Les Héritiers de Fabien Clavel

Parmi les derniers pavés reçus des éditions AtuSF, il y a celui-ci : Les Héritiers de Fabien Clavel. Basé sur un jeu de rôle du même nom, il se situe dans le même univers que Les Feuillets de cuivre qui a été réédité pour l’occasion de sa sortie et qui se trouve après ce premier volume. Je parle d’un pavé parce que celui-ci fait bien 740 pages denses, dont la véritable action ne se déroule que passer la première moitié.

Résumé éditeur :

Les fées sont parmi nous. Cachées. On les appelle des Faux-Semblants.
En pleine Belle Epoque, Raphaël Acanthe, jeune séducteur, découvre à la faveur d’un duel qu’il est l’un de ces Faux-Semblants : un sylve.
De Paris au Sahara en passant par Budapest, cette découverte l’emmène dans un engrenage infernal, entre les diverses factions de fées et les complots contre la Monarchie féerique.
Entraîné malgré lui dans cette intrigue tentaculaire, Raphaël en compagnie d’un groupe hétéroclite de Faux Semblants, dont Béla, un pitoyable mais si attachant vampyr, et Una, une dangereuse fleur de métal, va mettre à jour une terrifiante machination qui pourrait dévoiler au monde l’existence des fées.

Mon avis

Au début je ne vous cache pas que j’ai eu beaucoup de mal à rentrer dans le roman. Je ne comprenais pas où l’auteur m’emmenait, le personnage de Raphaël est insupportable d’égoïsme et d’auto-suffisance, la découverte du monde des fées se fait à tâtons un coup du côté d’Avalon et de Merlin, un coup du côté de Raphaël qui découvre sa nature, un autre du côté de Béla un vampyr hongrois que j’ai adoré, mais sans véritablement que de liens ne se créent. Où étaient les passerelles, les ponts, le fil rouge ? A un moment donné dans ce type de lecture vous prenez une décision : vous arrêtez parce que pas envie de lire 730 pages de flou artistique ; ou bien vous faites confiance à un éditeur qui ne vous a jamais déçu.e. Devinez ce que j’ai fait ? 😉

Et je remercie ma confiance aveugle ! L’auteur réussit avec brio à nous entraîner dans le sillage de Raphaël Acanthe et de ses découvertes, mâtiné çà et là de quelques personnages qui entrent et sortent de l’intrigue au grès des besoins de l’histoire. On fait ainsi la connaissance d’une vieille hongroise fort sympathique qui non, n’empoisonne par ses biscuits, d’un Merlin dépassé par la désolation qui avance sur Avalon, d’un druide capable de se transformer en cheval au prix de fesses endolories, d’un coup de foudre improbable et d’un certain nombre de destructions potentielles du type explosives. On peut dire que le monde des fées est loin du paradis de la Fée Clochette et se rapproche davantage des bas fonds parisiens de la Belle Epoque, obscurs, sombres, violents et riches en invention.

Parmi ces personnages hors du commun j’ai particulièrement aimé Béla, le vampyr que Raphaël va croiser et l’entraîner dans cette aventure endiablée. Béla c’est un personnage à priori sans histoire, pianiste, qui prend grand soin d’assommer ses victimes avant de boire leur sang afin qu’elles ne soient pas traumatisées. Un gentleman timide, que d’aucun qualifierait de lâche mais qui paraît surtout d’une maladroite tendresse et auquel on s’attache irrémédiablement. Sa douceur, d’ailleurs, contraste admirablement avec la froideur calculée affichée par notre jeune Raphaël Acanthe qui cache surtout sa profonde terreur de tout ce qui lui arrive. Parce que Raphaël n’est pas seulement un Faux Semblant c’est aussi un enfoui, une créature féérique qui n’avait pas connaissance de sa nature et qui découvre le pot-aux-roses de la plus horrible des façons par l’entremise d’un oncle particulièrement repoussant dans sa forme originelle. Une fêlure, une profonde peur, à côté de laquelle Béla ne pouvait passer. Si le vampyr est plus connu du folklore on croise aussi des créatures plus exotiques tels que une fée de métal tête brûlée et dangereuse, une ondine légèrement folle à lier et psychopathe, un loup garou, des trolls, des ogres, des gnomes, une gargouille fort sympathique, un léporide grandiloquent et d’autres créatures dont déjà, le nom m’échappe. J’ai aussi beaucoup apprécié Ferdinand, un autre personnage pour le moins énigmatique et dont les derniers gestes vous surprendront.

Nous avançons dans ce monde dual à la manière de Raphaël, à l’aveugle, et nous nous laissons porter par les événements qui ne manquent pas de leur tomber dessus, passant d’un groupe de mercenaire à un autre, d’une évasion de haut vol à un voyage en train capricieux, le tout surplombé par des disputes incessantes, des pieds de nez au destin et une grosse louche de chance.

Malgré tout certaines choses m’ont tout de même…pas forcément déçues mais je suis restée sur ma faim. Par exemple en ce qui concerne les liens entre le monde des fées et le monde des hommes, la façon dont ils co-existent, dont certains ont parfois conscience des autres. Pourquoi certains humains sont-ils à même de déambuler parmi d’autres, comment sont-ils choisis (on devine certaines choses grâce à un certain enquêteur qui arrive à plus ou moins intégrer ce monde là mais pas assez…), comment fonctionne vraiment leur monarchie, qui est la reine… Bref j’avais très très envie d’en apprendre plus sur la société féérique et non pas juste quelques bribes distribuées au fur et à mesure de la compréhension de Raphaël. Sans parler d’Avalon. En fait peut être ai-je tout simplement manqué d’un peu de contexte alors même que la première partie tirait en longueur pour justement mieux nous happer dans ce Paris de la Belle Epoque après la construction « atroce » de la Tour Eiffel.

En résumé

Si Les Héritiers ne fut pas un coup de cœur par manque d’émotions et d’approfondissement dans l’univers, c’est un pavé qui m’aura fait passer un très agréable moment. Outre un personnage principal antipathique à souhait qui surprend les lecteurs trop habitués des héros, on retrouve un florilège de créatures étranges, disgracieuses ou charmantes dans un monde d’une extrême violence où le hasard des circonstances peut vous entraîner vers des dangers obscurs. Entre le Paris de la Belle Epoque, les bains de Budapest, et l’abondance d’un Avalon menacé, Fabien Clavel nous entraîne avec brio dans une aventure rocambolesque.

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