La Route de Ness d’Alice de Poncheville

Encore un roman dont la couverture est signée par @Barbarian Factory, vous ai-je déjà dit à quel point je les aimais ? Oui, non ? Franchement ce sont des bijoux ! Marié aux plumes toujours extrêmement bien choisies par le @rouergue_jeunesse c’est absolument splendide et indispensable à avoir dans sa bibliothèque. Alice de Poncheville donc est une autrice plutôt prolifique avec une vingtaine de livres à son actif et pourtant…inconnue au bataillon. Avec La Route de Ness cependant, elle me donne immensément envie de m’y pencher.

Résumé éditeur

Il y a la Colline avec ses maisons fleuries et la Ceinture avec ses immeubles de béton.
D’un côté les Bleus, d’une intelligence hors du commun, de l’autre les Pâles, destinés à les servir.
C’est le monde de Ness, le seul qu’elle ait jamais connu.
Comme ses amis, elle occupe sagement la place que les Bleus lui ont réservée.
Jusqu’au jour où les questions et les dangers surgissent.
Alors Ness n’aura plus le choix, elle devra fuir.
Emprunter une route mystérieuse qui la mènera à découvrir les secrets de cette société.

Mon avis

On commence avec un scénario assez classique qui au début m’a plutôt déstabilisée. Habituée des epik je m’attendais à avoir d’emblée quelque chose d’original mais Alice de Poncheville a décidé de prendre son temps et de placer d’abord le lecteur dans un environnement qu’il connaît bien, celui de la dystopie. Celle-ci prend place dans un lieu incertain, genre de ville étrange divisée en deux parties : la ceinture et la colline. La ceinture abrite les Pâles, des êtres lambdas, comme vous et moi, qui sont voués au bon fonctionnement de leur cité : centre de tri, plomberie, aide ménagère, en bref les métiers de services. C’est à cette catégorie qu’appartiennent Ness, Ferdinand et Sander le trio infernal. La Colline, elle, abrite les Bleus, ces êtres puissants qui veillent à la gouvernance de cette cité. On ne devient pas Bleu, au mieux on s’en approche, mais il s’agit plutôt d’une caractéristique rare avec laquelle on naît. Les Bleus et les Pâles ne se mélangent pas, chacun se jugeant, se méprisant avec tout de même cette relation de domination qui donnait aux Bleus le droit de se comporter en maître penseur face à ces Pâles si grossiers, presque sauvages et incivilisés. Bref, une société inégalitaire comme on en voit tant dont le divertissement, l’art et les loisirs sont bannis au profit de la machinerie humaine, de la routine. Personne, pourtant, ne semble véritablement malheureux, chacun appartenant à la bonne marche du monde.

Vraiment ? Il existe dans ce monde clivé des êtres que tout le monde oublie : les orphelins, ceux dont personne n’a voulu. Et puis il y a des résistances, de ci de là. Des personnes qui prennent des risques comme Mare, à l’intérieur du centre de tri auquel s’est destinée Ness, qui récupère des livres, des affiches, des écrits et construit une véritable bibliothèque de l’interdit. Ou encore l’Hypnographe, ce prestidigitateur de génie qui a choisi la route et de continuer à faire rêver les habitants de ce monde, allumeur de conscience mais aussi un personnage controversé.

« Comment ils rentrèrent chez eux, personne ne put l’expliquer. Mais chacun, à sa façon, avait senti vibrer un autre monde sous la surface de celui qu’ils connaissaient ».

D’ailleurs des personnages qui jalonnent le récit il y en a beaucoup. Ness bien sûr dont je vous ai déjà parlé née d’un tremblement de terre qui a le goût des déchets et des vieilles choses qui témoignent de la vie passée des gens. Ferdinand qui rêve de musique alors que son père, proche des Bleus, n’y entend rien et le destine à de grandes choses ; sans doute la raison pour laquelle il décide de suivre les ambulants et l’Hypnographe. Sander, personnage a l’apparence simple dont la vie va se complexifier alors qu’il tombe étrangement malade, un rien le faisant dormir et ce de plus en plus longtemps. Combien de temps pourra t-il encore tenir avant qu’il ne puisse plus jamais se réveiller et pourquoi la Colline semble si prompt à vouloir le transférer ? Il y a aussi Quirin, un Bleu, « dense » qui plus est, c’est à dire qu’il est plus Bleu que les Bleus plus…ailleurs aussi, comme en recul de la société, de lui même, la tête dans les nuages. Pourtant, comme tous les bleus il est diablement intelligent, factuel à faire peur, d’une précision redoutable. De sa tour d’ivoire il a construit un lien privilégié avec la mère de Ness qui fait le ménage chez sa famille. Mais il y en a des dizaines d’autres : Cramet, Mathis, la Régisseuse Marika, Zeno & Ed le petit frère et la grand mère de Sander, Rika, Daphné, Aileen. Ce sont des visages, des actions anodines ou plus signifiantes c’est un garçon vu sur une trottinette que l’on aurait emmené, c’est une femme revêche et protectrice, c’est un idéaliste, elle une rêveuse.

En un sens, il y a quelque chose d’extrêmement classique dans cette intrigue suivie d’un road trip qui les emmène de lieux en lieux, d’ennuis en bulles de gaieté, tout aussi revisité mais il y avait aussi quelque chose d’infiniment plus profond qui demandait à ce que l’on se révolte, qui allait au delà du simple renversement d’un pouvoir illégitime, qui incitait à réfléchir, se questionner, s’interroger sur ce qui fait notre monde, ses interdits, sa beauté. Le trio d’amis est également tendre et touchant, même lorsque Quirin vient s’y ajouter et qu’un début de romance, sensible, commence à émerger ; même lorsqu’ils se quittent et se retrouvent. Je les sentais investis et humains, avec des caractères sans fioritures.

« Ils se dirent bonne nuit en langue des signes, se répondant par l’intermédiaire des ombres qui se projetaient sur les murs. Quelques minutes plus tard, ils s’étaient assoupis dans la chaleur des couettes et de l’amitié. Dans un demi-sommeil, Ness senti leurs pulsations cardiaques résonner à l’unisson, le salon n’était plus qu’un unique cœur géant. »

En résumé

La Route de Ness est un concentré de ce qui peut se faire de mieux en littérature adolescente. Un mélange exquis du classique d’une dystopie à l’originalité d’un pamphlet social, des personnages finement esquissés, des messages beaux et universels sur la valeur des vieilles choses, du spectacle, de la musique, des étoiles pour les nuits pleines d’espoir, des dangers qui rôdent, et le pouvoir du groupe, du commun sur la réalité d’un monde divisé. Que peuvent réellement des enfants ? Ce roman de 490 semble voir nous répondre : ils peuvent tout.

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