Tracer de Guillaume Nail

Je ressors de ce livre avec un sentiment étrange. Déjà parce que je ne suis pas sûre qu’il m’aie plu. Mais aussi parce que je suis sûre qu’il ne m’a pas déplu. Sentiment moyen alors ? Non plus. Un sentiment étrange je te dis. Peut-être l’envie d’entreprendre, de tracer moi aussi. Peut-être l’écriture nerveuse, qui parfois m’a perdue. Cette chronique nous permettra d’y voir plus clair !

Résumé éditeur

Ça pourrait être une histoire triste, grise et pleine de violons qui grincent. Ça pourrait car ça commence par un deuil. Celui d’Emjie, 17 ans, orpheline depuis quelques jours et recueillie par son oncle Balou.
Mais c’est bien plus que ça.
C’est aussi l’histoire d’une amitié belle à en pleurer avec l’hilarante Nitsa.
C’est une rando pleine de rencontres dans l’Aubrac. C’est des moments de joie pure, de tristesse et de désir.
Car Emjie est vivante et bien décidée à TRACER !

Mon avis

Comme promis Guillaume Nail (Nail comme portail), ne nous livre pas une histoire triste et grise, morne en soi, morte aussi, comme peuvent l’être parfois les romans sur le deuil. A la place, il offre un roman tour à tour lumineux et orageux sur le désir d’avancer, de tromper ses émotions et de chercher le bonheur. Difficile, lorsqu’on est orpheline du jour au lendemain, coincée à vivre chez un homme qu’on ne connaît qu’un Noël sur deux, et dont la bouche a un goût de moisi même après des dizaines de brossages de dents. Difficile mais pas impossible. Pas quand on possède une volonté aussi forte que celle d’Emilie-Jacques et qu’on est bien décidée à tracer et à retrouver cette image de la joie vue sur un documentaire à la télévision. A Aubrac. Juste au sud du massif central.

Cette décision elle la prend sur un coup de tête, après avoir compris que le quotidien ne la rattraperai pas de la chute. Après avoir sucé un mec sans raison. Après avoir dansé sur Madonna avec Nitsa. Après avoir, enfin, pleuré. Cette partie de l’intrigue ne m’avait pas plus intéressée que cela. Je trouvais étrange que Emjie veuille coucher avec un mec sans raison, sans que cette pulsion ne soit décrite. Je trouvais bizarre que Balou ne soit pas plus présent, lui « qui a aussi perdu un frère ». Je trouvais ça carrément vu et revu de partir sur un road trip. Bon, donc, en vrai, je m’y suis vachement intéressée.

Le fait est que l’écriture m’a dérangée. Moi qui suis adepte de la phrase courte qui te percute, je n’ai pas su apprécier le verbe de Guillaume Nail. Pas su apprécier les pensées d’Emjie. Pas su apprécier les descriptions des paysages. Non il y a véritablement quelque chose qui m’a bloquée sans que je n’arrive réellement à mettre le doigt dessus, et peut être que vous même, en lisant ce roman, n’aurez absolument pas ce ressenti tant il est inexpliqué. Entièrement subjectif.

« Bon, donc je les écoutais me parler du bois, et puis des poignées – métal ou laiton, chêne ou châtaigner ? Comme si je choisissais des étagères Billy chez Ikea, tu sais les trucs bas de gamme, là. Et c’était tellement bizarre, d’être à la fois dans le concret – quelle plaque on prend, qu’est-ce qu’on marque dessus – à maman et papa ou à mon père et ma mère. Des détails aussi cons que ça, tu vois. Genre, je me rappelle, Balou qui me demande, pour le marbre, tu préfères gris ou rose… Que des choses hyper matérielles. Alors qu’en réalité, on parlait en permanence de deux êtres abstraits, deux absences. Oui c’est ça. Mes parents, pfft. Envolés. Deux manques intangibles »

Par contre j’ai réellement aimé les dialogues entre Nitsa et Emjie ou l’héroïne et d’autres personnages. Ils avaient un petit côté naturel que j’ai beaucoup aimé, un caractère authentique revigorant, à l’image des nombreuses douches froides que les deux jeunes filles devront essuyer.

Sur les routes du GR, les deux jeunes filles vont croiser tout un tas de personnes : de l’aubergiste sympa, à la cuisinière de compétition ; des flics au dealer de drogues (passeur à ses heures perdues) ; de la boulangère à la pharmacienne. Finalement, pas trop de mésaventures sur la route, c’est plutôt la nature qui s’est montrée capricieuse enchaînant pluie, froid, attaque de tiques et chaleur écrasante. En cela, le roman de Guillaume Nail n’a rien à envier aux romans d’aventures, puisqu’il s’agit bien là d’une aventure : humaine, naturelle, amicale…  Je lui reprocherai peut-être sa facilité, mais il fallait bien faire entrevoir le bonheur à cette jeune fille au bord du gouffre plutôt que les affres du genre humain.

Je ne pense pas que cette lecture me marquera longtemps mais elle permet de voir le monde différemment, peut-être de manière plus sereine, à l’aune de tout ce qu’il a à offrir. Et puis, il s’agit tout de même d’une belle randonnée, et c’est déjà beaucoup.

En résumé

Tracer. Sans s’arrêter. Sans regarder derrière. Une image bien fixée sur la rétine. C’est à ce voyage que vous convie Emjie, aux côtés de laquelle vous allez cheminer, vous perdre, tomber malade, et vous empêtrer dans une tente. Avec qui vous allez aussi danser sur du Madonna, traîner vos pieds sur la pierre, et frôler des eaux tumultueuses. L’aventure sera grande et humaine, avec des phrases écorchées et des dialogues lumineux pour compagnie.

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