Anne de Green Gables de Lucy Maud Montgomery

Anne de Green Gables. Une publication des éditions Toussaint Louverture qui a fait grand bruit tant par sa traduction, jugée absolument parfaite par les connaisseurs, par son édition avec sa couverture toilée que par son sujet : l’histoire d’Anne with an E d’après la série Netflix et d’après Anne elle-même qui trouve que prononcer le « e » se révèle divinement plus élégant. Je suis restée longtemps à l’écart de cette publication, appréciant de m’éloigner des « buzz » littéraires pour mieux les faire découvrir quand le soufflet est retombé. Je dois dire que sa découverte est un petit ravissement.

Mon résumé

Anne de Green Gable est l’héroïne d’un imaginaire débordant, petite orpheline nouvellement arrivée à Avonlea, elle va changer la vie de ses habitants, en particulier les Cuthbert, famille modeste qui voulait recueillir un garçon afin d’aider Matthew à la ferme. Sur un heureux malentendu c’est Anne qui est envoyée à sa place. Anne avec ses cheveux roux, son débit de parole infatigable et son imagination insatiable. Anne qui est une fille. D’abord bien décidée à la renvoyer, Marilla, la sœur de Matthew, la vieille fille du village, se laisse séduire petit à petit par sa naïveté charmante. Débute alors pour la jeune fille, une nouvelle vie faite de rencontres, de bêtises et de paysages magnifiques.

Mon avis

« Il y a tellement de choses dans cette pièce et elles sont si belles, qu’elles ne laissent pas de place à l’imagination. Ça fait au moins une consolation quand on est pauvre, il y a tellement de choses à imaginer ».

Être riche de pouvoir imaginer, de rêver, de transformer les forêts en bois hanté, les ruisseaux en rivières d’argent, et de renommer tout ce qui nous entoure, s’inventer des noms. Être riche d’imaginaire. Voilà quelque chose que ce roman met merveilleusement en lumière à travers son héroïne. Anne est un des personnages les plus incarnés, les plus forts et les plus remarquables qu’il m’ait été donné de rencontrer. Autant certains m’émeuvent, m’arrachent des larmes, mais aucun ne m’avait encore laissée béate d’admiration, faisant miennes des dizaines de citation, reflétant si bien, parfois, ma façon de penser. Anne n’est pas seulement une héroïne de roman, c’est l’incarnation même du pouvoir de l’imagination. Comment elle permet parfois de se sauver soi même. Comment elle transforme notre quotidien, nous le rend plus beau, plus grand, rempli de créatures fantastiques.

« Mais nous sommes riches, dit Anne avec ardeur. Nous avons seize ans, nous sommes heureuses comme des reines, et puis nous avons toutes de l’imagination »

Mais Anne est aussi une héroïne de roman, une héroïne imparfaite, maladroite, et les cheveux d’un roux qui l’agace prodigieusement. Que peut-on faire d’une fille avec des cheveux roux ? Pourquoi ne pouvait-elle pas avoir des cheveux d’un beau brun profond et lumineux, ou souple et blond comme tant d’autres petites filles respectables ? Et pourquoi s’appelle t-elle Anne ? Et pas Cordélia par exemple ? Un prénom poétique et riche ? Voilà le genre de pensées qui agitent l’esprit d’Anne. Elle a ce petit côté superficiel qui chez d’autres m’auraient agacée. Chez elle c’était drôle, grandiloquent, dramatique, comme peut l’être l’adolescence.

Indubitablement Anne est une jeune fille que l’on a envie de suivre. Dans ses joies, ses peines, ses « affres de désespoir » dans lesquels elle se complaît au grand désarroi de Marilla qui trouve qu’elle prend « les choses trop à cœur ». Mais Anne est aussi une orpheline qui a connu la pauvreté, la mort de ses parents, une forme d’abandon, et que ces seules idées, répercutées dans sa nouvelle vie, lui donnent des sueurs froides et lui arrachent des sanglots affreux. En d’autres termes, Anne est extrême dans son bonheur comme dans son malheur ce qui la rend aussi attachante qu’étonnante.

« J’avais les yeux grands ouverts dans mon lit et je me remémorais le soir du spectacle, encore et encore. C’est ce qu’il y a de merveilleux avec de genre d’événements : c’est délicieux d’y repenser. »

Mais Anne n’est absolument pas seule dans cette aventure. Il y a tous ceux qui l’entourent. D’abord Matthew, taiseux, taciturne, un peu ours, mais surtout timide et d’une grande maladresse avec les filles. Matthew qui est une véritable « âme sœur » pour Anne, quelqu’un qui l’écoute toujours avec une extrême attention sans en avoir l’air. C’est lui qui convaincra sa sœur de l’adopter, de la garder pour ne pas la laisser entre de mauvaises mains. Et puis Marilla bien sûr, celle qui n’a jamais élevé d’enfant mais qui compte bien élever celle ci comme il faut. Et ça commence par lui mettre un peu de plomb dans la cervelle tout en ne pouvant s’empêcher de sourire en coin à chacune des envolées de cette fillette irrésistible aux idées arrêtées et aux grands mots. J’ai trouvé leurs relations extrêmement touchantes, réalistes et d’une tendresse infinie.

Avec Anne et la plume de Lucy Maud Montgomery nous retrouvons les plaisirs simples d’une vie sans doute plus étroite mais plus exaltante en un sens. Pas de réseaux sociaux à la fin du XIXe début XXe seulement le voisinage, les rumeurs, les scandales d’un ou d’un tel qui ne dépassaient jamais une certaine mesure. Une forme de respect suranné, d’admiration ancienne et de joies simples : avoir des manches bouffantes, faire un récital, se confronter avec exaltation à un autre que soi, tomber amoureuse, s’inventer des histoires. Des joies enfantines en un sens mais qui m’ont fait étrangement du bien.

« Qu’il était plaisant de bringuebaler sur les routes humides dans les premières lueurs rougeoyantes de l’aube, qui s’avançait à pas de loup sur les champs moissonnés. »

Au fil des pages, et je m’arrêterai là dessus avant de vous assommer avec une chronique déjà bien longue, nous nous laissons aussi bercer par les paysages enchantés que nous décrit l’autrice. Des ruisseaux qui parlent, des arbres d’une beauté radieuse, des aubes rougeoyantes, des couronnes de fleurs sur la tête, des brassées de jasmin dans les bras, la paix naturelle de Green Gables avec son verger qui entre dans la chambre de la jeune fille, qui l’habite en un sens. C’est un tel ravissement pour les sens, un dépaysement rafraîchissant.

En résumé

Anne de Green Gables est une surprise délicieuse. Jamais je n’aurais cru prendre autant de plaisir à lire une œuvre classique mais le personnage d’Anne avec sa malice, sa candeur et sa grandiloquence, ses relations entre âmes sœurs, amis et famille, et son regard sur le monde, aussi ouvert qu’intelligent auront conquis mon cœur avec autant de facilité que celui de Matthew et Marilla. Il me tarde de replonger dans son imagination débordante et d’y respirer l’air d’Avonlea.

8 commentaires sur “Anne de Green Gables de Lucy Maud Montgomery

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  1. Magnifique chronique, pour un magnifique classique. J’ai eu un véritable coup de cœur pour Anne, ce personnage entier qui a su me toucher et me bouleverser. La suite est encore meilleure et savoureuse !

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  2. J’ai tellement aimé la série que j’ai peur de lire le livre… Mais en même temps, m’imaginer ressentir les mêmes émotions non pas avec des images, mais avec les mots, ça me tente terriblement ♥ Et puis avoir un plus grand aperçu de l’histoire, plus de détails, plus de Cuthbert et de Gilbert… Comment résister ? \0/

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    1. Moi c’est l’inverse, j’ai peur de regarder la série et de ne pas y retrouver la même magie, la même quiétude… Mais j’ai en même temps très envie de découvrir Anne sur l’écran ahah

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      1. Ouiiii je comprends tellement !! En tout cas pour ma part j’ai trouvé la série incroyable et elle fait partie de mon top séries avec Peaky Blinders 🥰

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