Mes nuits à la caravane, de Sylvie Deshors : le chemin du deuil

Mes nuits à la caravane est sorti en mars dernier. Je l’avais reçu en service presse à une époque où je n’avais pas trop le temps de le lire…et je l’ai oublié. Aujourd’hui le voilà qui ressort dans ma pile à lire d’été avec ces deux adolescentes marchant vers la brume et vers une caravane imaginaire.

Mon résumé

Un jour qu’elle retrouve son père avachi dans une énième marre de vin, Lucile grimpe sur son vélo et part, le cœur en rage. Lorsqu’elle revient, elle redécouvre avec un œil neuf l’ancien refuge de sa mère : la caravane. Bien décidée à vivre sa vie d’adolescente et s’éloigner le plus possible de ce père qu’elle ne reconnaît plus, elle en fera son refuge… Mais sous le couvert de sa protection métallique, d’étranges rumeurs lui parviennent : et si son père n’avait pas mis le feu au restaurant ? et s’il n’était pas devenu dépravé mais qu’on l’avait fabriqué, façonné pour qu’il le devienne ? De sa fenêtre, entourée par les amis qui l’ont aidée à modeler sa caravane, Lucile observe son village, ses mystères et ses rumeurs, bien décidée à en avoir le coeur net.

Mon avis

Mes nuits à la caravane est un roman court qui parle de deuil, de reconstruction, et de nature. On y croise des Mahorais, des maisons à l’architecture originale, une bande s’essayant au calypso, une musique originaire d’Afrique de l’Ouest, et une héroïne volontaire abîmée par la vie. Le résumé donne envie, la couverture aussi, elle murmure des phrases de brumes et de pluie, des mots de larmes et de joie. Elle murmure la fête et l’adolescence. Et je ne peux m’empêcher d’être déçue puisque, même en tendant l’oreille avec intention, je n’ai pas réussi à entendre ce que l’autrice essayait de me jouer. Le seul passage ayant retenu mon attention est celui où Léna chante et mène ses amis dans les bois jusqu’à ce que la lune se lève.

Léna, ma douce et folle amie, grimpe sur un fût, elle veut nous conter une histoire. Elle est comme ça. Petit à petit, les voix baissent, le silence se fait par moments. Au fil de ses mots, des serpents naissent par magie, envahissent les fossés et nous frissonnons, des êtres mi-humains mi-bêtes peuplent le bois et nos visages se tendent vers les feuillages frémissants d’où ils nous guettent. Nous nous serrons les uns contre les autres. Léna, fée ou sorcière nous charme, nous envoûte.Elle entonne alors une mélopée de sa voix éraillée qu’elle nous invite à reprendre, tout en sautant au sol. Derrière elle, en file indienne sur un sentier invisible, nous nous enfonçons vers son pays imaginaire.

Même si l’histoire est intéressante, et que le sujet est grave : la mort, la maladie, le deuil, la descente, la pauvreté aussi dont il est question avec les magasins fermés, les rues désertes, qui peuplent Bellac, petit village perdu non loin de Limoges je n’ai pas réussi à accrocher. Lucile a la tête sur les épaules, le regard fier mais la rage, la haine et la tristesse encore présente en elle. La caravane présente pour elle un exutoire qui devient vite le lieu où on se rassemble, rit, chante après les cours. Cela lui donne des idées d’ailleurs et elle pense bien regrouper ce petit monde pour faire plier la mairie pour avoir un endroit à eux. Malgré ses désirs d’autre part, elle reste accrochée à sa ville, son village de campagne où Ben, son meilleur ami depuis le primaire dont le regard change, « se fait velours » pour elle, souhaite rester. Mais aussi à ce père bien sûr qu’elle ne veut plus voir et qui pourtant, tout au fond d’elle, lui manque terriblement.

J’en parle bien, c’est une belle histoire de famille et d’amitié, alors qu’est ce qui cloche ? Pour moi cela vient de l’écriture. C’est le premier roman de Sylvie Deshors que je lis, mais pas le premier Rouergue, et j’ai trouvé que l’écriture était plus faible, moins travaillée et des passages qui auraient pu être intéressants (par exemple la visite de la maison de Nelly) ont été effacés. Finalement Sylvie Deshors ne prend pas assez son temps, ne prend pas le temps de décrire plus les choses, de nous plonger dans cette torpeur morose pour mieux nous en ressortir les soirs de calypso. Certaines rencontres semblent fabriquées de toutes pièces, manquent de pep’s et d’originalité. De même que les souvenirs de sa mère, pourtant extrêmement présents restent effacés…

En résumé

Du point de vue de la thématique et de la façon de la traiter, Sylvie Deshors fait un sans faute. L’idée de la caravane, des Mahorais et du calypso donnent un aspect de brume, de danse et de magie à son roman. Et pourtant les mots n’ont pas suivi. Ou plutôt c’est moi qui n’ai pas accroché. A vous de le lire, et de vous faire votre propre opinion.

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