Délius une chanson d’été de Sabrina Calvo

Ce roman paru chez Mnemos je voulais le lire depuis sa sortie et puis de fil en aiguille il a attendu que je participe au Mois de la fantasy pour ressortir de ma PAL. Mais grand bien lui en a pris ! Délius, une chanson d’été est le genre d’ovni littéraire que l’on effeuille, page à page, mot à mot et dont on se régale par petite lampée comme un thé fleuri bien trop chaud. Notre histoire commune n’a pas été toujours rose mais je ressors avec l’impression étrange d’avoir tutoyer des fées et mangé des pétales de fleurs.

Résumé éditeur

XIXe siècle. Un poète assassin sème la terreur autour du monde, ses victimes sacrifiées aux cours d’horribles rituels floraux. Sur ses traces, Bertrand Lacejambe, un botaniste excentrique et son fidèle Fenby, elficologue amateur. Aux portes de la folie et de la magie, ils vont devoir braver les dangers de Féerie pour dévoiler la terrible menace que fait peser le Diadème sur nos rêves.

Déliusune chanson d’été nous plonge dans une fantasy victorienne étourdissante, dans un univers merveilleux et effroyable, au cœur d’une enquête délirante sur un ton souvent décalé.

Mon avis

Étourdissant, délirant sont des mots qui caractérisent parfaitement ce roman à l’intrigue complexe et complètement déjantée. Déjantés dans un premier temps ses personnages. D’abord Bertrand Lacejambe, botaniste marseillais vivant dans un capharnaüm mélange de verrière, jardin excentrique et bibliothèque d’antiquités. Puis Fenby, son assistant, ami et plus si affinité, à la recherche des fées et de sa mémoire disparue (une décennie envolée ça a de quoi vous changer un homme). Ou encore Délius, compositeur au talent fou chassant et accrochant les notes dans les allées, autour des passants, dans les ciels cotonneux. Ou bien Lady Rachel qui semble en savoir bien long drapée dans son élégante coquetterie mystérieuse. Oui déjantés sont ces personnages qui forment une fresque tantôt originale tantôt déconcertante et dont nous avons bien du mal à suivre les pérégrinations.

Déjantée dans un second temps cette intrigue où un homme fou, pleurant sur ses victimes, observent les autres découvrir son ouvrage, ces corps déposés là, parsemés de pétales de fleurs. Où un groupe de personnages hétéroclites rassemblant horloger de Big Ben, fleuriste, policier des deux côtés de l’Atlantique et j’en passe engage un botaniste pour enquêter sur celui qu’on surnomme désormais « Le Fleuriste ». Où des cerveaux ont un diadème gravé. Où les fleurs ne sont pas des fleurs, où les cerfs-volants ont des visages qui parlent et où les hommes peuvent être transformés en plantes. Mais comment pourrait-elle ne pas l’être quand on touche à la Faërie et que même Sir Arthur Conan Doyle semble s’y compromettre se faisant huer devant des amphithéâtre entier ?

Cette déjanterie poussée à l’extrême, dans un univers dont on ne connaît pas les limites, où des hommes chassent des edelweiss sur les toits, poursuivis par des ramoneurs mais prennent le train et le bateau pour aller de pays en pays, de ville en ville, peut être parfois un peu trop. Manque d’un solide plancher sous ses pieds pour pouvoir mieux rebondir. Finalement on a que de l’eau, et on s’y enfonce allègrement jusqu’à s’y noyer. Noyé dans le flot ininterrompu de féerie, dans les joutes verbales loufoques qui ne sont pas sans rappeler un Eugène Ionesco ou Beckett (En attendant Godot étant une de mes œuvres préférées) et dans le lyrisme poétique de l’autrice.

Pour ma part, j’aime que les univers me surprennent, que les personnages me stupéfient et que je reste comme de rond de flan à ne pas savoir comment on est passé d’un passage à l’autre, ahurie devant les déductions apparemment illogiques du botaniste Lacejambe qui ne sont pas sans rappeler celles d’un certain Sherlock Holmes. Je me suis laissée emportée par la musique, la poésie et les odeurs de fleurs, par cette faërie qui vient souffler des rêves aux enfants, par cette allégorie de l’inspiration qui ne serait qu’un mythe sournois, par ce dandy victorien aux cheveux changeant au grès de ses humeurs, le tout saupoudré d’une dose d’humour alléchante qui m’a bien arraché quelques sourires.

En résumé

Délius une chanson d’été est un roman étonnant, un OVNI en fantasy, qui n’a rien à envier aux pièces de Samuel Beckett. Sur fond d’enquête surréaliste où un Botaniste pourchasse un Fleuriste à l’aide de ses sens et de son ami versé dans l’art de la faërie, on égrène petit à petit les pétales de la raison pour nous enfoncer un peu plus dans le non sens, le tout avec humour et panache. C’était riche, enthousiasmant et on en ressort perplexe, abasourdie, vaguement étourdie d’odeurs florales.

Mois de la fantasy : 
Validation des catégories, 8 (petit peuple), 11 (magie / sorcellerie), et 12 (le chant de Pippin), bien que j’ai d’autres romans prévus dans ces catégories 😉

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