Glace de Christine Féret-Fleury

Glace est une réécriture du conte de la Reine des Neiges d’Anderson (pas la version Frozen de Disney hein, on est d’accord), et moi j’ai trouvé ça plutôt chouette. En effet les avis sont mitigés sur la toile, voire négatifs, pourtant j’ai vraiment été agréablement surprise par ce roman.

Résumé éditeur

Alors que la Terre se meurt, survivre est devenu une lutte quotidienne…

Depuis que ses parents sont morts et que Kay, son meilleur ami, a été enlevé par les Glacés, Sanna se réfugie dans ses souvenirs pour se protéger du désespoir. Quand tout allait bien, quand Kay était encore là, quand le soleil brillait et que ses rayons réchauffaient le cœur. Lorsque Rahil, la grand-mère de Kay, meurt à son tour, Sanna se retrouve seule. Elle décide alors de partir à la recherche de son ami disparu. Après tout, qu’a-t-elle à perdre ? Il ne lui reste plus rien.

Pour la jeune fille, c’est le début d’un long voyage semé d’embûches et de rencontres, parfois improbables, parfois inquiétantes… Qu’y a-t-il au-delà des montagnes et du bouclier climatique érigé par les Glacés ? Kay se trouve-t-il là-bas, captif de l’incarnation maléfique des contes qui ont bercé son enfance, l’immortelle Reine des Neiges ?

Mon avis

Nous voici catapultés dans un univers dystopique plus ou moins tripartite : d’un côté les mines où vivent Sanna et Kay, un endroit sombre, humide, et sale où la routine a petit à petit transformé la résistance en fatigue ; d’un autre ceux qui ont rejoint les Médusa, sorte de structures étranges ressemblant à des méduses, flottant au dessus des eaux et réservées à des privilégiés beaux et instruits ; enfin le royaume de la Reine des Neiges, là où se sont réfugiés les Glacés qui restent, encore maintenant, un petit mystère à mes yeux. Kay et Sanna ont grandi ensemble et ont été par la suite élevés par la grand-mère de Kay avant que celui-ci ne soit happé par les Glacés et ne les laisse seules. Cette perte, tragique, représente une blessure profonde pour Sanna, plus que ça, un manque, qu’elle n’arrive pas à combler, d’autant plus qu’elle l’imagine toujours vivant, quelque part. Lorsque Rahil, la grand mère de Kay meurt, Sanna désormais sans racine, se lance sur la piste de celui qu’elle a toujours mis sur un piédestal.

La première partie du roman peut ainsi sembler longue, puisqu’on assiste à la « torpeur » de Sanna, qui a à peine assez de force pour tenir la journée avant de s’écrouler sur son matelas. Sanna qui garde encore des images des roses et de leur parfum, lourd, embaumant ses après midi à lire de vieux contes avec Kay. L’ambiance est lourde, et on traîne des pieds, on ressent toute cette langueur et cette monotonie dans l’écriture de l’autrice et j’ai trouvé ça très réussi. De plus, je dois dire que la lenteur du récit n’est pas une chose qui me dérange de manière générale.

Par la suite, le roman se fait d’autant plus agité que Sanna part à la recherche de Kay, véritable road trip à travers un monde dévasté et quasi désertique. Pourtant, désertique, il ne l’est pas tant que ça, et Sanna va vite se rendre compte que la vie au delà de la mine existe bel et bien. Précaire, cruelle, un peu sauvage, parfois chétive ou hésitante. Une petite humanité qui vivote, nettoie les sols des produits toxiques grâce aux plantes et se protège de toutes menaces extérieures. Petit à petit, la jeune fille ouvre les yeux sur le monde qui l’entoure. Ces rencontres restent assez simples et on pourrait regretter un schéma qui se répète trop souvent si celui-ci ne nous permettait pas d’en apprendre un peu plus sur le monde tissé par l’autrice. D’autant plus que ces rencontres ne seront pas faciles pour la jeune fille : il est presque aussi dangereux d’en faire qu’il est difficile de quitter des foyers chaleureux et plein de vie pour s’enfoncer dans le froid et la neige.

C’est donc uniquement à travers le point de vue de Sanna que nous abordons ce monde, avec, parfois, des petites notes énigmatiques qui viennent ponctuer le récit en début de parties, distillées par ce qui semble être une « conscience » supérieure ou qui pense l’être. Un mystère qui plane jusqu’aux cinquante dernières pages peut-être.

J’ai beaucoup aimé le personnage de Sanna mais j’ignore pourquoi. Peut être parce qu’elle arrive à se servir de sa colère comme d’un moteur. Peut être parce qu’elle est imparfaite. J’ai été un peu plus sceptique sur l’apparition de celle qui deviendra son amie et son cheval, que j’ai trouvés un peu trop gentils et surréalistes pour ce monde froid et désolant. Magré tout ce sont eux qui ont ramené un peu de chaleur dans ce récit sombre et mélancolique. Mais ce que j’ai aimé par dessus tout c’est l’écriture de Christine Féret-Fleury : si riche et si belle ! J’ai trouvé beaucoup de points communs entre ce récit et un autre, paru aux éditions Lynks (nouvellement Léha jeunesse) il y a quelques années et qui faisait déjà la part belle à la mémoire, aux mots, aux rêves qui sont comme des chimères inaccessibles mais générateurs d’espoir, de pouvoir et d’avancée. Je trouve qu’elle arrive toujours à porter des messages riches de sens à travers des personnages humains et touchant.

En résumé

Glace est un roman dystopique qui revisite de façon lointaine le conte de La Reine des Neiges d’Anderson. Sombre, glaciale, morose, l’ambiance tissée par Christine Féret Fleury ne donne pas envie de s’y attarder et pourtant on suit avec patience et curiosité le chemin de Sanna sur la quête de son ami d’enfance. On croise des âmes aux abois, une terre détruite par l’homme, et quelques animaux enchantés (Anis et Shen bonjour) en route pour un territoire hostile où la quête de la perfection a des goûts d’immortalité. Roman lent aux qualités indéniables, Glace a la saveur des contes d’autrefois, profondément riche, et la poésie sensible d’une plume remarquable.

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