Soleil, jusqu’à la fin de Mélanie Georgelin

Une fois n’est pas coutume un petit exprim’ s’est glissé dans ma boîte aux lettres et je suis tellement heureuse de recevoir des services de presse des éditions sarbacane tant leur ligne éditoriale est exceptionnelle. J’espère sincèrement que mes chroniques vous aident aussi à apprécier cette maison d’édition et ses publications. Mais BREF si je suis ici c’est pour vous parler d’Amaya Sol, une jeune adolescente de douze ans que la vie n’a pas prise avec des pincettes. Mais plutôt avec des gants de boxe.

Résumé éditeur

Amaya a douze ans quand elle voit sa mère mourir de chagrin, après le départ brutal de son père avec une Arlésienne. Aussi sauvage que sa tignasse indomptable, adulte avant l’âge, habituée à s’occuper de ses parents, elle atterrit dans un orphelinat, y enchaîne les joies et les chagrins, découvre une ribambelle de mômes brisés et d’adultes bancals qu’elle tente de réanimer comme elle peut, à coups d’histoires saugrenues et de mensonges poétiques.
Mais ce mode de survie n’a qu’un temps : Amaya est vite rattrapée par la vie telle qu’elle est, celle qui frappe sans crier gare et qui ne fait pas de quartiers. Jusqu’à ce qu’elle débarque chez Pierrot et Madeleine, un couple de vieux fous amoureux, étranges et facétieux, avec qui elle va découvrir de nouveaux horizons…

Mon avis

Étrangement, contraire à bon nombre de Sarbacane, j’ai eu beaucoup de mal à rentrer dans cette histoire et c’est en grande partie à cause de l’écriture. Je ne sais pas pourquoi mais je me suis sentie agressée par la voix d’Amaya, par son ton et par ce qu’elle disait. Il y avait une forme de colère, de rage mais aussi ce côté adulte qui me dérangeait chez une enfant aussi jeune. Bien sûr son histoire l’explique, vivre des choses aussi dures si jeune, le fait qu’elle se soit occupé de ses parents très tôt et surtout de sa mère qui commençait à perdre la raison, tout cela l’a forcée à se barricader, à se construire une carapace dure comme du béton mais sous laquelle se cache une enfant, tout simplement. Mais il n’empêche qu’au début ça m’a dérangée, gênée.

« Il s’éclaircit la voix et me regarde de biais, avec cette façon que je connais bien, que j’ai aussi, cette méfiance face à l’autre, la hantise qu’il touche à un cheveux de notre histoire, qu’il dise un mot de travers et qu’il nous blesse à mort, dès lors qu’on s’aventure à lui parler. Pour ça que souvent, je me garde bien de tout dire. »

Le roman s’ouvre avec cette voix. Cette voix qui s’adresse à nous autres lecteurs, elle nous appelle Albert, parce que ce prénom lui fait penser à un gentil monsieur, pas très beau mais plein de bonnes intentions. Mais d’autres voix viennent s’y mêler, à la troisième personne : celles de la psychologue du foyer Les Coucous, celle de Billie, l’éducatrice, ou encore celles de Madeleine et Pierrot que nous rencontrons dans la seconde partie. Aux Coucous nous rencontrons aussi d’autres enfants, dont la psychologue nous dresse en quelques lignes des existences brisées, meurtries, des trucs impossibles à imaginer et des vérités tellement crues que nous aussi, comme elle, on aimerait se couler dans un bain chaud et que toutes nos pensées flottent en surface, détachées. Ce personnage m’a beaucoup touchée parce que j’ai toujours trouvé que c’était un métier étrange, touchant, mais terriblement difficile. Ce foyer, c’est un lieu de transition, c’est ce qu’ils disent. Mais c’est aussi un lieu dépourvu de faux semblants, tout le monde sait à quoi s’en tenir, certains sont là depuis huit ans « t’imagine la moitié de ma vie », d’autres depuis toujours. La vie les tue, les rend parfois dangereux et les plonge dans des enfers personnels étriqués et suffocants. Amaya parmi eux a quelque chose d’unique, de précieux, qui la rend plus sauvage mais aussi plus solaire et cela ne tient pas qu’à son nom de famille. Non Amaya raconte des histoires. Des histoires de parents qui viendront, d’anonymes à leur recherche, des histoires d’espoir qui font peut être plus de mal que de bien et qui parfois m’ont émue.

« On se retient de dire ce qui peut faire de la peine aux gens, quand on les aime. Mais même dans leur retenue, on entend encore trop ce qui est tu. »

Dans ce roman c’est la voix d’une petite fille en détresse qui s’exprime et elle en dit des choses clairvoyantes. Et puis elle en rencontre aussi des gens qui vont aussi lui parler, la faire grandir, l’amadouer, la toucher, lui donner envie de s’élever de se pardonner, peut être, d’aimer, aussi. Il y a des maladresses, des mots de travers, des actes manqués, comme dans toutes les vies, comme dans toutes nos discussions. Une fois, par exemple, j’ai demandé à une fille de l’école de parler de ce qu’elle avait fait en classe à ses parents. Elle m’a regardé, surprise, choquée. J’ai appris qu’elle vivant dans un foyer, un peu comme aux Coucous, et je me suis trouvée d’une bêtise crasse. Comme Billie qui parfois ne dit pas ce qu’il faut. Parce qu’on est tous humains et qu’on commet tous des erreurs. Ce roman apprend cela aussi. A Billie mais aussi à Amaya.

« Je me berce en montant les marches. Et ce que je me demande, c’est comment tous ces souvenirs fon pour refluer vers le rivage de mes pensées ? Et où est-ce qu’ils étaient planqués, ces petits paquets de douleur moisie, avant que j’aille chez la psy ? Qui pourrait les recycler, mes souvenirs, et les jeter dans l’abîme une fois pour toutes ? »

En résumé

Au delà d’un roman, c’est surtout l’histoire d’une histoire. Une histoire parmi des milliers d’autres, des millions de vies parachutées dans la réalité alors qu’on voudrait préserver tous ces enfants. Les faire vivre dans un cocon, les enrubanner de douceur, de crêpes, de pancakes et de musique. Les environner de montagnes immenses, de sapins à perte de vue pour les sentir respirer à plein poumon leur innocence. Alors oui finalement Soleil jusqu’à la fin m’a émue, m’a touchée alors que je partais plutôt défaitiste. Il y a parfois ce genre de romans qui vous surprennent. J’ignore quel fut le déclic, j’ignore si vous aurez le même, mais si vous laissez Amaya vous donner un peu de sa force, de sa rage de vivre malgré tout, vous ne le regretterez pas.

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