La Nuit des Labyrinthes de Sabrina Calvo

L’année dernière je découvrais la plume de Sabrina Calvo avec Délius, une chanson d’été. Un texte déroutant duquel j’étais ressortie complètement désorientée, la tête sans dessus dessous et pleine de questionnements. La Nuit des Labyrinthes en est son prolongement, un second volume dirait-on, mais qui s’éloigne de la rêverie pour plonger dans les cauchemars.

Résumé éditeur

Marseille, 1905. En ce soir de Noël, on inaugure le pont Transbordeur dans la fête et les feux d’artifice. Bertrand Lacejambe, botaniste aux cheveux capricieux, assisté par son ami Fenby, elficologue amateur, est chargé d’élucider la mystérieuse disparition de la plus banale espèce de fleur de la ville.
Piégés dans un labyrinthe urbain aux occultes secrets, de soirées mondaines en scènes de panique, nos deux héros vont très vite se retrouver au cœur d’une conspiration qui menace de plonger la cité phocéenne dans le chaos. Et de ressusciter l’un de ses plus terribles cauchemars.

Mon avis

Dans Délius, une chanson d’été, j’avais déjà soulevé le fait que Sabrina Calvo versait dans l’absurde et le surréalisme. Là, je dirais que ce second volume a dépassé un stade. Le stade du pensable. Et l’impression bizarre, soudaine, étrangère, de devoir penser autrement, réfléchir inconsciemment, un peu à l’instar de ce que Vita Nostra des Diatchenko chez l’Atalante avait pu me procurer comme sensation. Cette impression de perdre tous ses repères, de devoir laisser derrière moi tout ce que je tenais pour acquis, l’immobilisme des objets, le mutisme des lampadaires et des soupes. Parce que dans ce volume, la soupe peut parler. Pour de vrai. Et les hommes peuvent devenir des boules étranges et rebondissantes, et les lampions attaquer, et la mer se teindre de sang.

Tout ça pour une fleur. Parce que bien sûr les qualités et compétences de notre cher botaniste ne sont pas en reste et il lui faut dénouer un nouveau mystère. L’envie, pourtant, semble l’avoir déserté, le plaisir aussi, et petit à petit notre illuminé aux cheveux changeants se met à déprimer, lentement, mais inexorablement. Il y a une certaine noirceur dans ce second tome qu’il n’y avait pas avant, une noirceur qui emprisonne tout, la conscience, la vérité, la poésie. Tout semble dégouliner d’horreur et de panique alors que le passé et le présent se mêle, alors que le sang versé pendant la Commune, semble également se déverser aujourd’hui. Mais cela reste pour une fleur ridicule, misérable, puisant dans la misère et la crasse de cette ville pour pousser, la Massalia. Celle qu’on lui demande de chercher et qui semble avoir disparu. Un lien ténu avec son passé. Qu’est ce qu’il poursuit finalement ? Le mystère de cette fleur disparue ? L’aventure qui le sort enfin de sa dépression ? L’aube qui chassera les ténèbres ? Les lueurs de son passé ? On ne sait pas, et à notre joyeux duo d’enquêteurs qui semble pourtant bien mal portant, tous les deux souffrant en silence de leur éloignement suite aux événements du premier volume (et au fait que Fenby se soit changé pour partie en plante, ça n’aide pas), s’ajoutent différents personnages.

Je dois dire que je n’ai pas trouvé ces personnages très intéressants, arrivant un peu tardivement dans l’histoire et puis surtout comme sortis de nulle part. Je n’ai pas réussi à m’attacher à eux, trouvant le personnage que l’on voit le plus souvent, Noriko, une jeune chanteuse japonaise, particulièrement irritante et les autres pas assez marquants.

Celui-ci m’a semblé davantage fouilli que le premier avec quelques rares moments de réalisme souvent liés d’ailleurs aux émotions des personnages qui semblaient presque plus tangibles que le monde qui les entourait. Je dois avouer aussi avoir souri, voire ri à plusieurs reprises devant l’improbabilité de certaines situations et les réactions de nos personnages entre stupéfaction et fatalisme : un homme qui roule en boule ? ok. Une soupe qui parle ? Bon c’est quand même bizarre. Des gens qui demandent partout où est Lou quelque soit l’endroit où on les croise ? Faut avouer que c’est chelou mais bon ce Lou doit bien exister quelque part…

En résumé

La Nuit des Labyrinthes de Sabrina Calvo est aussi déroutant et hypnotisant que l’était Délius, une chanson d’été. On retrouve avec plaisir notre duo d’enquêteurs, changés et en même temps inchangés, dans une enquête complètement absurde : retrouver une fleur disparue. Au service d’une intrigue loufoque et surréaliste, la plume de l’autrice vient surprendre, caresser l’imaginaire, et nous offrir une infinité de possibilités loin de nos idées préconçues. Alors si une soupe vous parle les ami.e.s, ne soyez pas surpris.e 😉

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