Simple de Julie Estève, mon baoul de la rentrée littéraire

Simple est le premier roman que je lis pour les 68 premières fois. Cette année petite exception a été faite et quelques seconds romans sont venus compléter la collection. C’est ce qu’est Simple, un second roman, émouvant, sucrée et acide parfois, comme un raisin.

Mon résumé

Antoine Orsini est le baoul d’un village de Corse où tout se sait et tout se raconte. Le baoul c’est le fou, l’idiot, le mec paumé à qui il manque une case. Celui qui crie aussi, qui pleure pour un rien, qui s’intéresse à tout d’une curiosité enfantine et parfois tordue. Qui fait peur, qui raconte des histoires effrayantes aux enfants, qui parle à Florence depuis les branches d’un figuier. Florence qui est morte, d’un trou dans le ventres. Mais ça le baoul il le savait qu’elle allait finir toute bleue dans les pins. Mais, juré, il ne l’a tuée que dans ses rêves qu’il dit à tout le monde. Mais personne le croit bien sûr, un baoul, c’est forcément lui, le coupable.

Mon avis

« Antoine Orsini est mort et le soleil n’y peut rien. »

A travers ses pages Antoine Orsini est pourtant bien vivant. Revenu de ses quinze années de prison dans ce village qui l’a vu grandir il raconte les gens, la religion, les paysages, Florence et ses chats, Noëlle et son ventre stérile, ses cauchemars et ses ciels roses. Avec des mots simples, ses crises d’hystéries et de violence, les insultes qu’on lui lance nous avançons petit à petit dans le dédale de ses pensées. Ses propos sont décousus, et pourtant… pourtant quand il parle à sa chaise, cette chaise fendue et délaissée, il y a tant de beauté, de poésie et de rêverie. Peut-être même n’aurait-il suffit que d’un envol, d’un peu de bonté, de patience…mais non, Antoine Orsini est le garçon qu’on abandonne, celui dont personne ne veut.

« J’vais prendre la chaise avec moi, je vais pas l’abandonner aux ordures. C’est pas parce qu’on est abîmé qu’on est plus bon à rien. Les autres y sont pleins, alors ils balancent tout et n’importe quoi. Ils s’en contrefichent du gâchis, on dirait même que ça leur fait plaisir avec leur gros porte monnaie, ils savent plus ce qu’ils aiment et la valeur de rien. Moi j’garde tout, je jette pas, et la chaise, j’vais lui trouver une bonne place et un rôle très précis. Quand j’aurais le cafard, je m’assoirai dessus, dans l’trou, et ce sera drôle encore ! »

A travers son regard simple la brutalité des hommes côtoie la douceur d’une maîtresse d’école, les coups de son père sur son corps apprivoisent ceux de son frère pour le défendre, mais pourtant, tout au fond et pour tout le monde il reste le tueur né, celui qui dès la naissance a assassiné sa mère. Lui même n’est pas persuadé de l’avoir fait ou pas, d’ailleurs on a finalement que peu de fois son point de vue sur ce qui se passe, ce sont souvent des faits alignés les uns à la suite des autres qui nous offrent un regard clairvoyant sur ce qui l’entoure, ce qui l’isole, ce qui fait de lui un personnage si singulier.

« Pierre regarde les montagnes. Il y a des paysages qui sont des églises. Antoine racontait toujours des histoires de tour du monde. Il voulait savoir à quoi ressemblaient les gens derrière, de l’autre côté »

Dans son récit essoufflé on tisse, petit à petit, la toile qui s’est refermée sur Florence Biancarelli, sa seule amie avec l’Extraterrestre (un opération téléphonique) et Magic (un enregistreur vocal), son amour d’enfance aussi sans doute. La seule à lui adresser la parole en tout cas. On s’élance sur des pistes qui ne mènent nul part, on s’interroge, on cherche, on creuse… Comme il est facile de condamner quelqu’un pour son étrangeté, sa bizarrerie, sa violence. Comme il est utile de se débarrasser du baoul, afin de ne pas voir, de ne pas comprendre que tant d’autres choses ont pu se produire, dont la plus cruelle, la plus terrible, des fins. Celle qui laisse un trou dans le ventre et un vide dans le coeur.

En résumé

Simple est un roman qui se lit d’une traite, sans discontinuer. A mi chemin entre le polar et la critique sociale il impose un regard extravagant et émouvant sur ce petit village de Corse, sur la brutalité des hommes et la poésie du ciel. A travers le point de vue d’Antoine Orsini c’est le monde qui s’offre à vous.

« Son frère parlait aux arbres, aux choses, au ciel. Il avait ce rire qui dévorait tout. Il faisait avec des fleurs des bouquets qu’il donnait aux autres. »

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