Ces jours qui disparaissent de Timothé Le Boucher

Lorsque j’étais aux Utopiales, l’année dernière, je n’ai pu que craquer sur cette bande dessinée qui m’attirait étrangement. Ce personnage multiple dès la couverture m’intriguait ainsi que les traits utilisés par l’illustrateur, très comics. De plus j’aime les bandes dessinées plutôt longues et celle-ci faisait 192 pages… Bref, j’ai craqué. Mais ce n’est qu’aujourd’hui que je la lis !

Mon résumé

Lubin Maréchal a 26 ans. Sa vie est divisée entre ses répétitions et son travail à la supérette avec son meilleur ami, Léandre. Acrobate, rêveur, Lubin a tout d’un homme croquant la vie à pleine dent, bien décidé à conserver cette jeunesse et cette insouciance. Et cela aurait pu continuer de nombreuses années, si une mauvaise réception n’avait pas envoyé sa tête cogner contre le sol. A partir de là, tout bascule.

1 jour sur 2 le voilà sans aucun souvenir. S’il met ça sur le compte de l’accident, ses pertes de mémoire, trop fréquentes, l’inquiète énormément et il finit par se filmer. Surprise ! Lubin se lève le lendemain comme si de rien était. Oui mais voilà. Ce n’est pas Lubin. Ou pas exactement. C’est un autre Lubin. S’instaure entre eux un dialogue difficile entre post it et caméra interposés. L’un est mature, droit dans ses baskets et ne pense qu’à la stabilité. L’autre s’entraîne pour un spectacle destiné à le rendre célèbre. Mais cette entente cordiale commence petit à petit à voler en éclat lorsque les jours de Lubin lui sont de plus en plus comptés, l’autre prenant de plus en plus souvent sa place.

Mon avis

Si au début la bande dessinée prend des allures de récit fantastique on comprend bien vite que tout cela va très mal finir. Alors que Lubin reste statique, ne pouvant plus ni grandir, ni profiter du temps qui passe, l’autre Lubin a déjà une femme, une maison, un fils… Un homme accompli dans la société. Petit à petit Lubin voit ses amis s’éloigner, sa famille vieillir, voire mourir sous ses yeux impuissants. Si lui ne voit pas le temps passer, il s’écoule plusieurs jours, puis semaines, puis mois, puis années avant qu’ils ne puissent le revoir. Pourtant, au milieu de tout cela, comme un fil de soie, sorte de lueur dans l’obscurité, une histoire d’amour poursuit son cours. En cela, le récit devient plus touchant et percutant. Petit à petit on discerne une sorte de psychologie à l’oeuvre sans que cela ne prenne jamais le pas sur le récit.

Du fantastique au dramatique voilà ce que nous offre Timothé Le Boucher, un récit haletant où la vie est petit à petit arrachée au personnage principal et où la couverture, et l’apparence maléfique de l’autre rubin prend tout son sens. La fin est à l’image de la bande dessinée entière entre drame et poésie, et on referme la dernière page avec un pincement au cœur, l’impression d’avoir laissé un peu de soi derrière et que l’on ne pourra jamais le retrouver.

Si les dessins peuvent sembler un peu simplistes ils sont en réalité assez complexes, le dessinateur arrivant toujours à nous faire passer des émotions à travers ses lignes claires. Aplats de couleurs et quelques détails composent les images mais on sent une réelle maîtrise derrière cette apparence lissée. Au delà des quelques planches surmenées par les bulles, le texte ayant une importance capitale, le dessinateur/scénariste nous permet de reprendre notre souffle à plusieurs reprises, avec quelques planches muettes. J’ai notamment beaucoup apprécié les planches « spectacles » nous permettant une immersion visuelle et silencieuse dans le quotidien un peu fou de Lubin. Un dessin qui semble donc parfaitement correspondre au récit et être le marque de fabrique de Timothé Le Boucher si j’en crois sa bande dessinée suivante Le Patient que j’ai hâte de découvrir.

En résumé

Ces jours qui disparaissent est une formidable bande dessinée entre fantastique et drame, plongeant le lecteur dans un double récit haletant et percutant. Si la fin est pleine de poésie, elle annonce également une page qui se tourne à jamais sur l’enfance et la jeunesse, l’impression d’avoir laissé un autre soi. Une histoire magnifique racontée avec finesse aussi bien dans les traits, dans l’émotion que dans la plume. Un coup de cœur !

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