Azul de Antonio Da Silva

Antonio Da Silva est un auteur dont j’attendrai désormais les sorties littéraires avec impatience. Pourquoi ? Parce que ses romans sont aussi ambitieux qu’ils sont originaux ! Après le terrifiant et bizarre Sortie 32.B que j’avais adoré, il revient avec l’étrange et artistique Azul que j’ai pris grand plaisir à découvrir.

Résumé éditeur

Entrer dans les tableaux ? Ne plus faire qu’un avec eux ? Avoir la possibilité d’y évoluer et d’y rencontrer d’autres personnes ? Peut-être même y tomber amoureux…Miguel a ce pouvoir. A partir d’une simple image, d’une reproduction dans un livre, il peut s’évader dans les plus grands chefs-d’œuvre. Et ce qu’il adore, c’est y apporter de légères modifications. Mais ce jeu n’est pas sans danger, surtout lorsque l’on attire l’attention de la Protection des Oeuvres dont les méthodes sont expéditives.
De Renoir à Hokusai, de Vélasquez en Brueghel, le jeu va se transformer en chasse à l’homme…

Mon avis

L’aventure commence dans un tableau de Van Gogh dans lequel Miguel s’est introduit pour y « réparer » l’œuvre du maître. L’aviez-vous remarqué, vous, cette cheminée un peu de travers ? Miguel, lui, l’a vue et depuis cela le démange de venir la modifier. Rien de bien grave, juste la démolir et la rebâtir. Au sein des tableaux, Miguel a tout été : médecin, charpentier, maçon, carreleur, réparateur de jouets. Dans la vraie vie il ne sait pas quoi faire de ses mains. Ce n’est qu’au sein des tableaux et de leurs personnages qu’il se sent bien, étrangement à sa place. Même s’il est un hors cadre. L’aventure commence donc à la troisième personne du singulier. Parce que quand il rentre dans un tableau, Miguel n’est plus qu’un de ses personnages.

Dans sa vraie vie, Miguel est plutôt seul. Orphelin de père et de mère, abandonné peut-être, il a été accueilli à la pensao, après avoir fugué à Lisbone. Là bas il est entouré de Nuno et son tee shirt Flash, Maria, la mama de la pensao, les jumelles Isabel et Béatriz deux blondinettes, Catarina et Salomé les deux adolescentes. Et puis il y a Amalia qui comme Miguel ne fait pas vraiment partie des enfants accueillis en famille d’accueil par Maria, qui ne sont là que par la générosité de cette femme au « coeur gros comme une montagne enfouie sous des couches de ride ». Mais tout commence à se détraquer.

D’abord dans le tableau un monsieur terrifiant, chargé de la « Protection des œuvres » dont il n’a jamais entendu parler, l’a poursuivi jusqu’à ce qu’il puisse ressortir du tableau. Ensuite, April, la jolie rousse avec laquelle il passait des rendez-vous galants (et moins), la seule hors cadre qu’il n’ait jamais croisée et de laquelle il était tombé amoureux, a disparu. Enfin, des événements complètement farfelus à base de folies passagères, d’hallucinations, de meurtres violents, surviennent dans les environs de la pensao. Et si tout était lié ? Comment ? Et pourquoi ?

Dans les recoins des tableaux se cachent des ombres, des ombres dangereuses, issues de l’imagination agonisante des artistes qui y ont apposé leurs pinceaux. Et qu’April soit leur Muse, que Miguel soit leur réparateur, il restera toujours ces sombres ténèbres et les dessous, les faces cachées de ces tableaux mélange de peintures, de secrets, de scènes invisibles, de souvenirs et de peurs.

J’adore la façon dont l’auteur arrive à nous entraîner dans son délire sans qu’on y comprenne grand chose. Pour moi c’est une vraie prouesse ! Et si j’ai commencé à entrevoir quelques clés au fur et à mesure du récit, moins obscur que Sorte 32.B dans sa compréhension, toute la toile ne vous apparaît pas en entier. Je n’avais jamais lu un roman comme celui-ci et j’aime vraiment qu’il se joue des genres pour nous embrouiller. Le réalisme, le fantastique, des pouvoirs étranges, le mélange de passé et présent, de la troisième personne et de la première, de sentiments adolescents et d’autres choses plus adultes. Si Azul peut s’avérer complexe, l’écriture, elle, est un fervent mélange de simplicité et de petite poésie, toute en légèreté.

En résumé

Azul est à la frontière des genres, mélangeant avec brio les palettes du réalisme adolescent, aux touches de fantastique d’un voyageur du temps et de l’art, entremêlé avec quelques aplats de violence et d’horreur. Après le très remarquable Sortie 32.B, ce roman est une seconde pépite d’originalité et de précision, où rien n’est laissé au hasard. Antonio Da Silva a, à mes yeux, un véritable talent pour conter des histoires hors du commun qui réveillent en nous des frissons d’angoisse et de fascination.

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