Le peuple des Rennes (intégrale) de Megan Lindholm

Comme vous le savez ce n’est pas la première fois que je lis des rééditions des textes de Megan Lindholm aka Robin Hobb. Je trouve que la sélection des éditions ActuSF, qui s’attache à montrer toute la diversité de sa plume et de ses sujets, est vraiment remarquable : « fantasy » préhistorique avec le Peuple des Rennes, space opera avec Alien Earth, fantastique avec Le Dieu dans l’ombre… Chaque récit est très différent de ce que l’on peut connaître d’elle sous son autre nom de plume, Robin Hobb, et je comprends tout à fait pourquoi elle a préféré signer sous deux noms différents. Je dois dire que Le Peuple des Rennes fut à la fois une lecture difficile mais aussi très addictive.

Résumé

Lorsque Tillu décide de fuir sa tribu avec son fils, elle sait qu’elle devra affronter la toundra et la solitude avec cet enfant si différent dont elle ne sait que faire. Et si le hasard la jette à la rencontre d’un peuple d’éleveurs de rennes du grand nord, c’est sans certitudes : parviendra-t-elle à s’intégrer, en tant que guérisseuse, femme, et mère ? Sera-t-elle capable de naviguer sur la toile des relations humaines de ce clan déjà formé ? Saura-t-elle suivre les hardes ?

Mon avis

Le peuple des Rennes n’est pas un récit dans lequel on s’enfonce simplement. Maquillé de neige et du silence du grand nord, il y a beaucoup de place pour le froid, le crissement des pas, la solitude de l’hiver. Il est lent, dur, parfois violent. Mais il est aussi immensément riche. Riche d’originalité quant aux décors choisis, celui des tribus préhistoriques, mais aussi quant à ses personnages : Tillu qui fuit sa tribu, Kerleu qui se cherche et ne se trouve que trop peu, le vieux chaman Carp et sa malveillance, le peuple des rennes et ses habitants.

Le récit s’ouvre sur la peur d’une mère pour son enfant. Tillu et Kerleu. Son fils n’a jamais été comme les autres enfants, à jouer autour d’elle mais comprendre quand elle avait besoin d’aide, à s’amuser plutôt que rester immobile à contempler le vide. Est-ce que pour cela que Carp a jeté son dévolu sur son fils l’entraînant plus sûrement qu’un glouton dans son étreinte vorace, dans son chamanisme, et faisant de lui un paria ? faisant d’elle une ombre ? Face à une énième demande insistante de Carp, Tillu met les voiles : direction le nord. Elle sait que là bas il ne la suivra pas. Tous les jours Kerleu patiente à la porte, attendant que son maître vienne le chercher, le réclamer. La relation de Tillu et son fils est complexe, douloureuse. Non, Kerleu n’est pas un enfant comme les autres. Aujourd’hui on dirait peut être qu’il est autiste, ou fou. Pour sa mère, il est différent, trop pour lui ressembler, pas assez pour qu’elle n’essaye pas de la changer, le transformer, avant de s’en vouloir de ne pas l’aimer tel qu’il est. C’est ce qu’il y a de plus beau, de plus tendre et de plus tragique dans ce roman. Encore une fois l’autrice montre tout son talent à développer la psychologie de ses personnages.

Tant et si bien qu’on en vient à éprouver des émotions pour eux. Pour moi ce fut la peur. Plus le récit se déroulait, plus Kerleu m’effrayait. Par son comportement, par sa folie, par ses réactions, par ses croyances. Prise dans la toile d’un monde qui ne le voit qu’ainsi, une bête sauvage à raisonner, j’en venais presque à avoir des réactions épidermiques quand on en venait à son personnage !

D’autres entrent dans la ronde, Lasse, Heckram, Joboam, Kari. Le Loup, la Chouette. Lorsque Tillu rencontre le Peuple des Rennes elle y voit l’opportunité de renaître, de faire ce qu’elle a toujours fait : guérir des hommes. Elle ne sait pas qu’elle y trouvera l’amour, la mort, la haine, le courage. Peut-être aussi un moyen de comprendre son fils. Non elle ne sait pas encore tout cela. Tout ce qu’elle sait c’est que la femme qui accompagne Heckram pour lui rendre visite une première fois n’a besoin ni d’époux, ni de frère, ni de père pour parler, troquer, marchander. Qu’elle possède son propre troupeau. Qu’elle possède. Oui Tillu est prête à croire cette société civilisée qui lui manquait. A croire que tout peu changer.

Mais les hommes sont cupides et possessifs, et là où ils vont, la violence les suit. C’est d’abord une femme retrouvée rouée de coups, la mâchoire ouverte. C’est ensuite son propre avis que l’on bafoue. Son fils que l’on violente, que l’on entraîne sur des chemins obscurs, plein de folie et de neige. C’est une chouette qui prend son envol et déploie ses ailes, une femme qui tombe et meurt. Et au milieu de tout cela, les fumées du chaman, les visions des loups, les rennes dans le froid hiver.

La seule chose que je reprocherai à cette intégrale, c’est sa lenteur. Encore que j’ai eu l’opportunité de lire les deux tomes d’un coup et que le second soit plus dans l’action que le premier. Oui il est lent. Mais en même temps, chaque page est justement dosée, chaque chapitre dense à sa façon d’émotions, de la psychologie de ses personnages, de ses paysages.

En résumé

Le peuple des rennes est une intégrale joliment mise en valeur par le travail de ActuSF. En nous contant l’histoire de Tillu et de son fils, Kerleu, Megan Lindholm met en scène un peuple nomade, préhistorique dans un paysage de neige, de visions obscures et de dangers. Les relations complexes qui se nouent entre les différents protagonistes tendent à prouver le talent indéniable de l’autrice pour tracer la psychologie de ses personnages. Un lecteur non averti pourrait être impressionné par sa lenteur, compte tenu de sa taille, mais c’est dans la solitude de l’hiver, l’immobilité des hardes, que la tension survient, étonnante, glaçante.

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