Lettre à toi qui m’as aimée

C’était avant le bac, ça c’est sûr. Mais quand exactement ? Je ne m’en souviens plus.
Je me souviens seulement du goût
amer
que ça m’a laissé.

On parle toujours des premières amours, des premiers crushs, du cœur en papillon et des frémissements affolés du ventre. On parle des odeurs enivrantes de leurs cheveux, leurs regards étincelles, leurs voix rauques à s’en faire frissonner les poils, des brûlures qu’elles nous laissent. Mais on ne parle jamais assez des amours à sens uniques. Des amours blessantes, un peu folles. Pire, on ne parle jamais de l’amour des autres.
Comment,
parfois,
il nous arrache, enrage, décalque.
Comment,
parfois,
il fout tout en l’air.

Moi je ne suis pas Pénélope, et tu n’étais pas mon Yliès. Notre histoire a commencé bien plus tôt, quand nos parents se sont connus. Tous ensemble avec ta sœur, ton frère, la mienne, le mien, on s’organisait des batailles, on mettait des matelas dans les couloirs pour se faire conquérants d’un soir.
On hurlait de rire.
On se sentait fratrie plus qu’amis.
Et c’est sans doute pour ça, que je n’ai rien vu venir,
rien compris.

Mais, moi non plus, pour rien au monde je n’aurais souhaité en arriver là avec toi,
mais voilà,
on en est à ce stade

où notre amitié n’est que l’ombre de ce qu’elle était.

A l’époque où Skype existait encore, j’ai reçu un message de toi. Un message long alors que tu ne parlais pas beaucoup. Un message où tu avais mis toutes tes tripes et qui retournait complètement les miennes.
C’est simple. Quand j’ai fini de le lire. J’ai pleuré.
Tu venais,
en toute conscience,
de nous briser.

Parce que je nous voyais plus Pénélope et Dudley dans cette histoire. Nos câlineries, nos tactiles plaisanteries, n’auraient jamais eu la moindre de chance de…glisser. C’est ce que je me disais. Quand je te laissais jouer avec mes doigts, quand je te laissais t’asseoir entre mes jambes et que je t’enlaçais. Tout cela prenait désormais des allures de scène de crime n’est-ce pas ? Chaque petit geste était un encouragement. Chaque regard souriant une ouverture.

Alors quand j’ai lu tes mots. Je me sentais blanche, molle et coupable comme sur le banc des accusés
Quand je t’ai dit « on reste amis », je me sentais la dernière des abruties, j’étais celle qui te faisait violence.

Le pire pourtant, ce furent les autres. Je recevais de plein fouet, leur désapprobation. A chaque fois, c’était une gifle. Et parce que nous deux étions les amis fidèles, ceux que, peut être, nos parents voyaient déjà mariés dans 10 ans, parce que ça aurait définitivement ancré le mot famille dans nos relations. J’entendais les « je te l’avais dit », je recevais les regards noirs, les moues désapprobatrices.

Nous étions dans le même lycée. Nos familles se voyaient. Mais désormais dans les couloirs j’évitais tes yeux, j’évitais tes mains, j’évitais même d’apercevoir ton corps, ton ombre. Tous les souvenirs que j’avais de nous se délitaient. Nos frôlements, les histoires que l’on écrivait à quatre mains, tout cela prenait des allures que je n’aimais pas. Tout devenait pervers et tordu. Et je sentais, à l’intérieur de moi, chacun de ces moments changer, minuscules mécanismes qui se réajustaient.

Mais surtout, je ne pouvais m’empêcher de penser
que, peut-être,
à un moment donné, j’avais su.

Cela venait peut-être de la moiteur de tes mains.
Cela venait peut-être de tes regards de plus en plus insistants,
de tes invitations.

Le fait est qu’il n’y a pas eu de Happy End, pas de Letter to you who loved me so, pas de Juliette à ton bras. Il n’y a pas eu de rédemption, pas eu de chemins de croix. Je suis restée bloquée là, à regretter cette amitié émiettée, tandis que tu avançais de ton côté, sans un regard en arrière.

Parce que le « on reste amis » ça ne fonctionne jamais,
pas d’un amour avorté.

Et c’est fou, encore aujourd’hui, la pression que je ressens.
La culpabilité, la tension, l’hésitation,
A chaque fois que je te croise, à chaque bise claquée.

Désormais, je ne sais plus t’enlacer,

Nous étions une Pénélope et un Yliès,
et moi je ne voulais pas t’aimer.

~
Dans le cadre du blog tour des éditions Sarbacane, pour la sortie du merveilleux Lettre à toi qui m’aimes de Julia Thévenot. Cette lettre reprend certains éléments du textes de Julia (en rose) modifiés ou laissés tels quels. Le reste est de moi. Vous pouvez retrouver la chronique de son roman ici, ou sur mon compte instagram 🙂

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :