Ce qui nous hante de Sacha Bazet

Quand j’ai su que les éditions Mnemos publiait -enfin- un petit roman dans leur collection Naos (commune aux éditions ActuSF et dont je chronique quasiment chaque publication parce qu’elle est juste trop trop trop bien en YA) et qu’en plus la couverture signée Octobre Rouge et Vince Haig était magnifique… J’ai sauté dessus. Soyons honnête. Mais si en plus il s’agit d’un premier roman…alors c’était irrésistible.

Résumé éditeur

Après un long sommeil dans son coin de forêt, le château de Loubet reprend enfin vie. Le temps d’un été, il accueille la création d’un opéra contemporain par de jeunes artistes venus de tout le pays. Absorbés par leurs ambitions, leurs conflits et leurs espoirs, Bassem, Thelma et Giulia ne voient pas les griffes de la demeure au passé macabre se refermer sur eux.

Seul le solitaire Gaspard soupçonne quelque chose : un certain Camille, un inconnu moqueur et invisible, s’est insinué dans les pages de son journal intime. Entre deux railleries, il le met en garde contre les dangers anciens qui rôdent dans les couloirs du château…

Mon avis

Ce qui nous hante n’est à priori pas un roman flippant. Pas flippant flippant en tout cas. Il interroge, surprend, mais vous n’en ferez pas des cauchemars. Peut être aurez-vous à peine un léger frémissement en mettant le pied dans un château (va t-il me laisser repartir ? vous direz-vous) mais vous n’en ferez pas des cauchemars (croix de bois, crois de fer…hum non. on ne sait jamais). Donc les peureux / peureuses ce roman est fait pour vous.

Pour ce premier roman, Sacha Bazet a mis les petits plats dans les grands et nous entraîne dans une pièce de théâtre / roman / opéra où les fantômes du passé côtoient les ambitions du monde du spectacle vivant. La mise en page est à la hauteur du dilemme : découpage en 4 actes, préludes, puis en scènes, chacune présentant un petit bout de pièce de théâtre. Celle d’Anna et Aud. Celle que tous les musiciens, comédiens, danseurs, chanteurs, vont devoir interpréter pendant leur séjour au château de Loubet, briqué pour l’occasion. Un château magnifique qui a retrouvé ses lettres de noblesse, sa salle commune, ses chambres, toutes dépoussiérées et meublées pour le show en préparation. Il s’y passera tant de choses que les frontières seront brouillées : le château est-il l’auteur ou le théâtre des événements qui s’y déroulent ? interprète ou complice ?

Bassem, Thelma, Giulia, Thibault, Esther, Gaspard… Ce n’est pas pour le château qu’ils sont là. Mais bien pour impressionner le metteur en scène Augustin Ventrusch, célèbre artiste habitué des scènes parisiennes, salué par la critique et les gens avec lesquels il travaille. Tous ensemble ils doivent interpréter une pièce de théâtre moyenâgeuse en opéra contemporain. Le projet est immense, l’enjeu gigantesque. Alors pourquoi n’ont -ils pas encore vu le fameux metteur en scène ? Pourquoi perdent-ils tous du temps en « groupe de partage » comme s’ils étaient en colonie de vacances ? Et surtout… pourquoi les partitions, chants, textes et chorégraphies ne font-ils que changer sans arrêt, de répétition en répétition, de façon de plus en plus horribles au fur et à mesure du temps qui passe ?

D’un coup certains baillent à s’en décrocher la mâchoire, les couloirs résonnent de phrases répétées en boucle « pour l’opéra », et des messages apparaissent dans le journal de Gaspard, l’assistant décors. D’ailleurs lui même ne sait pas très bien s’il est fou à lier ou posséder à mesure que des trous de mémoire apparaissent dans ses journées, que des après midi entiers semblent s’effacer et que ses faits et gestes deviennent incontrôlés.

Pour un premier roman, j’ai trouvé que l’ensemble était extrêmement bien ficelé, transportant son lecteur de bout en bout et si j’ai compris bien trop tôt quel était le fin mot de l’histoire, le roman poursuit son mystère jusqu’à la dernière page nous révélant des informations au compte goutte. Je ne le qualifierai pas de haletant, le roman étant un brin trop lent et laissant davantage place aux personnages et à l’ambiance mi creepy, mi teenage qui semble régner au château On change de personnages comme on change de fantômes (ne croyez pas qu’ils n’aient pas leurs mots à dire, depuis le temps qu’ils sont là), les comportements se font de plus en plus erratiques et incompréhensibles. J’ai adoré la façon dont l’auteurice (oui je sais pas, iel n’a rien voulu dire, alors partons sur du non genré, j’aime le flou) nous faisait entrer dans le quotidien de ces artistes, entre clichés et intimité, glissant çà et là des incohérences, qui mises bout à bout deviennent un brin flippantes.

La plume est elle aussi à souligner. Poétique au début, elle a peu à peu laisser place aux personnages, au théâtre en début de chapitre, pour que chacun puisse s’exprimer. Finement dosée, elle captive. Si le récit n’est pas haletant en soi, comme le laisse penser la quatrième de couverture, je l’ai tout de même trouvé très addictif et prenant.

En résumé

Ce qui nous hante est un roman où se mêlent l’angoisse, le fantastique et le monde si étrange de l’opéra. Délicieusement dramatique, magnifiquement frissonnant, on tourne les pages avec fièvre pour en découvrir plus sur le château de Loubet, ses habitants de toujours, pierres et fantômes, et les jeunes résidants qui sont pris de curieux maux…et incapables de partir. J’ai adoré ce premier roman et j’ai grand hâte de découvrir autre chose de la plume de Sacha Bazet ❤

2 commentaires sur “Ce qui nous hante de Sacha Bazet

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