J’ai envie qu’on m’aime de Magali Wiéner : 10 histoires d’adolescents

Je l’avais gardé pour un jour pluvieux comme celui-ci. Un jour où j’aurais envie de me replonger dans des vies d’adolescents pour rire, pleurer, sourire de situations incongrues, rester la bouche ouverte de surprise devant une chute sensationnelle. Ce n’est pas une lecture « cocooning » mais pas un roman moralisateur non plus. Et ça j’en avais besoin.

Résumé éditeur

« Personne ne sait ce que c’est l’amour, et on s’en fout, l’important, c’est ce qu’on vit, ce qu’on ressent, ce qui vibre en nous. »

Voici dix adolescents qui ont tous envie d’être aimés, d’être regardés : Océane, Chiara, Camélia, Sacha, Wilfried, Basile, Juliette, Anne-Rose, Jules, Valentine.

Dix histoires drôles ou dramatiques, dix moments de vie avec des rencontres, des conflits, de l’envie, des secrets et de l’amour, bien sûr.

Mon avis

Ce recueil de nouvelles pourra vous sembler cliché, ou vu et revu mais moi je le trouve extrêmement juste. Magali Wiéner fait un formidable travail de romancière où chaque nouvelle trouve un ton unique et une chute totalement différente. Elles se lisent à une vitesse hallucinante tant la plume est fluide et les quelques pages destinées à chaque personnage prenantes.

Elle a pris le parti d’écrire pour les filles et les garçons…ou plutôt pour l’adolescent. L’adolescence. Certaines situations choquent. Certains propos bloquent. Certaines chutes mordent. Mais chacune de ces nouvelles a résonné en moi d’une étrange manière : comme un air de déjà vu, un air de souvenir et de mémoire.

« C’est Marilou qui sait raconter les histoires, pas moi. Et, ses histoires, je les écoute toujours jusqu’à la fin, elles m’habitent, parfois j’ai même l’impression qu’elles font partie de moi, comme si je les avais un peu vécues »

Je ne me plains pas de mon adolescence elle a été à bien des égards bien plus faciles que la plupart des gens, mais je me souviens avoir été, comme tous ces portraits qu’elle dépeint : hésitante, persuadée d’être seule et abandonnée, l’impression de ne pas me faire comprendre et que les adultes savaient forcément mieux, plus. Qu’ils pouvaient toujours tout expliquer alors que ce n’était pas ça que l’on veut. C’est être écoutés. Être aimés. Être regardés. Et pas besoin d’interrompre, pas besoin d’explication foireuse, juste de l’écoute, un regard, un câlin. Vous trouverez ce recueil »cliché » parce que vous retrouverez toutes les thématiques que l’on aborde aujourd’hui, les pratiques que l’on dénonce, les fous rires qui nous prennent, les amours qui nous blessent. Vous le trouverez « cliché » parce qu’il correspondra exactement à l’idée que vous vous faites d’un adolescent mal dans sa peau. Vous le trouverez « cliché » parce qu’il soulèvera des questions auxquelles vous pensez avoir déjà répondu. Auxquelles vous pensez que 13 reasons whyMiss Dumplin, La lune est à nous et tous les autres romans pour les adolescents ont déjà répondu. Ils n’ont répondu à rien. Ils soulèvent. Proposent. Exposent. Offrent des visions du monde. J’ai envie qu’on m’aime en offre 10 et pour cette pluralité, je dis chapeau.

Vous ne referez pas le monde avec ce recueil. Peut-être qu’il vous ennuiera « bof, pas ma came, j’ai pas vécu ça ». Peut-être qu’il vous parlera « ah Sarah on dirait moi ». Peut-être qu’il vous révoltera « pourquoi juge t-on autant, tout le temps, n’importe comment sans comprendre ni savoir? ». Moi, j’ai ris, souris, pleuré, j’ai grimacé. Parce que dans ce roman Magali Wiéner n’est pas absente. Elle parle, dénonce, n’accuse personne, mais par le biais de milliers de petits détails distille son point de vue. Pas forcément féministe parce que ce mot fait presque peur aujourd’hui mais au moins féminin, ouvert, conscient. Sans pour autant que les hommes en soient absents et sans pour autant qu’ils soient toujours les monstres, les bêtes curieuses.

« Il s’est tourné vers moi : « Et toi Chiara, c’est quoi ton désir de revanche ? C’est quoi ta cicatrice ? » Il avait du flair. J’ai souris, fais un clin d’œil, mais j’ai rien lâché. Est-ce que je pouvais lui dire : « Moi, ma cicatrice, c’est mon sexe ? La rage en moi, c’est la rage d’être une fille quand c’est les gars qui sont couronnés, sans avoir rien prouvé, sans avoir rien fait d’exceptionnel. » Est-ce qu’il aurait compris ? »

Il y a dans ses pages ceux qui s’en sortent, à coups de poing, avec la force de leur volonté, avec la force de leurs mensonges. Qui prennent le dessus. Qui s’envolent. Comme Basile par exemple qui sort avec Justine, et tant pis si elle est plus âgée qu’elle « et alors, tant qu’on s’aime ». Comme Sacha qui prépare un couscous pour le repas de Noël avec sa belle famille du Front National. Oui il y a des ados qui rient, vivent, crient, s’élancent. Ne croyez pas qu’ils ne souffrent pas ou moins, ils ne souffrent pas de la même manière, c’est tout. Mais il y a ceux qui n’arrivent tout simplement pas à s’exprimer, à faire face.

« Certains auraient peut-être entendu un compliment, pour moi, c’était une insulte, une phrase qui me réduisait à des seins trop gros pour mon buste de famine. Je n’existait plus, plus de prénom, plus de personnalité, plus de goûts musicaux, plus de préférences pour une couleur ou une matière, on m’appelait par mes nichons gonflés à bloc. A partir de ce jour-là, j’ai pensé qu’on ne voyait que ça de moi, et j’ai camouflé. »

Et puis, bien sûr, il y a les points de vue qui vous glacent parce qu’ils vous rappellent tant de choses, vous parlent, situation similaire, enjeux similaires l’amusement des autres, la volonté des autres, l’impression de ne pas être soi, de ne pas pouvoir être soi. Moi aussi mon premier baiser ce fut cela. Et même s’il y en eut des centaines d’autres après pour l’effacer, me faire oublier cette sensation si désagréable, il me reste en mémoire. Petit fragment d’une enfance qu’on commençait à me voler.

« Une main m’a poussée vers lui. la pression était trop forte, j’étais incapable de résister. Je crois que c’est ça qui m’a le plus dégoûtée. Je me suis vue dans l’impossibilité de dire non, de m’opposer à ce qu’on m’imposait et que je ne voulais pas. Je me suis trouvée nulle, mille, soumise. J’ai plongé sous l’eau. Ses lèvres ont avalé les miennes. »

Magali Wiéner ne dépeint pas seulement les adolescences actuelles, mais celles qui ont toujours existées. Mais qui d’un coup, par inadvertance, par les réseaux sociaux, par les rumeurs qui ne peuvent plus se contrôler, par tous ces relais qui nous bousillent, d’un coup prend une toute autre tournure. L’intimité n’existe plus, et quand elle existe encore, c’est en soi même qu’elle se fait arracher. J’ai envie qu’on m’aime est un recueil de nouvelles essentiel pour les adolescents, pour les parents, pour les adultes, pour les prochaines générations à venir. Il y a des choses dont il faut prendre conscience, maintenant. Et arrêter de se réfugier derrière le « si je suis passé par là tu pourras ».

En résumé

J’ai envie qu’on m’aime est un recueil de nouvelles pluriel qui ne peut guère laisser indifférent. Avec un pluralité de points de vue, de situations et de personnages, Magali Wiéner dépeint l’adolescence avec un grand A sans se soucier de plaire. De très nombreux sujets sont abordés tous plus réalistes et urgents les uns que les autres : du désir de pulvériser la couronne sans mérite de la masculinité au supplice d’un jeune adolescent en rupture, de la relation homosexuelle, au culte de la beauté, Magali Wiéner n’oublie rien et signe un recueil splendide.

 

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