La Machine de Katia Lanero Zamora

Inspiré de la guerre civile espagnole des années 30, l’autrice belge Katia Lanero Zamora nous plonge dans un roman aux accents révolutionnaires. Sorti le 19 février 2021, ce premier tome est passé complètement inaperçu sur la toile ! Et pourtant, c’est un petit coup de coeur par ici ❤

Résumé éditeur

Nés dans le confort de la famille noble des Cabayol, Vian et Andrès sont deux frères inséparables. Mais dans un pays où la révolution gronde et où les anciens royalistes fourbissent leurs armes pour renverser la toute jeune République, ils vont devoir choisir leur camp…

Mon avis

Je vous l’avais déjà dit lors de ma chronique de Bouddicca de Jean Laurent Del Socorro mais j’aime particulièrement les romans d’imaginaire inspirés de la grande histoire. La Machine ne fait pas exception, optant pour un léger pas de côté pour mieux nous parler de cette période, changeant les noms sans négliger leurs consonnances, modifiant les mets sans en enlever le goût. Une guerre, pas tout à fait la même, une révolution pas tout à fait différente. Mais avant d’être une histoire de guerre, c’est surtout une fresque familiale remarquable qui s’incarne dans deux personnages différents mais passionnants.

Nés Cabayol, les deux frères Andrès et Vian ont toujours vécu dans un luxe hérité de leur grand-père, l’un des rares « Ongles sales » à avoir acquis et fait fructifier des terres. Dès leur enfance, les deux garçons grandissent et évoluent très différemment. Là où Andrès ne manquait pas une seule aventure (que ce soit pour jouer avec les ongles sales, éprouver la patience de leur père et tout simplement désobéir), Vian se faisait plus discret et effacé, subissant tour à tour les regards désapprobateurs de son père et de son frère. Aujourd’hui, Andrès ne manque pas une seule bravade machiniste, agitant sous le nez du paternel son allégeance au parti démocratique alors que Vian part pour la guerre, défendre sa patrie sous le drapeau, criant « Vive Panîm, Vive le Roi » et remplissant ses devoirs patriotiques. C’est leur point de vue que l’on suit tour à tour, deux visages d’une même guerre, miroir où brûlent regrets, déceptions mais aussi un amour fraternel indéfectible.

On alterne aussi entre passé et présent, ce qui m’a souvent perturbée parce que rien ne l’annonce réellement dans le roman mais m’a finalement conquise. On y retrouve leur enfance et principalement leurs frasques avec ces deux caractères qui se dessinent et ont fabriqué les hommes qu’ils sont aujourd’hui. Ce point m’a beaucoup fait penser aux Ombres d’Esver, son premier roman, où on avait aussi cet aspect de la mémoire, du souvenir, du passé.

« Chaque citoyen est une pièce indispensable à l’immense Machine qu’est une civilisation avancée. La priorité du Système est de valoriser le moindre élément, afin que s’ébranle le parfait engrenage qui pourra promettre pain, toit, éducation et émancipation pour chacun ».

Au delà de la relation fraternelle qu’entretient Andrès et Vian, il s’agit aussi d’un roman sur l’engagement. Pourquoi s’engage t-on ? Pour qui ? Le fait-on par amour, par devoir, par moral ? A t-on toujours le choix ? Peut-on ne pas s’engager ? Tour à tour, les deux frères sont confrontés à des choix, des chemins de vie, et sans arrêt on leur demande de choisir. Choisir entre le père et le frère, choisir entre la famille et ses convictions, choisir entre la lumière et les ombres, la richesse et la suie. Si Andrès apparaît le plus souvent comme un homme sur de lui, on lui découvre des failles, des faiblesses, des tiraillements. Dans sa volonté de montrer la guerre, Katia Lanero Zamora a aussi montrer les hommes et j’ai trouvé ça beau et touchant, tendre, humain. Dans les baisers d’Andrès, dans les tressaillements de Vian, dans les ébats de Léandra, et les bras de Mathis. Là où on aurait pu obtenir l’éternel division « bourgeois / pauvres », l’autrice rentre plus profondément dans son sujet, nous montrant aussi ceux qui n’ont pas le choix, dont les deux systèmes ne leur conviennent pas et on avance, tout en nuance, dans ce roman choral.

Je vous parle des frères mais je pourrais aussi vous parler des femmes. D’Agustina, la gouvernante des deux frères qui cache sous son air sévère, sa tendresse légendaire, elle qui ne peut pas refuser de rendre service, et qui mettra Andrès sur la voie de la Machine, tout en redonnant confiance à Vian. Il y a Léandra, qui la première, refusera de se faire battre pour une misère et qui lèvera le poing, quittant les champs pour occuper les terres inutilisées des nobles. Il y a Amaia Magister, figure de proue de La Machine, porte étendard d’une révolution mais qui semble si loin. Niobé, la petite fille du mineur avec qui Andrès aura tant cavalé. Mais aussi Estela, la femme de Duen Cabayol, qui a les yeux qui brillent à l’idée d’une soirée mondaine. Olympia, toréa, que l’on obligera à arrêter pour faire « son devoir de femme ».

J’ai retrouvé avec grand plaisir la plume de Katia que j’avais déjà énormément apprécié dans Les Ombres d’Esver et dont j’avais souligné la précision. Certains passages m’ont émue, notamment lorsque Vian se découvre dans le désert et laisse libre cours, enfin, à ses désirs alors que ses hésitations me touchaient en plein cœur. Le rythme du récit peut paraître assez lent, notamment à cause des retours en arrière mais j’ai trouvé l’ensemble cohérent et plein de finesse.

En résumé

La Machine c’est donc une fresque, familiale, amoureuse, amicale, tendre. Mais aussi une fresque faite de sang, de sueur, de suie, une révolte qui gronde. A travers son roman aux accents espagnoles, l’autrice nous invite à plonger dans une guerre qui trouve échos dans nos propres maux contemporains, un pont entre l’Espagne des années 30 et l’Europe du XXIe siècle, une passerelle entre les luttes ouvrières de la fin du XIXe et nos mouvements populaires. Un roman coup de cœur, une écriture haletante et des personnages incroyablement incarnés.

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