impossible…mais s’égarera dans la dernière forêt sauvage des îles de Shima, avec pour seule compagnie un tigre du tonnerre mutilé et furieux. Saura t-elle dénouer les fils qui la lient mystérieusement à cette bête extraordinaire ? Et se pourrait-il qu’elle soit la mythique danseuse d’orage, l’ultime espoir de son peuple ?

Mon avis

En s’inspirant d’un japon féodal et en le mêlant à une fantasy mythique et un steampunk sombre et polluant, Jay Kristoff a construit un véritable univers dans lequel il peut être ardu de s’y glisser. D’ailleurs je remercie mes quelques heures d’animés et de lectures de mangas ^^ Pourtant, si vous faites l’effort de persévérer, de voir au delà des mots laissés en japonais dans le texte, il vous sera aisé de suivre Yukiko dans ses aventures pas si éloignées du commun dans les littératures de l’imaginaire : une héroïne repentie qui compte bien mener un royaume à sa révolution. Pourtant c’est bien dans la complexité de son univers, dans les messages qu’il porte, et dans son héroïne tourmentée que Jay Kristoff tire son épingle du jeu.

Dans ce Japon féodal où le shogun paraît tout puissant, tous lui doivent obéissance. Pourtant il n’est pas seul à gouverner puisque la Guilde veille à la fabrication des armes, des machines, et l’expansion des fleurs de lotus qui font la force militaire du Shogun…et la destruction de leurs terres. Parce que là où poussent les fleurs de lotus, capables de fournir du fer, les terres dépérissent et finissent par mourir. Décennies après décennies, elles ont proliféré comme un poison, des terres lui ont été allouées, des forêts entières ont été défrichées. Mais la fleur de lotus a de multiples talents et aussi le pouvoir d’endormir les hommes avec sa drogue si efficace, sorte d’opium amélioré.

Dans ce ciel de sang caillé, qui n’a de la couleur bleu que le souvenir chez les plus anciens, naviguent des navires célestes aux mains desquels des marcheurs de nuages. Des noms étrangement poétiques pour des machines qui laissent des traînées noires dans le ciel, empoisonnant la ville et ses habitants alors que les plus nobles se promènent avec leur masque respiratoire et laissent crever et s’empoisonner les petites gens. Chaque mois le Shogun fait importer des oiseaux auxquels on coupe les ailes pour éviter qu’ils ne fuient la puanteur de la ville. En son sein on croise toutes sortes de gens, mais aussi des membres des quatre familles : les Kitsune, les Tigres, les Dragons et les Phénix, un tatouage orne leurs bras, et un autre, soleil impérial, s’épanouit sur leurs corps lorsqu’ils sont au service du Shogun.

Yukiko, elle, fait partie du clan des Renards, les Kitsune, à l’instar de son père Masaru, le chasseur du Shogun. C’est à lui que l’Empereur fait appel pour une mission suicide : capturer un arashitora, une créature légendaire faite d’un corps de tigre, et d’un buste d’aigle, capable d’invoquer les éclairs, la colère de Raijun. Une créature disparue comme la plupart des animaux, si ce n’est quelques rares oiseaux, des chiens maladifs, et les tigres maigrichons qui se traînent dans les jardins du Maître. Une mission suicide pour un chasseur au corps envahi de fumées de Lotus, rongé par la culpabilité. Un père pour lequel Yukiko éprouve autant colère que pitié. Leur relation est complexe et intéressante, j’ai beaucoup aimé la voir évoluer au fur et à mesure des pages et des découvertes.

Comme dit dans le résumé, ils finiront par capturer la créature…avant que le navire céleste ne soit touché par la foudre et qu’il ne commence à sombrer. Avant que Yukiko ne délivre l’arashitora de sa cage d’acier et ne lui saute sur le dos pour attérir dans les îles de Shima, entre les Onis, créatures sombres et démoniaques, et les Kagé, des réfugiés de l’Empire souhaitant sa destruction et que le monde ouvre les yeux sur la pollution et l’ingérence de la Guilde.

« Il y a une part de nous qui adore l’élan donné par la masse, Yukiko-chan. Il est confortable de nager dans le sens du courant parmi nos pairs. Nous avons tous envie de faire partie du tout. Pourtant, lorsque le coucher du soleil approche, il suffit de regarder vers l’avant pour voir où le courant nous mène. Pour comprendre que si l’on ne s’arrête pas pour nager à contre-courant, on va être emporté par le précipice qui se profile un peu plus loin. Nous pouvons le voir dans un miroir. Nous l’entendons aux petites heures calmes du matin. Une voix qui nous dit qu’il y a quelque chose qui cloche terriblement dans ce monde que nous avons construit. Aïsha m’a dit qu’à partir de là, cela devient simple. Comme le fait de parler. De rassembler la volonté nécessaire pour prononce un seul petit mot.
– Quel mot ?
– Non
Une petite syllabe, fragile comme du verre »

En 472 pages c’est une aventure dense, au vocabulaire soutenu et aux messages divers que nous fournit Jay Kristoff. Une aventure sombre, sanglante, où les créatures de légendes côtoient la drogue des fleurs de lotus, et où la notion de sacrifice prend un tout autre sens. Au delà d’un simple roman de fantasy, l’auteur déploie aussi tout un discours sur l’écologie, la pollution des sols par l’homme, et la vengeance des créatures mythologiques sur le monde.

Entre la dystopie, le steampunk, la fantasy, le coeur balance pour finalement accepter cet univers entremêlé si riche et si intéressant. L’évolution de Yukiko est également éblouissante ainsi que la multitude d’événements qui se succèdent sans que nous ayons le temps de dire ouf. Pourtant je n’ai pas eu l’impression d’aller trop vite, tout est parfaitement dosé, tant dans l’introspection de l’héroïne, dans sa construction, que dans les événements révolutionnaires qui se préparent. La plume est précise, poétique en un sens, d’une efficacité redoutable pour vous atteindre en plein coeur.

En résumé

Stormdancer est le premier volume d’une trilogie de fantasy qui s’annonce magistrale. Mêlant les vapeurs du steampunk et les inspirations japonaises, Jay Kristoff nous livre un univers riche et complexe dans lequels vont évoluer des personnages forts. L’évolution de Yukiko, grandiose et bouleversante, faite de prises de consciences en prises de position ne fait que renforcer la qualité du récit. Si vous ajoutez à cela des descriptions magnifiques, des créatures légendaires, un lien étonnant entre bête et homme, et un discours écologiste, féministe et humaniste distillé dans chaque page, vous obtenez un beau coup de coeur pour cette histoire sanglante où les Onis, les arashitoras et les Yokai ont toute leur place.

4 commentaires sur “La Guerre du Lotus tome 1 : Stormdancer de Jay Kristoff

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  1. J’avais commencé à le lire, mais l’ai abandonné à, je dirais 1/4 du livre, parce que je n’avais pas réussi à m’immerger totalement dans le récit, et je butais très souvent sur des passages, si bien que je revenais tout le temps en arrière… Mais je pense que ce n’était simplement pas le bon moment pour le lire et ton avis me réconforte là-dessus : il a des choses à donner, alors je pense réessayer plus tard 🙂 Tout ce côté pollution, crade, noir et malodorant m’avait beaucoup plu !

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    1. C’est vrai que je n’ai pas rencontré de difficultés mais certains passages sont denses, et comportent beaucoup de termes japonais qui peuvent rendre difficile la lecture 🙂 Je pense qu’il faut persévérer néanmoins parce qu’il a beaucoup de messages à donner 🙂 Même s’il est par ailleurs très critiqué pour son appropriation culturelle je trouve que c’est surtout un très bon roman d’imaginaire qui s’inscrit dans des considérations contemporaines.

      Aimé par 1 personne

    2. Je comprends pourquoi tu as pu buter sur des passages et c’est vrai que le début du récit est en plus, un peu plus lourd de ce point de vue là par rapport au reste du roman. En tout cas il y a des choses à donner ça c’est sûr !

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