Les enfants des Feuillantines de Célia Garino

Le beau petit pavé que voici, du haut de ses 500 pages et quelques on ne le voit pourtant pas défiler tant il est attachant et tant il est difficile de ne pas vouloir en savoir plus, tourner les pages à la poursuite des aventures de ses habitants. Irrémédiablement on pense à Quatre soeur ou Broadway Limited de Malika Ferdjoukh chez L’école des Loisirs mais aussi à Falalalala de Emilie Chazerand et Diabolo Fraise de Sabrina Bensalah chez le même éditeur. Leur point commun ? Ils ont tous été des coups de coeur monumentaux !

Mon résumé

Aux Feuillantines, maison de trois étages -plus un grenier et une cave- balayée par les vents normands et perchée sur les falaises, vous trouverez une bien étrange famille. D’abord il y aura Désirée, 24 ans, un brin déjantée et au vocabulaire fleuri ayant à sa charge pas moins de sept enfants, mais aussi un lapin bélier, un perroquet intarissable, un cochon mangeur de chaussures, cinq petits chats, et une grand mère centenaire.

Sept enfants, tous cousins, nés des triplées, ces sœurs ayant toutes eus un destin plus ou moins tragique entre désir de voyage et amours déçues, abandonnant derrière elle leurs enfants : Isidore, Honoré, Hermeline, Brunehilde, Warren, Calliope et Pernelle, la petite dernière.

Sept enfants, ce n’est pas de tout repos. C’est des repas grands comme des marmites avec les restes du jardin -patates et carottes à toutes les sauces et sous toutes les formes- c’est des passages de « minutes codées » à s’enfuir à toutes jambes, des cris, des larmes, les tourments de l’enfance, la quête de parents disparus et l’envie, parfois, de tout casser. Mais c’est aussi des histoires du soir racontées à tour de rôle, des chatons à nourrir au biberon, des amis, des rires et des éclats.

Bienvenue aux Feuillantines.

Mon avis

Est-ce que, quand on lit un roman jusqu’à trois heures du matin, ce n’est pas déjà une preuve d’amour suffisante ? Parce que c’est clairement ce qui s’est passé, alors que je tournais les pages une à une, sautant des aventures de Calliope à celles de Warren, des colères de Brunehilde, éclatante de fureur à celles d’Hermeline, sonores et musicales, en passant par le maelström de sentiments made in Honoré et Isidore ou le courage incroyable de Désirée. Dans le résumé il est dit « cette famille qui ne demande qu’à être aimée » et bien je l’ai aimée, je n’avais pas envie de les lâcher, mais envie de savoir comment chacune de leur aventure allait se terminer, parfois bien, mal ou en demie-teinte, envie de les serrer dans mes bras à les étouffer et de prêter l’oreille à Désirée, cette nana de 24 ans qui aurait pu être mon amie.

On ne sait pas très bien où commence et où finit l’histoire. Est-ce qu’elle commence avec Warren, ce petit garçon lunaire et silencieux aux cheveux qui lui tombent dans les yeux qui n’ose pas dire à sa maîtresse qu’il n’a plus vraiment de maman et que maman ne viendra pas signer son mot. Est-ce qu’elle commence avec Désirée qui, à la mort de sa mère, écope de ses enfants. Ou bien justement avec Isabella qui se jette d’une falaise, Willa qui part en voyage et Rosemonde qui coule doucement dans alcool et drogue avant de terminer en hôpital psychiatrique. Ou encore plus tôt, lorsque leur père, Jaquolin, décide de s’installer dans cette maison, non loin du phare dont il était le gardien. Nul ne le sait, mais on découvre le tout dans un formidable chapitre intitulé « Quand la famille Mortemer est partie à vau l’eau », conté d’un ton pince sans rire, mi-sarcastique mi-blasé qui m’a tout de suite ravie au plus au point alors que pourtant ce qu’il disait n’était pas drôle du tout, à mi chemin entre la catastrophe familiale et l’apocalypse sentimentale.

« Elle se rassit et se mit à faire le point. Certes, sa situation était triste ; éprouvante. Les triplées éparpillées entre ciel et terre, la famille mutilée, les enfants orphelins et blessés. Mais, en observant la joyeuse tablée unie dévorant les frites dégoulinantes d’huile et se battant à coups de ketchup – Mais arrête Pernelle ça tache ! – elle se rendit compte que, oui, elle aimait cette situation comme elle était. Elle aimait être la mère par intérim de tous ces petits Enfants Perdus. »

C’est une fois ce chapitre passé que nous entrons dans le quotidien déjanté de cette famille étrange, très -trop- nombreuse mais où chacun trouve sa place, comme s’il était une pièce de puzzle parfaitement ordonné avec le reste de l’énigme Mortemer. Chacun à des âges très différents, les enfants Mortemer sont autant de facettes de l’adolescence allant de la découverte des premiers amours au harcèlement scolaire, de la quête de popularité à la solitude, de l’amitié et la haine. Et de chaque côté de ces morceaux d’adolescence, la jeunesse de Désirée qui s’étiole, elle qui regarde les jeunes de son âge faire la fête et les envies, et l’enfance de Warren, Calliope et Pernelle. Il y a sans doute des questions qui vous viennent du genre : mais est-ce que ce n’est pas trop impersonnel ? est-ce qu’on arrive à s’attacher aux personnages ? est-ce que c’est un peu réaliste tout de même ? est-ce que… est-ce que…

Il n’y a qu’une seule chose à savoir : Célia Garino écrit divinement bien, a une imagination débordante et a su insuffler à chacun de ses personnages une âme tout à fait singulière qui vous les rend attachant instantanément. Peut-on parler de réalisme ? Je dirais que oui. Malgré le perroquet répétant « Tarrrré » à tour de bras, malgré les minutes codées de Désirée avec des expressions aussi étranges que « VOUS ME DECAPSULEZ LA CAFETIERE » et malgré les expériences culinaires osées d’Isidore entre pommes de terre et jus d’orange.

« Désirée reluqua d’un air circonspect  la bouteille de lait, le flacon de clous de girofle et le pot de miel posés à côté de la gazinière. Et elle préférait ignorer pour l’instant qu’une bouteille de jus d’orange avait également pris part à la recette.
– J’essaie de faire un gratin.
– Dans une casserole ? Avec du miel et du jus d’orange ? Tu te crois dans les Sims ? »

Parce que malgré tout, dans tout ce joyeux bazar il y a des choses on ne plus réalistes, des larmes amères, les histoires de la grand mère Granny, le harcèlement scolaire que subit Brunehilde et qu’elle fait subir en retour à un autre, pour ne pas être la dernière dans l’échelle social du collège, les adultes qui ferment les yeux sur l’ensemble pour ne pas se mettre à dos les parents, le désir de popularité d’Honoré, il y a les trous que creusent Calliope pour atteindre la Californie et atteindre une « vraie maman » qui les a pourtant abandonnés, il y a les peurs de Warren, les crises de nerfs de Désirée…

En résumé

Les enfants des Feuillantines est une fresque familiale loufoque, pleine de drames et de courage où l’on côtoie l’adolescence, l’enfance et les destins brisés, mais aussi les angoisses, les rires et les histoires du soir. Un roman qui fait chaud au cœur, qui parle d’humanité et de fratrie, d’amour et d’amitié avec des personnages tous plus attachants les uns que les autres, mais aussi de leur crises et de leurs colères. Un immense coup de cœur à trois heures du matin.

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