Zone Tampon de Isabelle Bauthian

Je ne sais pas vous, mais moi j’en ai lu des romans post-apo où des sociétés idéalisées ont choisi l’ignorance pour préserver leur population engendrant bien sûr quelques soucis lorsqu’un groupe d’individus tombe sur des informations qu’il n’aurait pas dû avoir en sa possession. Classique vous avez dit ? Et bien pas tant que ça. Pas quand c’est Isabelle Bauthian qui écrit. Pas quand c’est ActuSF qui édite.

Résumé éditeur

« L’ignorance est notre force, car elle nous rend vigilants. »
Telle est la devise de la ville fortifiée de Jacksonstadt, seule oasis au sein du désert hostile qu’est devenue notre planète après l’Effondrement climatique.
Lisi a la chance d’y vivre. Son père adoptif a tout sacrifié pour devenir membre des Belles Familles, les citoyens les plus privilégiés. Mais un attentat fait fuir l’adolescente dans le désert, en compagnie de sa demi-sœur Soraya et du jeune et charismatique prêtre Milen.

Mon avis

D’abord un point à savoir : Lisi n’est pas une révolutionnaire. L’héroïne de ce roman n’a pas d’idées de révolte, ne souhaite d’ailleurs pas particulièrement y participer. Et ça change tout ! Pour une fois, nous suivons un personnage qui ne semble pas avoir de parti pris et pose un regard neutre sur ce qui l’entoure, reconnaissant les faiblesses du système dans lequel elle vit, sans en rejeter pour autant les forces et le positif. D’un naturel revêche, la jeune femme est gentiment en train de se moquer de Milen et de son discours, alors qu’ils sont réunis pour parler de l’Accueil raisonné des Déplacés au sein de Jacksonstadt, à priori seule rescapée du désert grâce à sa technologie et ses savoirs faire (ainsi qu’un contrôle aiguisé des informations qui circulent). Les Déplacés ce sont nos réfugiés de guerre et du réchauffement climatique actuels, des « étrangers » qui frappent à nos portes et devant lesquels nous passant sans les regarder mais non sans les voir. La ville fortifiée a décidé d’en accueillir quelques uns, quelques uns parmi des milliers. Mais c’est déjà beaucoup pour une cité qui permettait des tribunes aux Patriotes, des personnes racistes et violentes (semblables à nos chers extrémistes) dont son père… Heureusement la gouaille, le sourire et le charisme de Maati, étaient sur le point de propulser sa famille dans le rang des Belles Familles, aux côtés de ceux qu’elle avait toujours côtoyés. C’est là ce qu’aurait dû être son destin. Si le chaos ne s’était pas gentiment invité à leur soirée, provoquant hurlement et peur, une arme braquée sur elle, le tireur tué par un tir bien placé de Milen. Milen qu’elle avait toujours trouvé pédant, condescendant, vain. Milen qui vient de lui sauver la vie en prenant celle de quelqu’un. Soraya qui a disparu.

Perdue, désespérée, choquée, Lisi s’enfuit, évite les bornes d’identification, sans vraiment le vouloir elle devient suspecte, puis carrément pourchassée quand elle rejoint Soraya qui n’est autre qu’avec Milen, celui qui vient de tuer le maire. Pas le temps de réfléchir réellement, pas le temps de prévenir sa mère, Maati, de toute façon Soraya et Milen semblent avoir une idée derrière la tête, une idée folle à laquelle elle ne croit pas vraiment : retrouver la ville derrière les éoliennes dont ils ont eu vent. Construire une autre société. Sortir de Jacksonstadt. Entraînée malgré elle dans leur fuite, alors que Lisi ne veut pas laisser Soraya seule dehors, c’est toute sa perception du monde qui va s’en trouver changer.

Parce que dehors, dans la « zone tampon » ce n’est que désolation n’est ce pas ? Pourtant c’est dans cette Zone Tampon qu’elle rencontrera des chameaux, des peuples nomades aussi différents qu’enivrants, des leaders charismatiques ou fous, des tueries, des massacres, des idées folles.

Ce qui m’avait perturbée au début du récit c’est à la fois la passivité de Lisi, qui se laisse faire une bonne partie de l’intrigue, et la rapidité avec laquelle j’enchainais les pages. Qu’on se le dise, Zone Tampon est un véritable page turner, et ce dès le départ, enchaînant situations à risque et fuites en avant. Une fuite qui se transforme vite en road trip avant d’enchaîner sur des choses beaucoup plus sociales, philosophiques ou politiques. Et ces derniers points qui font passer ce roman de roman dystopique à un roman de réflexion politique, de pensées actuelles, de problématiques contemporaines. Parce qu’à travers des métaphores astucieuses, des comparaisons que l’on peut rapidement s’approprier et établir, on comprend assez vite qu’Isabelle Bauthian ne parle pas de Jacksonstadt ou de la Zone Tampon, ou d’une quelconque cité derrière les éoliennes, mais bien de nouvelles façons de gouverner, de vivre, d’évoluer, de concevoir une société. Des modes de vie alternatifs qui peuvent sans doute co-exister si tant est que l’on s’en donne les moyens et la vision.

J’ai finalement été très surprise par toute cette dimension mais également celle plus religieuse ou philosophique induite par Milen, le prêtre, qui n’hésite pas à prêcher à travers des histoires moralistes. J’ai trouvé que c’était un risque de la part de l’autrice, mais un risque qui rend son roman plus tangible, dense, et original.

En résumé

Zone Tampon est un roman dystopique destiné aux jeunes adultes, publié sous le label Naos des éditions ActuSF. Surfant sur les clichés du genre (société souvent hierarchisé, contrôle de l’information, privilégiés, road trip), Isabelle Bauthian arrive pourtant à tirer son épingle du jeu à travers une héroïne qui grandit au fil de son voyage, et qui prend son destin en main. Un destin qui interroge notre vision du monde, de notre société, et des révolutions qui la jalonnent mais aussi la vision du héros et de ses actions. Qu’est ce qui fait les héros ? Ceux qui changent le monde, ceux qui sauvent, ceux qui le heurtent, ceux qui le fragilisent, ou le rendent plus fort ? Un roman qui invite à une réflexion politique, philosophique, environnementale et sociétale sur notre futur, mais aussi, et surtout, notre présent. Une excellente lecture qui peut facilement s’étudier en classe avec un petit livret pédagogique en fin de récit pour les lycéens et lycéennes.

5 commentaires sur “Zone Tampon de Isabelle Bauthian

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  1. Ouah, tu parles tellement bien de ce roman 😀 ! Personnellement, j’ai un faible pour la dystopie et les histoires de révolution, donc les clichés du genre ne me dérangent pas lorsqu’ils sont bien traités. Mais si, en plus, l’auteure propose quelque chose de différent :o…

    Bref, j’ai envie de le lire ^^ !

    J’aime

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