Nos conversations célestes de Jean-Christophe Attias

J’ai lu un drôle de bouquin. J’étais à la fois à fond et complètement perdue, surprise par ce que je tenais entre mes mains. Des romans comme ça, aussi déjantés, aussi étranges, aussi OVNI je n’en ai lu que deux : La Guerre des Bulles et Un truc à finir. Ce qui est drôle c’est que le premier s’attarde beaucoup sur des éléments irréels et que le second ressemble à une enquête… deux caractéristiques de Nos Conversations célestes. Reçu dans le cadre d’une Masse Critique Babelio.

Résumé éditeur

Professeur brillant, fantasque et séducteur, Ben Halfman a disparu. Le doyen de l’Institut où il enseigne donne une semaine à Jacques, chercheur sans talent et stérile, pour le retrouver. Et demande à sa secrétaire, Mauricette, fausse blonde au physique très changeant, de faire équipe avec lui. Errant d’abord dans les rues d’un Paris très en désordre, au gré d’inspirations improbables, ce duo gagne bientôt d’étranges lointains, maritimes ou désertiques, et croise sur sa route une foule de personnages insaisissables : universitaires loufoques, rabbins atypiques, espions, anges et fantômes, garçons de café, hôteliers, serveuses… Sans compter une sénatrice. Et peut-être Dieu lui-même. Point de Ben, pourtant, à l’horizon. Jusqu’au jour où…

Mon avis

Avec ce roman, impossible de rester concentré, de s’en tenir au texte coûte que coûte, ou de réfléchir. Non. Il faut lâcher prise, s’abandonner au livre, à ses absurdités, à ses lubies d’Auteur, à ses trucs bizarres auxquels on ne comprend rien (et Jean-Christophe Attias non plus, j’en suis sûre), à ses corps qui changent sans qu’on ne s’en préoccupe vraiment… bref, à l’imaginaire planté dans ce premier roman qui dét(c)onne complètement dans le paysage de la rentrée littéraire d’hiver.

« En dépit de ses inlassables efforts, pourtant, il n’était pas encore parvenu à effacer la tache qu’y avaient laissée, dix ans plus tôt, au pied de notre bel escalier, le sang et la cervelle de ce malheureux Schmoltz. Il avait essayé toutes les brosses et découvrait chaque semaine un nouveau détergent, plus agressif et plus malodorant que le précédent. Cette obstination irritait notre doyen : « Là, cher monsieur, vous ne nettoyez pas, vous usez, on n’efface pas ainsi les cicatrices de l’Histoire ». Je montai les marches quatre à quatre, prenant toutefois grand soin de n’en manquer aucune, me gardant d’ajouter par accident une seconde tache à la première, et de condamner ainsi notre gardien à une dépression incurable. »

Ce roman est à la fois absurde, surréaliste, complètement barré, tendre, presque dramatique, mais surtout très drôle. Une sorte d’ironie, de gentille moquerie qui teinte chaque dialogue, chaque personnage. J’ai par exemple beaucoup aimé la façon dont était dépeint le personnage de Ben, le fameux universitaire disparu, qui semblait avoir une aura charismatique inébranlable, mais surtout un culot remarquable. Presque caricatural, il avait un côté Magicien d’Oz, le genre de copain à te faire voir la magie un peu partout, mais à t’oublier souvent. Magnétique.

Aimé aussi celui de Mauricette, la gentille secrétaire avec qui Jacques part à la recherche de son collègue, reste pour le moins énigmatique. De blonde péroxydée aux doigts roses, à blonde naturelle aux mains grâcieuses, en passant par brune, rousse, hâlée, pâle, on la dit « toutes-les-femmes ». Mais sa personnalité reste en revanche constante. Ce qui est remarquable dans un récit aussi décousu et polymorphe.

Jacques, le narrateur, n’a quant à lui pas grand chose pour le mettre en valeur. Ami de Ben, amoureux de Mauricette, ça aurait pu être ses seules caractéristiques, si, de temps en temps il ne se sentait pas habité de souvenirs qui ne sont pas les siens, faisait des rêves bizarres où des objets lui sortent du corps (dont il garde des cicatrices au réveil), et s’inventait femme et enfants qui au bout de quelques pages finissent par disparaître et n’être que de lointains mirages.

Et encore, tout ceci serait sans compter sur la galerie de personnages plus invraisemblables les uns que les autres, de Mme Da Silva au Doyen, des rabbins (fils de trafiquant pour l’un, sorcier pour l’autre), des médecins qui n’en sont pas, des serveurs étranges, des hotelliers qui prêtent leur propre chambre, des agents de sécurité étranges et discordants qui s’empressent de mettre des bracelets électroniques à tout le monde pour les « écouter », et j’en passe. Tous ont un rôle étrange à jouer, réunis pour une dernière ovation dans les derniers chapitres.

« Dites-moi Mauricette, à votre avis, est-il possible qu’une chose qui s’est passée ne se soit pas passée ? Ou qu’elle se soit passée de deux ou trois façons différentes ?
– Dans les romans, oui, peut-être. L’Auteur efface, rature, réécrit un passage, et c’est une autre histoire, et puis une autre encore. Il peut même les garder toutes, si ça l’amuse ».

Vous êtes déjà perdu.e.s ? Moi aussi. Pourtant, au delà de cette perte de repères, ce roman n’a rien à envier à ceux d’aventures, ou de suspens. De bout en bout on veut savoir la fin, quitte même à lire la dernière page (si si je l’ai fait, mais j’ai rien compris, donc j’ai rebroussé chemin) pour avoir le fin mot de l’histoire. Qui est Ben ? Qui est Jacques ? Qui est Mauricette ? Même les lieux sont changeants, les rues décrites pourraient exister…mais n’existent pas, et d’autres ressemblent à des visions du passé. Des villes entières sont inventées, tandis que d’autres prennent leur marque dans une étrange réalité. Il y a aussi des coups d’élan : couteau disparu, fuite, fou dangereux. On peut dire ce qu’on veut ce roman ne manque pas de panache !

Il ne manque pas, non plus, d’une belle prose. Si elle peut paraître un peu trop littéraire à certain.e.s, j’ai vraiment eu l’impression que c’était une écriture qui appartenait pleinement à Jean-Christophe Attias. Ni trop érudite, ni trop relâchée, ni trop chiante, ni trop drôle. Non il y avait de l’ironie douce, et le ton, un peu châtié, correspondait parfaitement au récit.

Il me reste encore en mémoire des parts d’ombre : qui sont ces « espions » qui parsèment le roman et rendent rapport sur rapport sans qu’on en sache réellement la teneur, à écouter les conversations célestes des autres. Que signifie réellement cette fin ? Tragédie ou romantisme ?
Qu’apprenons-nous des anges, de Dieu ou de Rien ? Y a t-il un message à reconnaître, à décrypter ? Le mystère reste entier, mais il me va très bien comme ça. Curieux, intrigant.

En résumé

Nos conversations célestes fait partie de ces ovnis littéraires, inclassables et inclassés, qui dansent joyeusement entre raison et absurdité. Non content de nous laisser nous enfoncer dans un récit surréaliste où le narrateur n’est pas un narrateur, la femme est toutes-les-femmes et l’Auteur pourrait se rapprocher de Dieu, Jean-Christophe Attias nous laisse une fin délicieusement ouverte et mystérieuse. Pour rentrer dans ce roman, mettez votre raison logique au placard et laissez vous porter par cette imagination dét(c)onnante.

Un commentaire sur “Nos conversations célestes de Jean-Christophe Attias

Ajouter un commentaire

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :