Falalalala de Emilie Chazerand

Un roman falalalalesque pour commencer un mois de novembre venteux, pluvieux et tempêteux, déluge avant l’heure et une envie irrésistible de bredeles alors que je n’en ai jamais mangé de ma vie. Ce roman, tenez-vous bien, je vais vous en parler pendant un long, long, long moment. Il faut le faire quand les romans sont falalalala.

Mon résumé

Dans la famille Tannenbaum, elles sont nombreuses à se disputer la cuisine, les bredeles et la place de plus petite de la famille. Elles sont sept. Sept naines. Sept casse-couilles dirait Richard. Parce que Richard est le seul grand dans une maison petite, créée pour des petites par un petit. Il est le seul grand à Tannenland, curiosité noëlesque, surprise alsacienne, et temple rêvée de biscuits fourrés et d’histoires endiablées.

Tout va parfaitement bien à Tannenland. Si on oublie que Richard est seul, que Lulu a le cœur qui flanche, que Herta grandit, que Leni attend un autre petit Tannenbaum, que Zella a perdu l’amour de sa vie par peur de l’inconnu, que Fritzi est un peu folle, et que Bettina est figée, refusant d’avancer en même temps que tout le monde.

Et ce serait oublier Pravda (brindille aux multiples piercings, effacé de la vie de ses parents), Daphné (asphyxiée par une mère taille 34), Hazim (migrant caché dans la cuisine des Tannenbaum), et Hervé Vilard ou Hary Vedrev on ne sait plus bien.

Mais Ludovika aka Lulu a un plan. Un plan infaillible. Un plan de Noël-avant-l’heure.

Mon avis

Nous déambulons sur les trottoirs de notre conscience, tranquilles, habités seulement de nos émotions habituelles, quand soudain ils surgissent, tel un prédateur sexuel jaillissant du local à poubelles de notre psyché. « Ils«  : les « pourquoi », les « et si » et autres « est-ce que ». Et là, c’est déjà foutu. Qui suis-je, pourquoi-je et Dieu dans tout ça ? […] Mais là, à cette seconde, c’est une question philosophico-déprimante des plus banales, et bien connue de Richard, qui refait surface, telle une crotte de bébé plopant dans la mousse de l’eau du bain :

« qu’est ce que je fous là ? mais qu’est ce que je fous là, bordel ?! »

Il fallait que je commence par cette citation. C’est exactement dans cet état d’esprit que j’ai commencé ce roman. Qu’est-ce que je fous là ? Un roman qui s’appelle Falalalala (alors qu’on est encore en plein milieu de l’automne, que mon sapin, les marshmallows, les bûches et tutti quanti n’ornent toujours pas mon salon) n’est pas de saison. Et le temps venteux, pluvieux, tempêteux n’est pas fait pour une couverture rose bonbon. Bien sûr que si.

D’ailleurs ce roman est fait pour les temps d’hiver, d’automne, de printemps et d’été, il est fait pour les temps de coups de mous, de coups de stresse, de coups de larmes. Il est fait pour sourire à toutes les pages sans en oublier pour autant l’émotion, la colère, l’envie, la rage de vivre. Des petites bulles de bonheur qui nous picottent la peau sans oublier de nous réchauffer le cœur. Et je l’ai fait traîner. Depuis le 31 au soir, je lisais des petits bouts, mes petites parcelles de joie. Au sot du lit, dans le train, avant de me coucher, plein milieu d’après midi, après un film, avant une douche. Je l’ai dégusté, bredele ou bretzel je ne sais plus bien. Je l’ai adoré, savourant chaque phrase comme un bonbon, étirant la pâte des mots, pétrissant les ironies, les blagues, les jeux de mots, avec un petit glaçage de drame et de tension familiale parce que c’est ce qui rend les réconciliations et les moments d’accalmie encore plus doux. Ce roman est falalala rendez vous compte !

« Eh bien, Lulu en a assez. Elle veut bien être une naine, mais elle refuse de penser petit, rêver petit, aimer petit, bien à l’abri dans le terrier fait sur mesure pour les créatures comme elle ! Elle a lu tous les livres possibles et estime venu le temps de vivre son aventure à elle. Elle veut avoir mal, avoir peur, avoir faim, avoir envie. Elle veut ressentir des choses essentielles, importantes, majeures. Et si la prochaine étape est de mourir, soit. OK. Faisons ça. Mais c’est décidé : elle mourra grandement. »

Falalala c’est un roman sur sept naines mais qui paraissent tellement grandes avec des pensées tellement pétillantes, qu’on en oublie qu’elles sont naines. Restent les désagréments d’être traitée de « ma petite », que les enfants te trouvent bizarres, et que tu sois à hauteur de l’arrière train d’un grand. Mais on oublie. Aussi facilement qu’on oublie qu’un héros ou une héroïne est blanc, noir, arabe, américain, français, allemand, immense, minuscule, humain ou fourmi. Aussi facilement que l’on devrait traitée chacun comme son égal parce qu’à l’intérieur de nos têtes se cachent les mêmes pensées, les mêmes secrets, les mêmes mensonges et mêmes drames. A peu de choses près. Et moi qui ne suis ni naine, ni blonde, et qui n’est pas un cœur qui s’appelle Quentin, je me suis franchement et terriblement attachée à Ludovika ❤

A sa manie de vouloir révéler les choses avant qu’elles n’étouffent les membres de sa famille. A sa manière courageuse mais parfois injuste de pointer du doigt les petits drames de chacun. A sa boule de Noël où se cache son père qui lui parle en secret. A son regard sur les autres, franc, joyeux et plein d’une envie irrésistible de les rendre heureux. A sa façon de penser, lumineuse, directe et parfois intransigeante. A sa liste des 9 choses à faire avant de mourir. Et même à Quentin.

Mais ce que j’ai trouvé génial avec ce roman c’est que, tous autant qu’ils sont, ils sont tous beaux d’une certaine façon, avec leurs défauts et leurs qualités, leurs corps, leurs yeux, leurs morales et leurs demie-vérités. Je me suis aussi retrouvée dans Herta quand j’étais petite et que je voulais qu’on me montre de l’attention, sans arrêt, comme n’importe quelle enfant, faisant de mon intelligence une force pour combattre le reste. Et en Richard pour cet aspect toujours en décalage, l’impression de ne jamais être à sa place, en famille, entre amis, dans le monde.

« Ils s’apprécient. Ils se connaissent. Tous, en fait, forment une petite communauté à laquelle Richard n’appartient pas et cette idée, étrangement, le pique. Il est perpétuellement en dehors des choses. En dehors des gens. C’est le drame de sa vie. »

Ce roman raconte des choses et nous raconte tous un peu. Saupoudré d’Alsace, de Strasbourg et de froid hivernal. Maquillé d’humour, de câlins, de rencontres. Mixé de chansons de Noël à la Twisted Sister, Blondie, Bjork ou Tchaïkovsky. Mais surtout il raconte excellemment. Avec une plume à tomber par terre qui te touche, te chatouille, te tortille. Une plume-cisaille ou une plume-plume. Tantôt amère, tantôt sucrée. Tantôt bretzel, tantôt marshmallow. Elle tricote des histoires folles, sans queue ni tête, hilarantes souvent, belles toujours. Humaines. Grandioses.

En résumé

Falalala est une véritable pépite, un petit ovni touchant, drôle et sincère. On sourit, on verse une larme, on s’enivre d’odeurs de cuisine, de bonté, de glaçages et d’histoires. Ça éclate, telles des bulles de savon, ça chatouille un peu partout, ça réveille, brille, pétille. 412 pages de pur bonheur. Un coup de cœur tout simplement falalalalesque.

2 commentaires sur “Falalalala de Emilie Chazerand

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