Le Renard et la Couronne de Yann Fastier

L’histoire d’amour entre ce roman et moi avait si bien commencé… Une couverture magnifique, un résumé alléchant, une première partie très intéressante, dynamique et profonde. Et puis à un moment donné… Patatra. Je n’ai pas compris ce qui s’est passé : ennui, stupeur, grimace… Zut de flûte !

Résumé éditeur :

Jetée sur les chemins à dix ans suite à la mort de sa grand-mère, sa seule famille, Ana s’engage sans le savoir dans un voyage long et aventureux à travers l’Europe. De l’Adriatique aux Carpates en passant par la campagne française, Ana partagera la vie d’enfants des rues, sera adoptée par un vieux et doux naturalite, croisera la route de révolutionnaires, d’espions et de despotes, sera menacée de mort, jetée dans la sinistre prison Saint Lazare et prise dans des intrigues de palais.

Mon avis

Je pense que l’expression « zut de flûte » résume parfaitement bien mon ressenti face à cette lecture. Parce qu’il y a des choses absolument géniales et d’autres qui m’ont parfaitement déçue. Tout d’abord, sachez que ce roman est un Young Adult, et non pas un jeunesse comme le laissent penser couverture et résumé. Si le début est raconté du point de vue d’une Ana petite, la seconde et troisième partie sont racontées par une jeune fille de 21 ans. Quoiqu’il en soit ce n’est pas du tout quelque chose qui m’a dérangée mais je préfère prévenir celles et ceux qui voudraient le mettre à portée de toutes les mains 😉

La première partie m’a comblée de joie. On suit le quotidien d’Ana, une jeune fille pauvre dans la vieille campagne de Croatie où on y parle un vieux mélange d’italien, d’allemand et de croate. Sa grand-mère et elle sont arrivées, exilées d’une terre lointaine dont Ana ne connaît rien. Bien sûr l’acceptation n’est jamais le fort des gens de ces zones reculées, il y a la méfiance, la curiosité, la peur, l’anxiété. Alors Ana et sa grand mère ont toujours vécu à deux, se soutenant l’une l’autre, parlant français, lisant, écrivant. Jusqu’au jour où sa grand mère meurt. Et où Ana est obligée de partir sur les routes après avoir été dépouillée de tout dans un odieux rapt. On la suit à travers Almissa, puis Spalato. On y rencontre des gamins des rues, des orphelins, la pauvreté, la précarité. On y suit ses débuts de voleuse à la tire, d’enseignante. C’est une très belle partie qui construit notre personnage, lui donne son caractère, l’endurcit, la forge.

« Je laissai aller ma tête sur sa poitrine et continuai à lui parler. Je n’ai plus le moins souvenir de ce que je lui dis cette nuit-là. C’était sans importance. Je parlais, parlais, puisqu’elle ne disait plus rien, pour ne pas comprendre, pas tout de suite, pour ne pas entendre que son cœur avait cessé de battre ».

Plus tard, dans la seconde partie nous voici en France, en compagnie d’un vieux monsieur philanthrope et d’une Ana collectionnant les passions, les connaissances, les savoirs, avec une soif toujours plus grande. Son évolution est assez drastique bien qu’elle n’en perde pas son regard naïf et candide sur le monde. Mais c’est dans la seconde et troisième partie qu’apparaissent beaucoup de mes déceptions. Le français d’Ana, galvaudée depuis presque trois siècles est très amusant et donne lieu à des situations très cocasses qui m’ont beaucoup amusée.

Mais c’est aussi dans cette seconde partie, Ana est violée, je ne vous dirais ni par qui ni pourquoi, mais cette scène arrive. C’est un ressort que l’on voit de plus en plus dans les littératures pour adolescents et young adult et si je comprends la nécessité de parler du viol, je ne comprends pas le principe d’en faire un moteur. Ici Ana est violée mais ne s’en rend compte qu’un peu plus tard (le choc, l’irréalité de la scène) sans que cela ne change quoique ce soit à sa vie. Sans qu’elle n’en ressente de colère. Alors certes cela transforme son regard sur le monde qui en devient beaucoup plus réaliste (encore que) mais cela n’a aucun impact sur l’intrigue. Pourquoi le mettre ici si c’est pour l’évoquer trois secondes ? Et que faire de l’idée que cet homme restera impuni ?

Par la suite nous traversons moult paysages et intrigues (et vous savez à quel point j’aime les intrigues politiques) avec un côté presque irréaliste, alors que l’époque pourrait s’y prêter. J’ai beaucoup beaucoup aimé la manière dont le « renard » était amené. J’avais d’emblée imaginer un animal, couverture oblige, mais c’était une belle surprise. J’aurais beaucoup aimé en apprendre un peu plus sur le voyage d’Ana, sur ce qu’elle voit, ce qu’elle entend, sur ce peuple serbo-croate dont je ne sais rien et dont peu d’occidentaux connaissent finalement les traditions et paysages. Cela m’a manquée un peu. Pour les lecteurs et lectrices de fantasy avec intrigues politiques, beaucoup de choses vous apparaîtront comme évidentes, mais certaines resteront des surprises et de ce point de vue là, les aventures que vit Ana sont rondement menées.

Seconde et dernière déception : sa relation. Ana finit par tomber amoureuse d’une femme. Sur le principe je n’ai absolument rien contre étant moi aussi tombée amoureuse d’une fille. Mais là encore c’est la façon dont c’est amené. Je ne trouve pas cela réaliste. Le roman a l’air de se situer dans les années 1900 et quelques puisqu’on fait allusion à la Grande Guerre (première guerre mondiale) à la fin du roman, et cette période n’est pas réputée pour son ouverture. D’autant plus qu’Ana s’est engagée auprès d’un homme, donc son éducation a été entièrement formée autour de cela et pourtant rien ne lui vient. Rien ne la surprend. Rien ne la dérange. Elle a 21 ans dans cette partie (il me semble) et je trouve que sa relation aurait mérité plus de réflexion au regard de l’époque dans laquelle elle vit. En dehors de cela j’adore leur petit couple ❤

En dehors de cela, Le Renard et la Couronne est une très belle quête initiatique qui, bien qu’elle présente quelques clichés et ne s’éloigne que de peu du schéma traditionnel, présente de belles surprises, des rebondissements et ses moments de souffle. On voyage, on combat, on pense, on rêve et on s’émerveille 😀

En résumé

Le renard et la couronne fut pour moi une lecture en demie teinte. Bien que très belle dans sa construction et sa narration, elle m’a déçue sur quelques points qui me sont ensuite restés en tête tout le long de ma lecture. Malgré cela, ce roman reste une aventure agréable pour des soirs d’automne pluvieux et glaciaux.

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