Le Passageur de Mel Andoryss : une histoire de fantôme et de famille

Je tiens à remercier les éditions Lynks pour l’envoi de ce service de presse dans le cadre de notre partenariat. Je l’ai aussi lu pour le Pumpkin Autumn Challenge dans le menu Automne Frissonnant, et pour la sous-catégorie « le fantôme de l’opéra ».

Mon résumé

Matéo Soler n’aurait jamais dû hérité du don de sa mère. Les Passageurs sont toujours des femmes depuis la nuit des temps. Mais quand pour la première fois il voit un mulo il sait que le temps lui est désormais compté. Pourtant, entre la haine de son père, le mépris de ses professeurs pour ses origines Roms et le racisme qu’il subit, devoir affronter des fantômes était bien la dernière chose dont il avait besoin.

Accompagné par une petite fille qui n’arrive pas à lui confier son nom le voilà parti pour la chasse aux fantômes, parce que s’il n’arrive pas à trouver ce qui ancre le trushal odji dans ce monde…l’âme qui pleure pourrait bien le dévorer tout entier.

Mon avis

Le Passageur est un roman étonnant. Contrairement à la plupart des chroniques que j’ai pu lire… je ne me suis pas faite embarquée directement dans l’aventure. Je dois dire que j’ai même trouvé la plume plutôt étrange. Et puis au fur et à mesure…ça m’a fait l’effet d’un tourbillon, vous voyez, des mouvements progressifs, et d’un coup j’étais partie, avalée, aspirée par l’action, l’émotion et la Commune de Paris.

Le premier point fort de ce roman réside dans le fait qu’il soit profondément humain. Émotionnellement parlant il est même très touchant. Matéo est un enfant à la santé fragile et dont les nuits sont peuplées de cauchemars. Année après année il subit la haine progressive de son père qui lui reproche d’avoir tué sa mère. Sous son regard bleu glacé, trop semblable au sien, Matéo se sent rétrécir, disparaître, et pourtant lui aussi se sent coupable. Mais il n’était qu’un enfant lorsque la maladie qu’il avait contractée a contaminé sa mère puis sa soeur. Lui seul a survécu. Parfois, pour échapper à ses coups et laisser un peu de paix dans leur appartement, Matéo préfère fuir, se réfugier sous les ponts et dans les ruelles.

« Où aller, maintenant ? Je pense au camp mais je n’ose pas, pas encore et sans doute jamais. Je pense aux amis du lycée, que je n’ai pas. Je pense au RER et aux hommes oubliés qui le hantent. C’est un chemin que je me crois capable d’emprunter, même s’il me fait peur. Si je descends dans les profondeurs du monde, qui sait si je remonterais ? »

Pour contrebalancer cette noirceur, Dio, son grand frère, et Luisa, sa petite soeur, l’entourent d’affection et d’amour. Mais il est parfois bien difficile de recevoir cet amour quand on pense ne pas le mériter. Diego, dit Dio, est un personnage que j’ai beaucoup apprécié, il est très protecteur envers sa famille et n’hésite pas à se mettre entre son père et son frère lorsque cela commence à dégénérer. Second père pour cette fratrie meurtrie il se donne corps et âme pour les protéger. Quant à Luisa, elle m’intrigue. Le petit génie de la famille semble avoir également une conscience très aigüe de ce qui l’entoure et ce qui se joue parfois sous ses yeux de petite fille. J’espère que nous aurons droit à un développement plus poussé dans le prochain tome.

Outre cette charge émotionnelle que Matéo est obligé de supporter et d’affronter, son don se déclenche mystérieusement à l’arrivée de cette jeune fille, son premier mulo, son fantôme. Les cheveux noirs, le visage maigre, la chemise blanche collée à la peau et le corps dégoulinant, elle m’a beaucoup fait penser aux petites filles des films d’horreur.

« Dans l’allée envahie d’ombre, elle est là, les cheveux noirs le long des joues, les yeux caves et les mains décharnées. Et je sais de façon certaine que cette fois-ci, ils la voient aussi. Le cri que poussent les gardiens domine celui du vent, de la peur et des spectres. Les deux lampes inutiles tombent au sol, la voiturette est abandonnée, et le bruit de leur course me parvient tandis qu’ils dévalent les allées en direction de l’entrée »

Seul problème n’est pas Passageur qui veut et surtout pas un homme. Seules les femmes ont cette fonction parce qu’elles peuvent porter la vie et c’est cet ancrage qui leur permet de sortir des limbes. Je ne connais pas assez le peuple des gitans pour savoir si Mel Andoryss a inventé ou non les légendes et les termes que nous avons croisés, mais au vu de son sens du détail lors des voyages temporels, je ne serai pas surprise que tout soit « réel ».

Son père ayant coupé tous les ponts avec les traditions Matéo sait dors et déjà qu’il ne sera pas aisé de se faire une place dans l’histoire de ce peuple. Il ne connait pas leur langage, leur coutume et tout ce dont il se souvient ne sont que des bribes de souvenirs, des histoires que lui racontaient sa mère ou Diego. Son père y a veillé.

« Il ne supportera pas que je sois un Passageur. Je vais lui renvoyer à la gueule tout ce qui le blesse, ce qu’il déteste, ce qu’il a effacé : la mémoire de sa femme, mon existence et notre passé. La tradition. Des choses qu’il voudrait avoir enterré avec le reste. Ce serait comme si je le provoquais ».

Devant faire face tout seul à son « âme qui pleure », le jeune garçon n’a plus le choix et décide de faire confiance à son fantôme. Le voilà fraîchement débarqué à Paris en 1871, en pleine insurrection, événement que l’on nommera plus tard « La Commune de Paris ». A partir de là, tout s’accélère, ayant trouvé son fantôme, à cette époque bel et bien vivant en la personne de Marie, une insurrectionnelle. En plein milieu des bains de sang et des massacres, il devra se frayer un chemin à travers les ombres afin de dégager la vérité. Bien que je ne connaisse que de très loin cette époque puisqu’elle est finalement très peu évoquée dans les livres d’histoire, Mel Andoryss a réussi avec brio à recréer cette ambiance de peur et de panique.

La fin est assez surprenante et on comprend très vite que l’autrice nous a un peu menés en bateau mais on se laisse faire avec plaisir. Maintenant que tous les pions sont en place, les dés sont jetés, et advienne que pourra !

Dernier point non négligeable pour faire de ce roman une petite pépite : le soin apporté à l’édition. La couverture est légèrement gaufrée, le titre a subi un petit marquage à chaud lui conférant un doré brillant et l’illustration est tout simplement sublime, un peu glauque mais avec un effet « encre de chine » à tomber. Petit bonus pour votre bibliothèque, le dos s’est pourvu du même sens esthétique. J’adore !

En résumé

Le Passageur : le coq et l’enfant est un roman particulièrement addictif qui ne vous laissera pas filer. Même si sa couverture peut vous sembler terrifiante, l’histoire en elle même l’est beaucoup moins et vous fera sentir que quelques petits frissons. Mes ami.e.s peureu.x.ses vous pouvez vous y aventurer sans crainte. Grâce à une formidable plume, Mel Andoryss arrive aussi bien à nous embarquer dans cette vie de famille, dans la poésie des origines Roms ou encore dans cette chasse au fantôme à travers le temps et l’espace. Les émotions qui se dégagent du personnage sont extrêmement touchantes et on ne peut que réfléchir à la place des Roms aujourd’hui dans notre société.

Une fois le roman refermé, on ne veut qu’une chose… la suite !

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6 commentaires sur “Le Passageur de Mel Andoryss : une histoire de fantôme et de famille

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  1. Hello ! Quelle belle chronique. Je suis très heureuse de pouvoir lire un avis si développé sur ce livre que j’ai trouvé dernièrement en librairie et qui m’a bien attiré avec cette couverture si profonde. Je me laisserai certainement tenter la prochaine fois que je mettrais la main dessus !
    Merci à toi et à bientôt.

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    1. Je crois que ce fut le premier roman de mon partenariat avec Lynks ahah mais comme il était déjà sorti j’ai pu traîner un peu avant de publier la chronique et puis, il faut dire qu’il va très très bien avec le pumpkin autumn challenge 😉
      Merci merci 🙂 (du coup je suis en train de la relire…comme tout le monde la trouve chouette ^^)

      Aimé par 1 personne

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