L’île aux mensonges de Frances Hardinge

Un tel bonheur d’avoir pu mettre la main sur ce roman à la médiathèque de Surzur ❤ Depuis Le chant du coucou aux éditions L’Atalante et La Voix des Ombres aux éditions Gallimard, j’avais une envie irrésistible de me procurer L’Île aux mensonges et c’est désormais chose faite 😀 Et quelle joie de retrouver les univers si développés de l’autrice, ses personnages si profonds et entiers, son goût irréfutable pour le mystère et le fantastique ❤

Mon résumé

Faith Sunderly est la fille d’un éminent naturaliste et pasteur dont l’honnêteté et les recherches ont fait de lui un être aussi redouté que salué. Pourtant, lorsque des rumeurs de mensonges et de falsifications d’ossements font la une de l’Intelligencer, les Sunderly choisissent l’exil sur une île sombre et remplie de mystères. Là bas, l’intelligencer n’a pas encore étendu ses calomnies et Mr Sunderly est invité sur un site de fouilles.

Bientôt cependant, la rumeur se répand, et, enclavés dans un environnement qu’ils ne connaissent pas les Sunderly ne sont pas au bout de leur surprise. Après le terrible événement qui frappe la famille, Faith se lance à corps perdu dans la facette la plus sombre de sa personnalité afin de percer les mystères qui entourent l’île et la disparition de son père. Secrets, mensonges, rumeurs, commencent à se répandre et à affoler les esprits. Parmi toutes ces ténèbres, la vérité finira t-elle par éclater ?

Mon avis

Comme tous les romans de Frances Hardinge lus jusqu’à présent, j’ai adoré celui-ci ! 😀 Ses romans sont absolument parfaits pour Halloween, et s’il n’était pas prévu pour le Pumpkin Autumn Challenge il rentre aussi parfaitement dans plusieurs de ses catégories.

Le propre de Frances Hardinge est de créer des personnages forts, entiers mais non exempts de défauts. Faith est de ceux là. A quatorze ans, la jeune fille appartient à la petit bourgeoisie anglaise de la fin du XIXe siècle. Encore engoncée dans les carcans sociaux et machistes de l’époque, elle n’a que peu de milieux d’expression et n’arrive pas à s’épanouir entre son père sévère et sa mère exaspérante de vanité. Moins qu’une adulte et à peine plus qu’une enfant, elle n’arrive pas à trouver sa place dans cette famille entre la gouvernante par interim de son petit frère, Howard, la suivante à peine remarquée de sa mère, ou la fille un peu gauche de son père. Intelligente, curieuse, elle cache au fond d’elle une « autre ». Autre comportement, autres pensées, autres idées. Plus tranchées, plus ancrées, moins lisses. Elle se refuse d’y céder, et encaisse toujours plus fort les critiques de la société moderne et des amis scientifiques de son père : la taille de la tête d’une femme est forcément plus petite que celle d’un homme ce qui laisse moins de place au cerveau, par conséquent elles manquent d’intelligence ; une femme ne peut guère prétendre à des rôles scientifiques ; une femme se mettant en colère est hystérique… Et pourtant, il y a en a elle ce désir incessant de savoir, qui lui fera remonter le fil des mensonges de son père, de sa mère et de l’île toute entière.

« Faith avait comme une faim en elle, alors que les filles ne devaient pas avoir faim. Elles étaient censées grignoter avec modération lors des repas, et leur esprit aussi était censé se contenter d’un régime frugal. Quelques mornes leçons données par des institutrices fatiguées, quelques promenades ennuyeuses, des distractions d’écervelées. Mais pour Faith, cela ne suffisant pas. Le savoir – n’importe quel savoir – l’attirait irrésistiblement.
Elle trouvait un plaisir aussi délicieux qu’empoissonné à le dérober à l’insu de tous ».

Vu comme ça Faith a l’air d’une fille née à la mauvaise époque mais tout à fait remarquable, forte, courageuse, prête à affronter le monde. Mais elle est aussi menteuse, égoïste et parfois très agaçante. Ce qui ne la rend que plus attachante. Sa façon de vouloir défendre son père, voire de le protéger, de mentir pour lui, et de garder ses précieux documents secrets a quelque chose de très touchant. Pourtant l’homme est davantage froid que doux et compréhensif, mais c’est son intelligence que Faith a toujours admirée et c’est ce qu’elle cherche à protéger. S’il s’avérait que les calomnies portées à son égard, c’est tout son monde qui s’effondrerait.

J’ai aussi beaucoup aimé sa relation avec Howard, son petit frère. Gaucher de naissance, l’époque ne l’accepte pas, et il est obligé de recopier ses leçons de la main droite, dans une veste dont la manche gauche n’existe pas. Il y a un passage très touchant dans le roman où How pense avoir attiré un fantôme en ayant mal fait ses leçons et il culpabilise. A travers un jeu de marionnettes, Faith lui explique que tout est de sa faute et que c’est elle qui finira en enfer. How détruit alors le jeu qu’il adore pour sauver sa sœur. Cette relation entre les deux enfants est attendrissante parce qu’on sent Faith très attachée à son frère mais aussi très agacée par lui. C’est un homme, il aura le droit à une éducation bien faite, à une école, à des études, et peut-être même de marcher dans les traces de son père, chose qu’elle ne pourra jamais faire mais elle ne peut pas s’empêcher d’être attendrie par lui, par son innocence. C’est une relation très forte.

A travers son roman, Frances Hardinge met en exergue le pouvoir des mensonges et de la rumeur. Ce que cela peut dire, détruire, dénoncer. C’est un roman jeunesse mais qui s’adresse finalement à énormément de personnes, aux jeunes adultes par exemple qui sont davantage touchés par les réseaux sociaux et leur pouvoir destructeur. Mais je trouve ça intéressant de l’adresser à un jeune public (vers 12 ans cependant) parce qu’un jeune public passe par une période « mensonges ». Cela fait partie de la construction de l’enfant. Mais il n’a pas toujours conscience de tout ce que cela implique. Bien sûr L’île aux mensonges est une pure fiction mais cela n’empêche pas d’en retirer des leçons et des morales. L’autrice écrit tellement bien et mène parfaitement son intrigue pour que tout cela se fasse de manière très progressive et juste.

« La paroi de verre lui parut froide quand elle l’ouvrit. Le balancier ralentit sous ses doigts. Comme les aiguilles s’agitaient encore, elle les serra jusqu’au moment où le tic-tac s’arrêta. Son esprit se calma à la pensée que la terre renonçait à son tournoiement vertigineux et dérivait désormais librement dans le vide. Faith resta longtemps là, les doigts sur les aiguilles immobiles. Elle avait l’impression d’avoir assassiné le temps. »

En s’attachant aux personnages et à la mécanique du mensonge ou de la rumeur, Frances Hardinge n’en oublie cependant pas de l’ancrer dans un environnement singulier. En choisissant une île au milieu de nulle part on ressent la sensation d’enfermement et l’enclavement social que cela provoque mais aussi la peur et les fantômes qui s’élèvent un peu partout dans les vallons, les grottes marines et les excavations. Le manoir dans lequel se cloître la famille le temps de cette mésaventure n’en est pas moins rempli de mystères, avec des sorties secrètes, des servantes envahissantes et des esprits en colère.

En résumé

Frances Hardinge signe un roman brillant où l’intelligence des femmes y a toute sa place. Les mensonges, rumeurs et autres calomnies s’imbriquent parfaitement à l’environnement victorien, étriqué et un brin fantastique de l’île. Sans lui faire la morale, l’autrice arrive à emmener son lecteur vers une réflexion profonde sur les on-dits et l’évolution scientifique. Une petite pépite ❤

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