Filles uniques de Anne Loyer

Une fois n’est pas coutume, un roman d’Anne Loyer a rejoint ma bibliothèque et une fois de plus c’est une splendide lecture magnifiée par la plume de l’autrice qui cette fois-ci m’a encore plus touchée que les précédentes. Par ici retrouvez les chroniques de Bamba aux éditions du Rocher, de Izzie Nobody ou La Fille sur le toit chez Gulf Stream Editeur.

Résumé éditeur

Comme beaucoup de Chinoises de sa génération, Xinxin est fille unique et tous les espoirs de ses parents reposent sur ses épaules. Sa vie est une course à l’excellence jusqu’au jour où elle apprend que sa meilleure amie va être grande sœur. Cette annonce ouvre en elle un incompréhensible gouffre d’émotions. Lorsque Xinxin aborde le sujet avec sa famille, elle se heurte à un mur de silence et de gêne. Se pourrait-il que ses proches lui cachent quelque chose ? Elle choisit de se battre pour lever le voile sur ces non-dits et comprendre enfin ce manque qui la hante.

Mon avis

Filles uniques est un des premiers romans que je reçois des éditions Slalom dont je suis désormais partenaire (merci encore Johan), mais c’est bien l’autrice qui avait choisi de me l’envoyer et j’en suis vraiment honorée. Il y a des auteurs, des autrices dont je suis friande des récits, de ceux ou de celles qui arrivent toujours à me toucher d’une façon ou d’une autre alors que d’autres me laissent plus…indifférente ? Et je suis toujours hyper touchée et surprise quand mes propres mots que je mets sur les leur les touchent en retour, les bouleversent et parfois, même, leur donnent le sourire ou la patate pour le reste de la journée. Mais il serait peut être temps de parler de Filles Uniques non ?

Xinxin est une jeune adolescente chinoise qui, tous les jours, enfourche crinière d’Azur, son vélo qui la transporte dans tous ses états à travers la ville. Au lycée elle retrouve Xia, une autre lycéenne chinoise, elle aussi fille unique comme beaucoup d’autres de sa génération, mais dont les résultats scolaires font des envieux. Pourtant Xinxin n’éprouve pas de jalousie à son égard…jusqu’au jour où sa meilleure amie lui révèle qu’elle va devenir grande sœur. Pour cette dernière c’est une épreuve insupportable, qui la bouleverse, la met en colère au point qu’elle voudrait que cette grossesse n’arrive jamais. Pour Xinxin c’est autre chose qui vient lui pincer le cœur, comme un manque qui avait toujours été là et sur lequel elle n’avait jamais mis le doigt dessus. Et là, alors que Xia pleure de cette nouvelle arrivée dans leur foyer, un sentiment de jalousie lui étreint le cœur.

C’est ce déclencheur, et le silence absurde, choqué, qui suit ses questions pressantes à sa famille (pourquoi n’ont-ils jamais eu de deuxième enfant ? pourraient-ils l’envisager maintenant que la limite d’un enfant est levé ?, etc.) qui lui mettent la puce à l’oreille. Que s’est-il réellement passé dans sa famille ? Pourquoi sa mère semble t-elle soudain si fragile face au ressac de ses propres émotions, elle qui depuis toujours la pousse à se surpasser, à donner le meilleur d’elle même et même au delà, qui exige toujours plus. S’en suit une enquête, aussi bouleversante que troublante qui la mènera jusqu’au jour de sa naissance.

« Leurs mots étaient des fourbes, des traîtres, des lâches. Ils cherchaient à m’entraîner dans une comédie grotesque où chacun tenait un rôle pour mieux me berner. Un théâtre de faux-semblants, une pièce qui se jouait depuis si longtemps que les acteurs semblaient plus vrais que nature. Jusqu’à maintenant. Parce que maintenant je décelais les tromperies, les esquives planquées dans les répliques. »

Au delà de cette enquête qui m’aura remuer les tripes tout du long jusqu’à son dénouement final, c’est un roman qui est aussi centré sur les relations. D’abord entre Xia et Xinxin, une amitié difficile mais ô combien réaliste, tout du moins à mes yeux. Non nous ne sommes pas des meilleur.e.s ami.e.s inéluctables, quoiqu’il arrive, quoiqu’il en coûte, de temps en temps on envie, on jalouse, on se met en colère mais toujours on se retrouve et l’autre est là. On débarque à l’improviste et on déballe tout, comme un déversoir, des mots sur l’oreiller, entre nos mains liées, dans le silence d’un lit partagé, une bulle protectrice et bienvenue dans laquelle on se glisse.

« Entre ses murs blancs […] j’avais eu l’impression de me diluer dans une bulle. Hors temps et hors danger. Le rire, même en pointillé, de mon amie, la discrétion appuyée de ses parents ostracisés, le décor aux antipodes du mien, les chao miam aux mille parfum mangés entre deux oreillers, les gâteaux de lune croqués avec ardeur, les mots urgents et les confidences émues égrenées au fil des heures…tout avait contribué à me mettre en décalage. Reprendre le cours de ma vie n’en était que plus difficile. Partir, c’était sortir de cette parenthèse ouatée. »

Pourtant ce n’est pas celle-ci qui m’a le plus touchée mais bien les relations qui lient Xinxin à sa famille, sa Mama (maman) mais aussi à son Yéyé (grand-père), et sa Nainai (grand-mère). En conflit quasi perpétuel avec sa mère qu’elle n’arrive pas tout à fait à comprendre, sa relation avec son père est plus apaisée, celui-ci servant souvent de contrepoids aux exigences de sa Mama. Leurs grands parents paternels vivent avec eux et la grand mère prépare de délicieux plats traditionnels que j’aurais adoré goûter. Pourtant c’est bien celle qu’elle a avec son grand père, pleine de tendresse, de compassion et d’amour qui m’a le plus touchée. Artiste dans l’âme celui-ci retrouve le goût des encres malgré son arthrose et sa présence silencieuse l’aidera à de nombreuses reprises.

« C’était comme s’il renouait avec un bonheur oublié. Ses yeux riaient. Le redécouvrir ainsi était aussi émouvant que drôle. Il ressemblait à un vieux gamin. Un visage d’enfant sur un corps de grand-père. A le regarder courir avec maladresse derrière son dragon volant, une étrange tendresse m’est montée au cœur : à la fois joyeuse et triste. Parce que cet homme, que j’aimais tant, ne m’avait pas tout dit. Et cette impression qui tournait à la certitude avait quelque chose de poisseux. »

C’est difficile de vous parler de ce roman sans trop en dire, comme tous les romans qui parlent d’enquêtes, d’ailleurs, celle-ci jalonnant chacune des prises de décision de Xinxin, chacun de ses bouleversements, chacune de ses émotions voire même de ses rencontres. J’ai teeeellement envie de vous en parler plus ! En tout cas, bien que ce roman soit fictif, de nombreuses choses pourraient s’être produites dans la réalité. En effet, le roman aborde avec brio la politique de l’enfant unique établie par la Chine populaire jusqu’en 2015 pour enrayer la surpopulation. Sans rentrer dans les détails mais en nous fournissant un cadre clair et différents profils et histoires, Anne Loyer nous entraîne dans son sillage à la découverte de cette loi qui a transformé le visage de la Chine, détruit des centaines de familles et tué des milliers de petites filles. Un dépaysement renforcé par les paysages de Pékin, les saveurs traditionnels et les expressions chinoises qui jalonnent les pages.

En résumé

Filles uniques est un roman coup de cœur qui ne ménage pas les émotions de son lecteur. En suivant Xinxin au cœur d’un secret de famille douloureux et poignant, nous ferons la connaissance d’une jeune adolescente pleine de rage et d’envies, d’un grand-père qui a su garder son âme d’enfant et d’une situation sociale bouleversante et injuste, la politique de l’enfant unique. A travers le portrait de cette adolescente en plein émoi, c’est sans aucun doute celui d’une partie de la Chine qu’Anne Loyer met en scène, entre tradition et renouveau, en lui insufflant la justesse et les sentiments qui font de ses mots une plume remarquable et poétique.

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