Néachronical tome 1 : Memento Mori de Jean Vigne

Grosse déception et semi abandon pour cette intégrale parue chez Lynks et auparavant édité au éditions du Chat noir. Je l’avais demandé en service de presse et les éditions Lynks me l’avait gentiment envoyé. J’avais craqué sur le résumé qui me promettait quelque chose d’assez glauque et sombre et la couverture bien sûr avec ce vert d’outre-tombe. J’ai fini le premier tome Memento Mori et ne compte pas poursuivre l’aventure.

Mon résumé

Néa se réveille au milieu de nulle part, en pleine nuit. Les cheveux désormais coupés courts, le corps couvert de boue et de brindilles, elle rejoint le bord de la route où elle croise son salvateur: un automobiliste, bûcheron, fan de Motörhead. Mais son calvaire ne fait que commencer. Frappant à la porte de la maison qu’elle pense avoir quittée la veille lors de sa fugue elle se retrouve nez à nez avec sa mère… qui s’évanouit. Et pour cause ! Sa fille n’est pas revenue depuis cinq ans. Aujourd’hui adulte et majeure, la jeune femme doit se trouver une place… difficile lorsque son corps ne présente aucun pouls, que sa température avoisine les 25 degrés et qu’on a la fâcheuse tendance à « momifier les gens ». Néa doit retrouver coûte que coûte sa mémoire et comprendre ce qui lui arrive.

Le point de vue de Juliette, jeune adolescente de 14 ans, se substitue parfois au sien pour nous en révéler un peu plus sur ceux qui semblent être ses anciens geôliers. De véritables malfrats appartenant au marché du sexe, la jeune fille n’est pas prête de sortir de sa cage…

Mon avis

J’abandonne rarement un roman…parce qu’il m’arrive tout simplement rarement d’être déçue par les romans que je choisis. Je peux trouver des lectures moins bonnes que d’autres, voire carrément moyennes, mais je n’ai jamais été aussi déstabilisée par un roman. Je vais vous expliquer ma déconvenue en plusieurs points : le scénario, l’héroïne et l’écriture, en bref les trois points clés d’un roman réussi… et dont aucun ne rattrape l’autre !

SCÉNARIO : invraisemblances et prétextes

Le scénario sur le papier me paraissait intéressant : une disparition inquiétante pendant près de cinq ans, une vie à reconstruire et ce satané pouvoir qui la poursuit, c’étaient des éléments plutôt convaincants et intéressants à mon sens. Pourtant tout le long du premier tome (qui compte tout de même 204 pages et qui est donc censé nous éclairer un peu sur ce qui se passe) j’ai eu l’impression désagréable de…stagner. Les péripéties, au lieu de s’enchaîner et de produire une « escalade », une échelle d’aventures, qui nous ferait arriver au grand final, ne font que faire des allers retours ! Enlèvement –> perte de connaissance –> réveil dans un endroit glauque –> sauvée par le mystérieux chauffeur fan de Motörhead. Au bout de la troisième fois vous commencez sérieusement à en avoir marre. Ça c’était du point de vue de Néa.

Du point de vue de Juliette la chose est bien pire. La petite est en effet enfermée dans une geôle où trois à quatre hommes, complètement tordus et pervers lui tournent autour, voulant à tout prix la déflorer (pour être polie). Bon des romans sur le viol, sur la prostitution, sur la pornographie j’en ai lu à commencer par My Absolute Darling récemment mais aussi Moi Christiane F. droguée, prostituée ou encore La promesse des ténèbres de Maxime Chattam, et pourtant à chaque fois je n’en ai pas été choquée, mais plutôt touchée, interpellée. Le roman m’avait retournée. Là c’est plutôt du dégoût. La gamine manque de se faire violer une bonne dizaine de fois, est obligée de se déshabiller devant une caméra et tout ça pour quoi ? Même pas pour faire avancer le scénario. Même pas à des fins de dénonciation d’un fait de société, que l’on peut retrouver par exemple dans Thirteen reasons why où il y a une scène de viol écrite pour avertir. Non là on a l’affreuse sensation que tout cela ne sert qu’à prétexte. Peut-être cette impression de dégoût aurait pu s’estomper si l’auteur n’avait pas fait en sorte de rentrer dans des détails inutiles au scénario… Je ne comprends même pas à quoi sert ce personnage d’ailleurs puisqu’elle n’aide pas vraiment Néa, elle pousse son ravisseur, elle lui donne un peu d’énergie vitale, bref des prétextes qui auraient pu être trouvés autrement.

Comprenez-moi bien, les sujets difficiles ne me dérangent absolument pas, mais il faut qu’ils aient une utilité, une finalité.

NEA : un personnage gâché

Néa est une héroïne qui a perdu cinq années de sa vie, elles sont pour ainsi dire totalement effacées de sa mémoire, aussi, si elle a l’apparence d’une fille de 20 ans, elle a le comportement d’une fille de 15 ans. Cela nous est dit dès le départ, et je suis ravie d’avoir eu cette information. Sauf que l’auteur et moi ne devons pas avoir la même vision des femmes et plus particulièrement des adolescentes de 15 ans. Dès que Néa retrouve le chemin du lycée, en seconde donc, puisque c’est ici que son cycle s’est terminé la voilà prête à coucher avec tout ce qui bouge. Why ? What’s the point ? Je ne dirais pas que je n’avais pas quelques appréciations pour les mecs et les nanas à cette époque mais tout de même de là à inviter le premier venu dans un parc pour coucher avec, non bizarrement ça ne m’est jamais venu à l’esprit… surtout pour faire râler une fille. Puisque c’est la raison première même si on peut par la suite du roman en trouver sans doute une autre, un comportement dû à un traumatisme par exemple. Quoiqu’il en soit je vous donne un passage un peu long mais qui m’a tellement hérissé le poil que je voudrais avoir votre avis dessus (entre la page 39 et la page 40), j’ai souligné en gras toutes les choses qui m’ont vraiment déplu. Je vous retrouve juste après.

«  De toute manière j’ai bientôt vingt et un ans, même si dans ma tête, mes quinze ans sont encore bien installés.
— Brian, j’ai envie de toi.
— Moi aussi, ma puce.
Il lâche ça la boucle pleine, comme si nous parlions d’un plat de spaghettis. Eh oh, je te cause de ma virginité, du con, pas du dernier Call of Duty ! Bien entendu, trop pudique, je transforme cette pensée sauvage en :
— Non, je veux dire, j’ai vraiment envie de toi.
Une caresse appuyée sur son avant-bras pour accompagner ma requête plus qu’explicite, si Brian ne comprend pas, c’est qu’il est définitivement irrécupérable… Mais Brian est un mâle avec un grand M et moi une femme, même si j’ai l’impression de ne posséder qu’un tout petit f. C’est donc naturellement que l’alerte sonne dans cette cocotte-minute qui lui sert de boîte crânienne, relayée par le paquet d’hormones dont l’irruption imminente le pousse à délaisser sa moitié de barre chocolatée… un exploit !
[…]
Certes, je préfère ça à l’abstinence, mais j’interprète sa phrase comme une marque d’infidélité. J’ai des capotes, je peux donc coucher avec tout ce qui bouge dès que l’occasion se présente. Ah le gentil petit chaton mouillé a vite cédé sa place au lion bad boy. Qu’importe ! En cet instant, j’ai besoin d’un mec, d’un vrai, pas d’une poule mouillée.
[…]
Le voilà qui part à l’abordage des premiers bastions de sa folle conquête. Ses paumes sur mes seins, je crains que le tissu ne résiste guère. Pour être franche, je ne désire qu’une chose, voir voler cette maigre défense. Allez, mon beau mousquetaire, un peu de hardiesse, que diable ! […] Au contraire, sûr de sa victoire, le voilà qu’il lance la charge de sa cavalerie, partie à l’assaut du temple sacré dont j’ai défendu l’honneur pendant tant d’années. Aujourd’hui, je l’offre bien volontiers à ce Gengis Khan des temps modernes. […] L’envahisseur vient de remonter sur son char, à l’assaut du pont-levis de dentelle qui lui barre encore la route. Trop passive, je décide d’entreprendre un déshabillage du tyran, histoire de lui montrer un semblant de résistance. Non monsieur, vous ne m’aurez pas aussi facilement, pas sans un tir de barrage.
Tu parles !
Sa main a terminé sa course là où je n’ose l’imaginer, source de vie, de plaisir, lieu qui a poussé bien des hommes à tuer et des femmes à se compromettre. Une explosion me traverse, une seconde tandis que de ses simples doigts, mon bad boy me possède. Le salaud, il n’a aucune pitié et moi, je perds toute dignité sans même pouvoir protester« .

Bon d’habitude mon côté féministe se tient plutôt à carreau mais croyez moi Monsieur Jean Vigne ça va chauffer pour votre matricule ! Bon, qu’une femme, à défaut une adolescente de 15 ans, ait envie de coucher avec forte conviction pourquoi pas, je peux le concevoir et je ne leur jette absolument pas la pierre elles font après tout ce qu’elles veulent de leur corps. Par contre toutes ces allusions à la masculinité avec un grand M et la féminité ça ne me va pas du tout, surtout que avec son grand M, Brian apparaît alors comme dominant, la narratrice considérant n’avoir qu’un petit f. Je vous laisse méditer un peu là dessus et en vient à cette scène de sexe qui, non seulement n’apporte rien mais en plus se présente extrêmement mal. Depuis quand le sexe se présente comme un « assaut », une perte de « dignité », une « charge de cavalerie » ? Tout le vocabulaire employé ici présente une relation non voulue avec les termes de « défense », « barrière » pour Néa et de « charge » et « d’assaut » pour Brian.

Après avoir terminé le premier tome, je peux comprendre pourquoi Néa se sentirait ainsi, mais l’auteur s’y prend extrêmement mal pour le retranscrire. Ce roman est à destination des adolescent.e.s ou à minima des jeunes adultes (15 – 25 ans). Après lecture, je peux très bien comprendre ce qu’il a voulu dire. Mais pour une gamine de 15 ans qui s’identifierait d’autant plus au personnage ? Je ne suis pas sûre.

En dehors de cela c’est un personnage que j’aurais peut-être aimé suivre pour son courage, cet aspect un peu revanchard, cette vengeance qui l’anime même si je n’ai pas pu m’empêcher de regretter cet excès de vulgarités et d’empressement.

ÉCRITURE : une plume fluide mais qui ne m’a convaincue

La plume de l’auteur est fluide, ça ne fait aucun doute. J’ai lu ces 204 pages avec beaucoup d’aisance même si les nombreux points évoqués plus hauts me faisaient affreusement tiquer. Elle manque parfois de poésie, de grâce, mais provoque avec brio l’effet escompté de froideur, de moiteur et de peur. Ce qui est décrit est tellement poisseux que même la plume semble en être imprégnée. Pourtant, malgré tout, j’ai eu l’impression de rester en surface, de ne pas pouvoir me laisser submerger, de me retrouver face à une paroi hermétique.

En résumé

L’abandon, le déplaisir, ce sont des choses qui arrivent. On ne peut pas tout aimer, tout lire non plus. La fin apparaît comme plus cohérente et les tomes suivants le sont donc peut-être aussi. Toutefois les nombreux points relevés dans cette chronique m’empêchent de continuer, quand le personnage principal te déplaît je ne vois pas trop comment continuer à lire un roman écrit à la première personne ^^

Je dirais donc que Néachronical est une trilogie avec beaucoup de potentiel, l’intrigue, cette perte de mémoire, et ce pouvoir destructeur et fascinant sont des éléments convaincants, sans parler d’une ambiance glauque et gothique très appréciable. Toutefois le manque de profondeur de l’héroïne, cette impression constante de stagner à l’intérieur du scénario, et le dégoût que j’ai éprouvé pour certaines scènes me le font abandonner. Dommage, la fin ouvrait d’excellentes perspectives.

Je vous laisse quelques liens vers des chroniques plus positives qui auront donc relevé d’autres points que moi : celles de Limaginarium, et de Les fantasy d’Amanda.

2 commentaires sur “Néachronical tome 1 : Memento Mori de Jean Vigne

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  1. Comme toi j’ai DÉTESTÉ Nea et comme toi, j’ai par dessus tout détesté tout ce sexe partout qui ne sert à rien, le passage que tu as d’ailleurs cité m’a fait grincer des dents… J’ai abandonné directement après une centaine de pages, en partie à cause de ça !

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    1. Je ne dirais pas que j’ai « détesté » comme toi mais j’ai été fortement déçue, ça oui ! 🙂 C’est un roman qui avait du potentiel, notamment tout ce mystère autour des pouvoirs de Néa, dont on ne sait finalement rien à la fin du premier tome ^^

      Aimé par 1 personne

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