Terre Promise de Philippe Arnaud

Un western en plein hiver, il fallait oser ! Mais les éditions Sarbacane n’ont pas froid aux yeux 😉 (hiver, froid ? vous l’avez ?). L’auteur non plus, d’ailleurs, puisqu’il choisit de traiter le sujet de l’esclavagisme noir et de la ségrégation, par le biais du regard d’un sudiste confédéré : Jim Lockheart.

Résumé éditeur

1870, New Hope, un trou paumé du Kansas. Lorsque Jim Lockheart y retrouve la trace de l’homme qu’il traque depuis plusieurs années, il découvre deux choses qui font horreur à son coeur de sudiste raciste et plein de fureur : une femme shérif et un barman noir. Mais sa quête de vengeance le retient là. Lui, le soldat de la guerre de Sécession, lui qui a mené la vie dure aux esclaves de sa plantation, n’imagine pas une seconde que sa haine et son mépris puissent être percés à jour par la belle Ellen comme par le débonnaire Louis. Il imagine encore moins qu’ils puissent déverrouiller son coeur fermé à double tour. Pourtant, lorsque le chasseur de primes Wild Blood, qui sème la terreur partout où il passe, s’abat sur New Hope, Jim se voit forcé de choisir entre les démons de son passé et ce dont il n’osait plus rêver depuis longtemps : un chemin possible. Une terre promise.

Mon avis

Le roman s’ouvre en 1850, en Géorgie, en plein champs de coton alors que Rachel n’est plus. Lui, on ne sait pas qui sait, on sait simplement qu’il fuit, libéré par quelqu’un à qui il n’a jamais parlé, les yeux rivés au contremaître qui l’a tuée, le coeur débordant de haine que seule la voix fantomatique de sa femme semble pouvoir percer. Vingt ans plus tard, Jim Lockheart est à New Hope et observe avec stupéfaction le mollard qui a atterri entre ses chaussures. En face de lui, Ellen sait qu’il n’a pas encore compris que le shérif qui l’observe est une femme. Lorsqu’il s’accoude au bar, Big Louis, lui, sait qu’il a face à lui un connard du sud. Mais quelque chose l’émeut sans trop savoir quoi.

Le décor est planté, la chaleur balaye les cheveux, les corps, les chevaux. Jim est à la poursuite de Carson, un noir que tous à New Hope semble vouloir protéger. Qu’à cela ne tienne, il n’en a rien à faire des ces yankees, il trouvera bien celui qui lui a volé sa vie ! Pourtant, en chemin, c’est le portrait d’une femme téméraire et déterminée qui occupera ses doigts, la chanson au banjo d’un barman prudent et triste qui l’émouvra, et des rêves indiens qui visiteront ses nuits. Il faut dire que « c’est Babylone » ici. Entre cette femme qui monte à cheval, lui réponde et lui tienne tête, peut se permettre d’entrer et sortir de sa chambre, et ce gros Big Louis noir, qui se tait et refuse de lui répondre, on peut dire que Jim est secoué dans ses convictions.

Ses convictions d’ailleurs, on en comprend l’origine assez vite, alors que l’on retourne dans son passé, aux côtés de son frère, sa mère et ses pères successifs, du respectueux bien que rugueux première père qui lui apprit à manier la carabine, au mielleux et doucereux second père qui lui apprit à abattre son fouet. Bien loin de notre XXIe siècle, on grimace, on souffle, on se crispe devant le discours terrifiant et arriéré de Jim. Dans le même temps on commence à deviner le propos de Philippe Arnaud. Parce que si les convictions peuvent trouver leur source, elles peuvent aussi changer, évoluer, rien n’est gravé dans le marbre ! En plaçant son roman à New Hope, l’auteur nous diffuse un « nouvel espoir ». L’espoir d’un monde meilleur avec des hommes meilleurs, où les femmes peuvent chiquer et monter à cheval, où les hommes peuvent être de toutes les couleurs, où nos corps nous appartiennent.

Toutefois, même si j’en comprends la portée et le message, je ne peux pas dire que le roman m’ait transcendée. Bien que les aventures se succèdent, autant que les points de vue qui nous permettent d’appréhender ce dix-neuvième siècle terrible, il m’a manqué de l’émotion. En dehors d’un profond dégoût pour les pensées sudistes de Jim et une certaine admiration pour Ellen, je n’ai absolument rien ressenti. Ni peur, ni effroi, ni tristesse malgré le sort révoltant des noirs à cette époque et de l’acharnement dégueulasse de Wild Blood, amateur de femmes sans défense pour les défigurer, et de scalpes. Un personnage très manichéen comme il en existe parfois dans la « vraie vie », ne vivant que pour la traque et le sang.

Servi par une plume fluide et un vocabulaire de l’époque (yankee, nègre, négresse, les femmes sont des putes, etc.) Terre Promise offre une immersion au Kansas sans jamais nous permettre de nous attacher un tant soit peu aux personnages. Il faut dire qu’en choisissant de faire parler majoritairement le sudiste Jim Lockheart, Philippe Arnaud a choisi la voix de l’originalité mais aussi celle de l’anti-héros.

En résumé

Terre Promise est un roman terrible, un western violent et sombre, aux portes d’une Amérique post-esclavagiste. Dans la petite ville de New Hope, c’est tout un pan de l’histoire qui s’affronte : celle des noirs qui revendiquent leurs droits d’exister, d’être, de vivre ; celle des femmes qui affirment leur volonté d’être l’égale des hommes en tous points ; celle d’une Amérique profonde, ségrégationniste et sombre qui refuse de changer. A travers Ellen, Jim et Big Louis, Philippe Arnaud brosse le portrait d’une histoire aux accents d’espoir, de sang et d’amour, aux sons d’un banjo, d’un pinceau et du piétinement des chevaux.

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