Une chanson macabre à la plume incisive et récompensée

Les romans contemporains se prêtent assez bien à une lecture de voyage, fracturée, -tout du moins est-ce mon point de vue- voilà pourquoi sans doute l’ais-je commencé et fini dans un train entre Nantes et Les Sables d’Olonne.
J’avoue aussi n’avoir jamais lu auparavant de prix nationaux ne m’intéressant que de loin à ces choses là, désireuse de découvrir d’autres perles auxquelles les élites intellectuelles n’auraient pas pensé.
Cependant, après que maintes personnes m’aient dit « tu verras ce n’est pas un prix Goncourt comme les autres », j’ai décidé de tenter l’aventure Chanson douce, dont voici le résumé.

Résumé

Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer jusqu’au drame.

Mon avis

« La deuxième femme en cent treize ans » soulignant Françoise Chandernager, membre de l’Académie Goncourt. En effet, Leïla Slimani, franco-marocaine, se voit décerner le prix Goncourt 2016 pour son second roman après Dans le jardin de l’Ogre paru en 2014.
Dans Chanson douce, pas de tajine, pas de discours rocambolesque sur la condition de la femme, pas de critique directe ou de dénonciation comme on s’y attend d’habitude d’un roman écrit par une femme, qui plus est de couleur. Ici, il n’y a qu’une chanson funèbre et mélancolique, qu’une histoire issue d’un fait divers.
L’auteure nous offre plutôt deux portraits de femmes modernes et contemporaines. L’une, Myriam, se voit enfin offrir l’emploi de ses rêves après plusieurs années de femme au foyer : « ils me dévorent vivante se disait-elle » ; las de cette vie qui n’en finit plus et qui tourne en rond elle tente le tout pour le tout. L’autre, Louise, élégante, soigneuse, essaye vainement d’échapper aux dettes de son défunt mari et s’acharne à aimer des enfants qui ne sont pas les siens, vaincue par avance de ce déchirement qu’elle ressent, de cette impression d’être là sans être là, d’être une seconde mère sans l’être.

J’ai tout de suite apprécié le fait que l’auteure ne nous mente pas, ne nous mène pas en bateau. Contrairement à James Clemens qui annonçait en préambule des Bannits et les Proscrits « l’auteur est un menteur », Leïla nous offre une réalité cruelle dès les premières lignes :

« Le bébé est mort. Il a suffi de quelques secondes. Le médecin a assuré qu’il n’avait pas souffert ».

Presque malgré nous, nous nous laissons entraînés dans cette mélodie sombre et macabre dont nous connaissons l’inéluctable fin. L’écriture, sèche, précise, comme des coups de ciseaux qui se teinte quelques fois d’une mélancolie passagère et poétique, se prête à merveille à un rôle quasi journalistique. Pièce par pièce nous rassemblons les morceaux, nous remontons les fils éparses pour comprendre, analyser ce qui vient de se passer.

Je me suis surprise à me prendre d’amitié et d’inimité pour l’une puis pour l’autre, les bons, les méchants disparaissant pour laisser place à des vérités douloureuses, des non-dits blessants. Doucement, comme de lointains échos, nous accumulons les notes discordantes dans ce désir si profond et si sincère de faire partie d’un tout, de tendre à la perfection familiale et professionnelle à notre société actuelle.

De manière générale c’est la plume de l’auteure, tantôt cruelle dans sa vérité, tantôt compatissante, sans pathos ni jugement, montrant plutôt que dénonçant, avec des phrases courtes, vives, incisives, qui m’a le plus séduite, ne me faisant lâcher le roman que pour noter certains passages dans mes carnets.

Le mot de la fin

Une prose littéraire remarquable et un genre inclassable. Ce roman, sorti d’un fait divers américain, jongle à la perfection avec les aspects socio-culturels, financiers, etc., nous livrant une trame sociale où l’amour, tantôt implacable, tantôt réconfortant, se fait le théâtre d’événements qui vous prennent aux tripes.

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