Le Maître des djinns de Phenderson Djeli Clark

Autant commencé par là : je n’ai jamais lu les autres nouvelles et novellas de P. Djeli Clark, je suis donc entrée dans Le Maître des djinns aussi vierge qu’on puisse l’être, sans connaissance aucune des précédentes aventures de Fatma el-Sha’arawi et je m’en suis très très bien sortie. Autant dire que ce n’est ni gênant ni rébutant et qu’en dehors de quelques allusions à une précédente big adventure, rien ne vient perturber la lecture ni la découverte de ce monde riche et étonnant qu’est Le Caire de 1912 de P. Djeli Clark.

Résumé éditeur

Le Caire, 1912. Vêtue d’un complet trois pièces – un ensemble blanc du plus bel effet sur sa peau cuivrée –, Fatma lisse sa cravate couleur d’or en veillant à exhiber les boutons de manchette scintillant aux poignets de sa chemise bleu nuit. Puis elle pose son chapeau melon sur sa courte crinière bouclée.

Oui, Fatma el-Sha’arawi est une redoutable sapeuse. C’est aussi une énergique et compétente enquêtrice du ministère de l’Alchimie, des Enchantements et des Entités surnaturelles. Et la voici en charge de l’assassinat collectif de la Fraternité d’al-Jahiz par un inconnu qui se prétend… al-Jahiz lui-même, le puissant mystique qui a ouvert la porte de l’Égypte à la magie et aux djinns cinquante ans plus tôt.
Imposture ? Ça ne fait aucun doute pour Fatma. Mais encore faut-il identifier et traquer ce mystérieux terroriste que des pouvoirs inouïs rendent, semble-t-il, invulnérable. Une enquête à tiroirs à l’issue de quoi on dirait bien que notre héroïne devra encore sauver le monde.

Mon avis

D’abord et avant toute chose : vous avez vu cette beauté ? cette édition collector reliée de malade ? Et on parle d’un VRAI relié, avec une RELIURE, en tissus, un hardback du plus bel effet avec ses dorures et son aspect mat (gare à celleux qui mettent de la crème pour les mains ça laisse des traces). L’illustration de couverture, signée Stephan Martinière est de toute beauté. C’est tout pour le côté bibliophilie, intéressons-nous à l’histoire…

Le roman s’ouvre sur Archibald James Portendorf membre éminent d’une petite secte dédié à l’homme qui a changé le destin du Caire et la face du monde : al-Jahiz, le mystérieux mystique soudanais qui avait révélé aux humains l’existence des djinns et leur avait ouvert la porte de la réalité humaine. Archibald donc, qui peine à monter un escalier, quelques minutes avant qu’il ne meurt brutalement, brûlé vif comme tout ceux de sa bande, aux mains d’un homme masqué d’or se prétendant al-Jahiz lui-même et d’une ombre pouvant se dédoubler à l’infini. C’est sur ce crime sordide que Fatma el-Sha’arawi se trouve dépêchée, éminente enquêtrice du ministère de l’Alchimie, des Enchantements et des Entités surnaturelles et qui semble avoir un don manifeste pour se retrouver avec des enquêtes menant (peut-être) à la fin du monde. Quand ce ne sont pas des anges, ce sont des djinns, quand ce ne sont pas des djinns ce sont de simples humains avides de pouvoir. En effet, Le maître des djinns fait suite à deux autres novellas dans le même univers, mettant en scène plusieurs personnages de ce roman. Pour autant, l’auteur bien qu’il y fasse référence, ne s’attarde pas dessus. On sait qu’il y a un passif, et certaines relations sont déjà ancrées comme celle, délicieuse et convaincante, qu’entretient Fatma avec Siti, mais cela ne l’empêche pas de nous donner au fur et à mesure toutes les clés de compréhension de son univers…

Et quel univers ! Mélange audacieux de steampunk, de magie, d’anges et de djinns, P. Djeli Clark nous offre un dépaysement garanti à nous autres européens trop souvent assaillis de fantasy européo-centrées et d’héroic fantasy post médiévales. Ici il n’en est pas question, nous sommes en pleine aire d’expansion et l’arrivée des djinns, de leur pouvoir et de leurs connaissances on fait du Caire le nouveau Paris. Une uchronie flamboyante qui nous pose toute sorte de questionnements sur le multiculturalisme, la différence, la place des femmes dans la société tout en nous offrant du grand spectacle, à grands renforts de combats survoltés sur les toits du Caire, de magie ancestrale et de mythologies égyptiennes. Là bas vous côtoierez non seulement les djinns et les anges mais aussi la réincarnation de dieux immémoriaux. Un formidable mélange qui m’a littéralement fascinée.

Un univers de fantasy donc, mais une véritable enquête aussi. Il est intéressant de constater que les romans se situant dans une ère propice au steampunk se font d’ailleurs toujours supports d’une enquête grandiose (visant à sauver le monde in fine comme dans toute quête héroïque mais tout de même). Que ce soient La Machine de Léandre, Rouille, Le Paris des Merveilles, tous se font miroir d’indices, d’énigmes et de mystères. Je me demande si cela vient de l’imaginaire collectif selon lequel le steampunk est typiquement anglophone et de notre fascination pour le personnage de Sherlock Holmes (pas du tout de la même époque soit dit en passant). Toujours est-il que cette enquête nous entraîne de plus en plus loin dans cet univers mystique, côtoyant au plus près la violence, les émeutes et les coups fourrés, sans jamais tout nous révéler. C’est seulement en approchant de la fin que l’on comprend qui se cache derrière le masque d’or et je salue l’invention de l’auteur pour nous faire cavaler d’un bout à l’autre du récit.

En résumé

Le Maître des Djinns est un roman formidable qui nous entraîne dans une enquête de haute volée, entre secte brûlée vive, appartements ondoyants de magie et les toits du Caire. Dans la foulée l’auteur n’oublie pas de nous plonger dans une atmosphère suffocante de djinns, d’anges et d’efrits, côtoyant les dieux égyptiens et sumériens tout en nous présentant un trio de femmes détonantes. Mélange de genres autant que de cultures, ce Caire magique aux accents steampunk est aussi cosmopolite qu’étrange, et j’aurais aimé y rester encore un peu, à côtoyer les flammes et le soleil couchant.

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