Les orphelins de métal de Padraig Kenny

Les Orphelins de Métal de Padraig Kenny est la dernière petite nouveauté des éditions Lumen. Un one-shot destiné aux enfants d’une dizaine d’année, à la frontière entre Le Magicien d’Oz et Miyazaki. On apprécie notamment la couverture aux couleurs acidulées qui m’ont beaucoup fait penser à celles d’un jeu vidéo-ludique sur tablette : Old Man. Je remercie les éditions Lumen pour leur confiance renouvelée et espère prolonger nos petits partenariats ponctuels 🙂

Résumé

Christopher est un orphelin d’une dizaine d’année. Un enfant recueilli par Absalom, un inventeur malhonnête, alors même qu’il ne garde de sa vie d’avant que de très vagues souvenirs : la feu, sa mère, ses cheveux au soleil… Pourtant le jeune garçon n’est pas seul, se rapprochant des robots de l’atelier dont il se fait des amis : Lapoigne, un géant muet, Manda, une petite fille avec une jambe plus courte que l’autre, Rob et sa tête amovible ou encore Jack et sa tignasse rousse. Alors, lorsque le jeune garçon disparaît, récupéré par l’Agence, la société gérant les robots, toute la bande se met en route. Pas question de l’abandonner. Et pour ça ils pourront compter sur l’aide d’Estelle, une jeune adolescente de 13 ans, Cormier, un des premiers inventeurs à avoir utilisé la propulsion raffinée ou encore Georges, sorte d’araignée à six pattes. Une aventure qui s’annonce chargée d’embûches, de révélations, de secrets et d’humanité.

Mon avis

Le roman s’ouvre sur 4 règles qui ressemblent d’une certaine façon à celles édifiées par Isaac Asimov : interdiction de créer des robots de la taille d’un homme adulte, interdiction de leur attribuer une âme, interdiction de créer sans licence, obligation de créer dans le respect des principes de la propulsion basique. Sans le savoir c’est sur ces quatre règles que toute l’intrigue va se construire et c’est pourquoi le seul bémol est qu’on nous ne les explique pas beaucoup plus tôt. On en apprendra ainsi tout le long du roman sans jamais réellement réussir à comprendre comment la robotique de cet univers fonctionne. D’un certain côté je ne pense pas que c’était les points sur lesquels l’auteur voulait s’attarder, de l’autre j’aime tellement comprendre les univers créés par les auteurs et les clés qui les gardent, que j’aurais d’autant plus apprécié qu’on me laisse quelques indices. Toutefois, on oublie assez vite ce point pour se concentrer sur l’essentiel : Christopher et ses amis.

« Je voudrais savoir ce que ça fait de respirer, d’avoir une vraie peau. De grandir. J’aimerais pouvoir expérimenter des choses à la fois normales et importantes, comme toi. »

Sans le savoir vraiment, Christopher fait l’objet autant d’admiration que de jalousie de la part de ses compagnons de métal, tous absolument persuadés de son authenticité. Avoir une âme est pour eux quelque chose d’exceptionnel et pourtant c’est aussi l’âme qui fait souffrir ou pousse à vouloir du mal aux autres. Cette ambivalence entre le bien et le mal, sans pousser au manichéisme est assez bien maîtrisée par l’auteur et j’ai beaucoup aimé que cela figure dans un roman jeunesse. On comprend assez vite que les orphelins de métal ne sont pas non plus des robots comme on a l’habitude de voir, exempt d’une certaine humanité : ils s’inquiètent, se protègent, se mettent en colère, bien qu’ils soient incapables de blesser ou tuer. Manda pleure a de multiples reprises, Lapoigne se réjouit que Jack ne soit pas vendu, Rob touche par son sourire candide et son éternel bonne humeur. On comprend que ce sont sans doute des glyphes ou des « patchs » qui leur permettent de ressentir ces émotions là, mais en même temps, rien ne nous permet de dire qu’elles sont factices, au contraire ! Cela les rend attachants et bien plus humains que les inventeurs que nous croiseront sur notre route.

Padraig Kenny n’invente pas grand chose de nouveau et pourtant je n’ai pas pu m’empêcher de trouver ce roman extrêmement original dans son univers et dans son approche. Bien qu’il soit écrit pour la jeunesse, l’auteur ne se contente pas d’écrire une belle histoire, on y parle également d’égalité des sexes à travers le personnage d’Estelle qui ne peut exercer ce qu’elle aime faire, le métier d’inventeur étant réservé aux hommes sans aucune raison, de la perte et du deuil à travers celui de Cormier n’ayant jamais réussi à se remettre de la mort de son fils et de son petit-fils, ou encore de la transmission à travers celui de Blake, complètement détruit par les appétits démesurés de son père… D’autres y passent bien sûr comme la vengeance et le mensonge, mais aussi l’amour et la mémoire. L’univers est parfois sombre avec Havrefer, où tous les robots se rassemblent pour se faire réparer, espoir anéanti par le repli sur soi de Cormier depuis la disparition de son petit-fils.

« Plus ils progressaient, plus Jack s’émerveillait de ce qu’il voyait. Dans cette ville, même les arbres étaient en métal. Ils avaient des troncs de fer recouverts d’une écorce d’acier et arboraient des feuilles en cuivre. Les maisons, toutes en pointes et en angles, s’empilaient presque les unes sur les autres et pourtant elles formaient un ensemble harmonieux par leur emplacement et leur conception. C’était comme si la ville, malgré sa nature artificielle, avait poussé hors de terre ».

Mais il est aussi lumineux avec le formidable pouvoir de l’amitié qui lie Christopher et sa bande. C’est elle qui les propulse, qui leur donne le pouvoir de résister, de se battre, de sourire mais aussi de convaincre et de pousser à les suivre. Cette amitié les rend attachants et courageux, et on en peut s’empêcher d’éprouver de la tendresse pour eux, comme maintenus sur un radeau, voguant sur un monde brutal et sans pitié pour les robots : entre vente, abandon et refonte. Une interrogation aussi sur la nature humaine et ce qui la différencie du reste des créatures que nous inventons aujourd’hui dans notre XXIe siècle bien réel.

En résumé

Les Orphelins de métal est un one shot tendre et touchant qui s’attache des personnages hauts en couleur. Dans un univers entre Magicien d’Oz et Nausicaa, l’auteur nous invite à nous interroger sur ce qui fonde l’humanité, mais aussi la mémoire. Comment différencier les vrais souvenirs de ceux que l’on se fabrique ? Une formidable ode à l’amitié qui prend des allures d’odyssée familiale. Une excellente lecture ❤

3 commentaires sur “Les orphelins de métal de Padraig Kenny

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    1. Il y a vraiment ce mélange d’aventure humaine, de poésie et en même temps, en toile de fond, des choses beaucoup plus dures 🙂

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