Meute de Karine Rennberg

Je n’attendais absolument rien de ce roman. Je n’étais d’ailleurs pas particulièrement convaincue par la couverture – pour une fois – et le résumé ne m’appelait pas. En fait, si j’y suis allée, c’est que le côté lycanthrope agit comme une madeleine de Proust pour moi. J’en ai tellement lus quand j’étais gamine, enfin quinze, seize ans quoi, à m’enfiler les Anita Blake, les Mercy Thompson et toutes ces autres séries mélangeant le sexe, les émotions à fleur de peau et des créatures magiques. Parfois je me replonge dedans pour me sortir de mes pannes de lecture. Une madeleine donc. Une madeleine à laquelle Karine Rennberg a su apporter son propre goût de la littérature, quelque chose de sombre et de surprenant.

Mon résumé

Val et Nath appartiennent aux Docks. Purs produits de la violence, de la mort et du sang, les deux hommes ont depuis longtemps noué une amitié franche et indéfectible, se vouant une loyauté sans faille, même quand l’un ne peut plus parler et l’autre se transforme en loup. Ensemble ils forment un duo dont toutes les railleries se mêlent, arguant une relation amoureuse qui n’existe pas.

En étant loup, Nath doit également obéissance à l’alpha local, Marc, idéaliste et sympathique, protecteur envers les siens, c’est le deal qu’ils ont passé. Seulement quand l’alpha ramène un jeune Loupiot brisé et apeuré, Nath s’en retrouve tout chamboulé.

Quel est ce lien qui l’unit à lui ? Comment faire pour seulement l’aider alors qu’il n’a jamais su réagir autrement qu’avec de la violence et de la colère ? Peut-il faire mieux que la meute qui le force à avaler des choses qu’il a en horreur ?

Entraînés malgré eux dans cette reconstruction douloureuse, Val, Nath et Calame devront s’apprivoiser, aussi sûrement et lentement que les couleurs d’un tableau qui n’étaient pas destinées à se rencontrer. Le tout en jonglant avec les transformations d’un loup, les combats à mort dans l’Arène, et le démantèlement d’un laboratoire clandestin.

Mon avis

Livres Enchantés t’avait déjà vendu la mèche sur instagram, ce roman serait à la seconde personne du singulier, ça tombe bien, l’expérience Half Bad t’a convaincu que celle-ci te plaît, rentre dans tes entrailles presque plus facilement que le je, comme une prise à partie. Comme s’il fallait que tu fasses partie de cette histoire. Alors pour cette chronique tu empruntes le procédé, comme un avant-goût.

Quand tu ouvres ce livre, à peine quelques heures plus tôt, la nuit dernière, tu ne cherches qu’une chose : échapper aux pensées qui te hantent, cette mauvaise journée de travail où tu as foiré un rendez-vous et fait perdre une cliente à ton agence. Ça arrive, c’est humain, mais tu as besoin de cette dose d’évasion comme d’autres réclament leur dose de jeux vidéos ou de films. Alors tu te lances là dedans à corps perdu et tout commence dans la colère, celle de Nath qui transparaît par tous les pores de sa peau. Puis tout doucement on glisse vers la peur, celle de Loupiot qui voit son protecteur s’éloigner de lui.

D’emblée tu te dis que ce sera la véritable force de ce roman, au delà de l’histoire, au-delà des personnages, les émotions dans leur palette la plus sombre, la plus acide, la plus dure. Très vite, tu sais que cela tournera autour de ces trois personnages, Nath, Val et Calame, Loupiot au début du livre et tu ne sais pas trop si cela te convient d’entrée dans ce monde de violence alors que tu cherchais la paix, mais parce qu’il y a le « tu », tu n’arrives pas à arrêter. Tu t’impliques indubitablement, murmures de colère quand tu découvres Loupiot, imagines ce qu’il a subi, grognes imperceptiblement quand Nath s’énerve même si tu ne le comprends pas toujours, souris devant la belle relation fraternelle et amicale qui l’unit à Val. Il y a de belles images et de beaux moments alors qu’ils apprivoisent petit à petit le jeune loup.

Et puis tu aimes aussi toute cette diversité que Karine Rennberg insuffle dans son récit : ces hommes qui pleurent, qui s’aiment, ce langage des signes, cette nana cinglante et terrifiante, cette autre fille plus douce mais exigeante, tu aimes que Val soit absolument fan de son chat, et que Nath s’effondre de temps en temps. Tu aimes que cette belle humanité, profonde, parfois perdue, émerge d’un univers sombre et violent où s’affrontent chaque jour des hommes et des femmes dans une gerbe de sang.

Et puis, plus que tout, tu aimes que les couleurs prennent place, s’agitent sur les murs telles que Calame les voient autour de ceux qui s’adressent à lui, le violet apaisant, le rouge colère, l’ambre calme, le vert protecteur, le noir douleur, le blanc absence. Une poésie des pigments qui imprègnent tout le point de ce petit louveteau qui en a trop vu, trop subi, mais qui, lentement, avec un courage que tu n’imagines pas, se relève doucement, recule parfois, pour mieux avancer. Entre deux jeux de loups, les fenêtres qui s’ouvrent et les volutes de chocolat chaud.

Alors, quand tu refermes ce livre, ce matin, encore dans ta robe de nuit en laine, les cheveux en bataille, les pieds sous le plaid, tu souris doucement, étrangement apaisée par cette lecture riche en émotions, toutes pensées envolées, tu sais qu’elles reviendront te hanter et qu’il te suffira de penser à ce livre pour voir le monde en couleur.

En résumé

Meute de Karine Rennberg est un roman riche de couleurs, d’émotions et de violence. La mort rôde partout, des gerbes de sang éclaboussent le sol et pourtant il est d’une lumière éblouissante par sa forme, ce « tu » qui interpelle autant qu’il captive, ces personnages tour à tour tendres, durs, blessés, joyeux, et ce trio, loyal, attachant et touchant, parfois profondément meurtri. J’ai adoré ce roman, autant parce qu’il me replongeait dans la lycanthropie, ces relations de meute qui me fascinent depuis mon adolescence, que parce qu’il s’en éloignait indubitablement, invitant de la diversité, des larmes, et des palettes d’émotions intenses et profondes.

La liste des triggers se trouve en fin d’ouvrage, libre à celleux voulant les consulter de le faire. Vous pouvez les retrouver sur le site de l’autrice.

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