Y a pas que la vie de Estelle Billon-Spagnol

Ce roman est un immense coup de cœur, je vous le dis d’emblée ! Une fois n’est pas coutume chez les éditions Sarbacane, j’ai eu l’occasion de lire une histoire à fleur de peau, qui m’a remuée, m’a prise aux tripes et m’a rafistolée. Oui j’ai beaucoup de coups de coeur chez cette maison et oui ce roman est un service de presse, pourtant je vous assure qu’il n’y a pas de cause à effet. Quoique si, c’est parce que je savais que j’aurais de nombreux coups de coeur et des auteurs / autrices chouchous que j’ai demandé à être partenaire avec eux encore cette année !

Résumé éditeur

Un vendredi soir comme un autre au Dakota, la boîte de nuit à la mode du moment. Les jeunes, venus des quatre coins de la campagne champenoise, se retrouvent, boivent, dansent, s’éclatent. Parmi eux : Poussin, Griez et Sko, trois amis qui ont grandi dans le même village – aussi différents que potes à la vie à la mort. Pas loin d’eux, il y a Annabelle, la plus cool des filles, et sa petite sœur Cléo qui bouillonne d’admiration et de rage pour son aînée.
Les shots s’enchaînent, la nuit file comme un éclair et Sko, d’habitude sérieux et réservé, se sent pousser des ailes ; les baisers avec Annabelle sont électriques, si évidents qu’il en oublie Virginia, sa copine…
La gueule de bois du petit matin n’enlève rien à la magie de la nuit ; Sko ne pense qu’à Annabelle.
Quand l’accident arrive, il enlève avec lui, en un fracas de tôle, jeunesse et amour naissant.
Restent alors les vivants.

Mon avis

Le roman s’ouvre sur une soirée. Ça y est Sandro, appelé Poussin par ses potes, s’envole vers de nouveaux horizons : les forces de l’ordre. Alors forcément ça se fête ! Avec lui il y a Oscar -Griez- et Alexis -Sko-, et pas mal d’alcool, et des filles et de la musique. Une parfaite vie d’adolescent teenage d’aujourd’hui à l’orée des premières années d’études et de l’indépendance. Pas tout à fait encore des adultes. Pas tout à fait encore des enfants. Au début j’étais perplexe et anxieuse. Parce qu’on sait que deux jeunes vont mourir. Alors j’épiais, secrètement, chaque comportement à la recherche de la moindre faille et il y en avait une de taille : l’alcool. L’alcool qui désinhibe, qui rend la tête cotonneuse et le cœur mou type marshmallow. Ça c’est ce qui arrive à Sko lorsqu’il croise le regard d’Annabelle, lorsqu’il sent ses ongles bleus électriques. Pourtant Annabelle il ne la connaît pas vraiment, mais c’est comme ça, il n’y peut rien, entre eux c’est magnétique, et même les textos angoissés de Virginia, sa petite amie, n’y changent rien. Parce que les cœurs s’appellent, parce que les corps se croisent, parce que hormone, parce que amour.

« Il bande, là, au milieu d’un chantier dont il se fout, en pensant à la fille dont il est amoureux. Un amour tellement tout chaud qu’il fait la nique à la réalité dégueulasse et continue de le déboussoler.
De le faire vriller par sa force, de l’emmener vers
des matins palpitants. »

Ce personnage, je pense que bon nombre d’entre vous vont le détester. Encore un homme, un couple qui se brise pour une pulsion ? Ne pouvait-il pas garder ses mains dans les poches ? Moi c’est un personnage que j’ai adoré. Parce qu’il est prisonnier d’un quotidien qui lui déplaît, enferré dans une relation de convenance avec son amie d’enfance (qu’il adore hein, c’est pas le problème, le problème c’est l’étincelle…et le bleu des ongles d’Annabelle), et qu’il ne rêve secrètement que d’une chose : s’échapper. Avoir sa dose d’aventure. Comme son pote qui part loin d’ici pour l’école de police. Comme son autre pote qui fait des projets de soleil chaud et d’Espagne. Alors je ne sais pas… Je l’ai trouvé réaliste, tendre et touchant dans sa façon de vouloir ne pas tout briser, quitte à faire des erreurs, quitte à devenir dingue.

De l’autre côté de ce trio de choc, nous avons Virginia et Cléo. Virginia qui parle avec son père décédé dans ses rêves, qui se conforme à une image d’enfant parfaite et de vie modèle, je ne me suis pas reconnue en elle, mais je l’ai trouvée profonde à sa manière, forte et fière dans sa colère. Cléo, elle, c’est la sœur d’Annabelle. Celle qui ne sera jamais aussi belle, aussi rayonnante, aussi tout qu’Annabelle. Celle qui s’engouffre dans ses plaids et ses vêtements trop grands pour s’enfuir, loin des regards et des moqueries des autres. Une vingtaine de taillades sur les bras, autant sur son cœur écorché. Nous la suivons surtout à travers son journal qu’elle écrit en vers, en prose, où elle livre sa colère, sa tristesse, et son amour aussi, à sa drôle de façon. Ce personnage est très sombre, très mal dans sa peau, et j’ai eu peur qu’elle ne perde pied mais le roman nous force à espérer, à croire en elle, et à imaginer un sourire sur son visage. On retrouve le sujet du harcèlement (oui c’est un sujet vu et revu mais tant qu’il existera il sera nécessaire) à travers Cléo mais aussi Griez, de façon similaire et différente.

« Elle s’enfonce dans son duvet, ferme les yeux et appuie de toutes ses forces sur son casque, le but étant de faire éclater ses tympans, et les murs, pour retrouver la vie calme d’avant.
Avant : quand personne dans ce nouveau collège ne la rabaissait.
Avant : quand Titouan et tous les autres gamins des Murettes, leur quartier à Bloiseau, jouaient avec elle après l’école,
le goûter expédié en deux secondes.
Avant : quand on était des aventuriers avant d’être des meufs ou des mecs, des cool ou des pas cool, des Étoiles
ou des Faces de truite.
Avant, quoi. »

Finalement le sujet du deuil, de la reconstruction, n’est abordé qu’en seconde partie du roman. Je connaissais l’identité d’une des victimes, parce qu’il fallait qu’il y est une forme de culpabilisation, de secret, de poids à porter et que c’était aisé de deviner qui allait porter quoi. Pour la seconde j’ai été surprise, parce qu’on la connaît peu, mais que sa mort a tout de même un impact. Sur le quotidien d’autres personnes. Et j’ai trouvé ça très fort de la part de l’autrice d’amener cet angle là. Même si la mort ne te touche pas personnellement, même si tu ne la ou le connais pas, et bien cette mort est là. C’est une existence de perdue, envolée, effacée. Ça pourrait n’être qu’un nom sur une liste mais non. C’est le fils de, la femme de, le père de. C’est comme une vague qui bruisse sur la toile de ton existence.

Et ce titre, « Y a pas que la vie », me fait doucement sourire. Parce qu’il correspond si bien à ce roman. A ce début où il y a la vie, les tracas, les fracas du quotidien, les amours naissantes, les cœurs en suspend, les baisers volés, les rires en musique, un peu d’alcool dans les veines, et les lendemains de soirées difficiles. Et à cet après où il y a la mort, les larmes, les cris silencieux, les sanglots que l’on s’arrache, les mains que l’on étreint, les yeux que l’on cherche encore, les mots que l’on voudrait entendre, les sourires que l’on ne verra plus. Il n’y a pas que la vie. Il n’y a pas que la mort. Il y a tout un tas de choses entre les deux : les concessions, les emmerdes, les lâchers prises, les colères, les reconstructions, les renouveaux, les printemps et les automnes.

« Je sais pas si tu sais
Si tu sais que je ne savais plus.
Dans mon coeur, dans ma tête, dans mes larmes, dans mes rires,
Partout,
Joyeux anniversaire »

Ce roman il a eu l’effet d’une thérapie. Un peu comme celui de Thibault Bérard, Il est juste que les forts soient frappés (est-ce étonnant qu’il l’ait édité alors ?). Parce que j’ai eu un ami. Un ami comme un rayon de soleil à qui je racontais des journées entières, à qui j’écrivais des poèmes et qui m’en composaient comme on compose des relations et des musiques. Un ami que je n’ai jamais rencontré. Qui ne m’a jamais rencontrée. Et pourtant, ensemble, on a construit des cabanes de mousse dans nos jardins pour accueillir nos pensées et nos rires. On trouvait tout les coins qui se ressemblaient un peu, chez lui, chez moi, et on composait ces cabanes de bouts de bois. Jusqu’à ce qu’il meure sur la route, accident de moto, cœur meurtri, et mes mains pressés sur mon ventre avec l’envie de hurler. Et m’entendre dire que les amis du net n’étaient pas de vrais amis. Alors voilà ce roman c’est ma thérapie, mon baume sur le cœur, et rien que relire les dernières lignes pour vous les livrer ici, m’a fait monter les larmes aux yeux.

Bien sûr qu’on a tous un rapport différent à l’écriture, à l’histoire et aux personnages. Bien sûr que cette chronique est subjective, comme toutes mes chroniques coups de cœur d’ailleurs !

En résumé

Y a pas que la vie est un roman coup de cœur, de ceux qui te bouleversent parce qu’ils te touchent profondément, intensément. J’en ai adoré chaque lettre, chaque page, chaque phrase déployés avec talent par Estelle Billon-Spagnol. Il nous parle autant de la vie, que de la mort, des cœurs qui s’appellent et des rages enfouies, et j’ai eu franchement une belle surprise avec le personnage de Sko ❤

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