Zoomancie d’Adrien Tomas

Un grand merci aux éditions Lynks, et à Bleuenn tout particulièrement qui même quand je trouve le moyen d’oublier d’envoyer un email a tout de même la gentillesse de m’envoyer le roman et sa petite box. Longue histoire, délicieux cadeau. *

Mon résumé

Devant les yeux des hommes, un voile rouge incessant que plus rien ne transperce, ni l’amour, ni l’empathie, ni la joie. Un mot de travers, un regard, sont propices à la mort, à la guerre. La colère a tout envahi. De Paris à Kuala Lumpur ou dans la réserve du Mangwa, partout où l’on va.

Au milieu de tout cela, Mère Nature se fait tantôt vengeresse, tantôt lueur d’espoir, invitant les hommes à se réunir, se reconnecter à ce qu’ils ont oublié. Éparpillés aux quatre coins du monde, ses parangons commencent à comprendre le lien qui les unit aux créatures de la terre.

A Paris, un chant de baleine s’élève dans le brouillard et la pluie glaciale. A Kuala Lumpur, une terreur sans nom immobilise des organisations secrètes à la simple vue d’un homme et de ses araignées. Dans la réserve du Mangwa, l’un des derniers okapis et son acolyte tentent d’échapper à la rage des hommes en se fondant dans l’obscurité.

Mais cette magie ancestrale, ce chamanisme étrange, n’est pas au goût de tout le monde et surtout pas quand elle projette de détruire le voile rouge. Bientôt des forces armées et surpuissantes se lancent à leur poursuite laissant derrière eux un chemin de sang et de haine.

Mon avis

Le seul roman que j’ai lu d’Adrien Tomas est La Geste du Sixième Royaume. Déjà il était question de la nature contre le progrès, de l’enchantement contre la colère, mais le registre était celui de la fantasy, l’écriture moins young adult, la profusion de détails plus impressionnant. En clair, c’était différent. Mais le combat se ressemblait.

Ici nous suivons les points de vue de trois à quatre personnages très différents les uns des autres. Spider est un hacker mondial dont le visage n’a jamais été vu, les pares feux jamais franchis, l’identité jamais révélée. Quand il rentre en possession d’un document sensible par le biais d’un de ses informateurs, tous les voyants sont au rouge. Il doit fuir, le plus loin possible, où l’on ne pourra pas le retrouver. Poursuivi par une organisation secrète, baladé de service en service le jeune homme n’est pas au bout de ses peines. Mais autour de lui, des milliers d’araignées se rassemblent, forment un cocon protecteur, un ensemble homogène de terreur.

« Quelque chose est apparu derrière mes pupilles, je le sens. Quelque chose de vraiment dangereux, de terrifiant. Il y a dans mon regard une horreur informe, noire et grouillante, qui fait naître en chaque humain une peur antique, une crainte immémoriale, gravée au fer rouge dans les gènes de notre espèce. Je suis une araignée. Une immense araignée, sombre, dangereuse, ramassée, au sang froid et au venin bouillonnant. »

Faustine habite Paris. A la prochaine grande crue son appartement sera inondé. La colère rouge s’immisce régulièrement dans ses pensées même si elle tente de la repousser tant bien que mal, retrouvant un peu de quiétude au Zoo de Montvermeil. Indépendante, libre, et fière, Faustine est pourtant la seule à s’arrêter un temps soit peu sur la créature immense et magnifique qui se baigne désormais dans les Eaux. Bientôt son chant se liera au sien et réchauffera le coeur des hommes.

Quant à Kamili, il tente d’échapper à la bête froide tapie dans son ventre, celle qui le fait douter, hésiter, celle qui lui fait peur, ou le culpabilise. Seule la forêt et les okapis, en particulier Ushingi semblent pouvoir l’apaiser. Mais bientôt la réserve sera assaillie par des hommes et lui sera obligé de fuir pour sauver la dernière femelle okapi, préserver la race entière.

Tous trois sont liés à un animal totem. Ce lien est immensément fort, parfaitement décrit. J’ai ressenti beaucoup de bien être en lisant ces passages de « connexion », comme si une partie de moi voulait se connecter à ces mots, ces êtres, quand bien même ce serait fictif. Adrien Tomas arrive à nous rendre tout cela réaliste, tangible, sans l’en départir de sa magie, de son enchantement.

 » Le chant emplit mon corps, j’ai l’impression d’être prête à exploser et, en même temps, de rayonner de bien-être. D’être une lanterne, seule, allumée dans un océan d’obscurité, repoussant les ténèbres de mes pulsions de lumière. »

Ce réalisme ne s’arrête pas là. La colère, la rage, la haine, la nature qui part à vau-l’eau, le Japon effacé de la surface de la Terre, la Provence carbonisée, l’Afrique galvanisée. Toutes les irruptions, les événements du monde, les guerres, les famines, les tsunamis, les ouragans, tout cela a bouleversé la face du monde, tout comme nous pouvons aussi le prévoir pour notre planète. Pour notre siècle. Drôle de mise en abîme prophétique…et effrayante. Des livres post apo inspiré des futures catastrophes écologiques et du déclin de l’humanité, il y en a. A commencer par Apocalypse Blues que j’ai lu récemment. Bien qu’immensément défaitiste sur l’avenir proche de notre planète bleue, Adrien Tomas redonne un espoir, un unique espoir de rédemption à l’humanité : la reconnexion. Aux autres. A soi. Aux animaux. A la nature. La reconnexion comme garde-fou et lueur dans l’obscurité. Et ça a quelque chose de beau, ça fait sens, ça impacte.

J’ai eu du mal à m’accrocher aux personnages. Ce n’est pas grave. Ce qui compte c’est l’histoire, ce qu’elle dit. Alors tant pis si Faustine m’a exaspérée, tant pis si Kamili m’a franchement fait lever les yeux au ciel. Tant pis si je trouve le personnage de Spider un peu excessif. Il y avait plus. Il y avait l’écriture, les pages qui défilent et l’impossibilité de lâcher le roman. Et les mots qui parlent et qui font sens.

En résumé

Zoomancie est un roman incroyable entre post-apo, prophétie et écologie. Si les personnages ne m’ont pas beaucoup touchée, j’ai ressenti beaucoup d’empathie pour leur histoire. Représentants d’une humanité fragile et au bord de l’auto-destruction, leurs liens avec leurs animaux-totem est puissant de magie et de poésie. Une invitation à la reconnexion, à l’espoir…et à l’action.

 

Également lu dans le cadre du Pumpkin Autumn Challenge 2019, catégorie Misty Day, mot clé « animaux ».

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