Izzie Nobody de Anne Loyer

Anne Loyer est une autrice que je suis depuis quelques temps avec notamment un gros coup de cœur pour son roman La Fille sur le toit chez GSE ou encore Bamba aux éditions du Rocher. Cette fois-ci dans son actualité littéraire ce sont deux romans qui sont sortis quasi en même temps et j’ai eu la surprise de les recevoir en services de presse. Par qui ? Pourquoi ? Cela n’a pas trop d’importance parce que je suis toujours heureuse de lire ses romans. Je trouve qu’elle arrive toujours à dépeindre des relations et des personnages réalistes, en adéquation avec notre époque. Parfois j’aime les personnages loufoques mais chez elle, c’est la justesse que j’admire parce que je pense que ça ne peut que parler aux adolescents. Reste à leur mettre entre les mains, et j’espère que cette chronique les y aidera.

Résumé éditeur

Izzie vient des quartiers populaires. Elle est intelligente, ça oui. C’est même pour cette raison qu’elle a intégré le très côté lycée Saint Exupéry. Sa mère en est tellement fière que ça en devient gênant… mais Izzie aimerait bien que cet enthousiasme soit partagé par les élèves qu’elle côtoie à présent. Ils l’ont appelée Nobody. Izzie Nobody. Ça sonne bien, hein ? A part ça ils ne sont pas fgranchement hostiles. Non. Juste indifférents. En fait, dans son nouveau lycée, Izzie n’existe pour personne. Pour personne ? Pas tout à fait. Il y a ce drôle de garçon, là, avec un prénom d’ancêtre : Gustave ! Lui aussi est un Nobody. Un premier point commun ?

Mon avis

Izzie vit dans un vingt mètres carré à tout casser avec sa mère qui hurle pourtant tous les jours pour l’appeler au lieu de simplement ouvrir la porte. Dès le départ la relation entre elles m’a paru très réaliste. Il y a beaucoup de tendresse, d’amour, et on sent que la mère veut le meilleur pour sa fille au point d’en devenir peut être étouffante, lui fixant des objectifs peut être intenable. Comme rentrer dans ce lycée, Saint Ex’. Finir avec dix neuf de moyenne lui a permis d’obtenir une place dans ce grand lycée côté, auprès des « filles et fils de ». D’ailleurs, au premier jour d’école, elle sait à quoi s’en tenir : ils ne viennent pas du même univers. Pas les mêmes fringues, pas les mêmes chaussures pas le même humour. Tout est étrange et étranger, et j’ai trouvé que cette distance, cette aspect presque hallucinant était très bien retranscrit par l’autrice. Dès le départ, Izzie devient une Nobody, personne, quelqu’un que l’on ne voit pas, qui n’existe pas et j’ai trouvé ça assez juste et différent aussi de ce qu’on a l’habitude de voir dans la littérature adolescente contemporaine. Non, tout le monde ne se fait pas harceler h24. Bien sûr qu’il y en a, bien sûr que c’est grave, bien sûr qu’il faut en parler. Mais parfois la souffrance au lycée ou au collège ne passe pas forcément que par là. Parfois c’est simplement l’impression d’être seul.e tout le temps, d’être trop différent.e, pas assez à la hauteur, qui peut nous blesser très profondément. Et c’est plutôt ce prisme là qu’Anne Loyer a choisi.

Heureusement Izzie ne se laisse pas faire. Peut être est-ce parce qu’elle vient des banlieues, peut être est-ce son passé et son histoire difficile avec son père, mais Izzie a un sacré caractère. Et ça me l’a rendu aussitôt hyper sympathique. Non on a pas toujours besoin d’avoir des adolescents mal dans sa peau pour s’attacher à eux, bien au contraire ! Parfois c’est leur force, leur motivation, et leurs envies qui vont pouvoir aider les adolescents qui peut être liront ce livre. En tout cas moi, il a presque eu un effet thérapeutique ^^ D’ailleurs Izzie n’est pas le seul personnage auquel le roman s’intéresse. Il y a Pénélope, celle qui la surnommait Nobody, dont l’image de pétasse se floute à mesure qu’on apprend ce qui se cache sous la glace. Il y a Gustave, l’étrange Gus avec sa façon bizarre de toujours regarder sur les lèvres, de se mettre au premier rang et d’être un Nobody, lui aussi. Il y a la Mouette, une étrange bonne femme au rire urticant, quasi horrifique, mais qui pourtant soulage incroyablement notre univers, lui donne un côté étrange et fantasque. Il y a la maman d’Izzie aussi, qui parle toujours énormément pour remplir les silences que son mari lui renvoie. Et il y a son père, quasi absent, comme transparent, envolé de leur vie.

Parce que, ce que j’aime dans les romans d’Anne Loyer, au delà de ses personnages, et de son écriture, simple, fluide, parfaite pour les romans adolescents, ce que j’aime c’est la façon dont, en quelques pages elle arrive à nous tisser une vie avec un passé, un présent et parfois même un futur pour chaque personnage. Aucun ne paraît lisse parce que chacun a été mûrement réfléchi, construit couche après couche, strate après strate. Et pourtant, si chacun est différent, on arrive aussi à leur trouver des points communs, même entre la riche et la moins riche, la fille et de la garçon, entre les mamans même d’un monde différent. Tout n’est pas tout rose dans ce roman, loin de là, et si la couverture arbore des gouttes de pluie c’est aussi sans doute en regard de la mélancolie et de la dureté qui s’en dégage parfois à travers l’histoire de Gus mais aussi celle du père d’Izzie. J’ai d’ailleurs beaucoup aimé aussi la façon dont celle-ci prend fin, entre résolution, sentiment de liberté mais aussi toujours au fond, enfouie, une minuscule note d’espoir qui restera là, humaine.

En résumé

Izzie Nobody est un roman génial une fois de plus servi par la plume d’Anne Loyer. L’autrice se sert avec brio des clichés véhiculés par nos sociétés pour mieux les déconstruire et y découvrir, tout au fond, des points communs : la solitude, la tendresse, l’absence, la mémoire. Autant de sujets qu’elle aborde avec brio à travers des personnages bien campés et profonds, et une héroïne au caractère bien trempé qui ne se laisse pas marcher sur les pieds et apprend à voir au delà des apparences. Un roman court, où il n’est pas question de harcèlement mais de pouvoir devenir quelqu’un dans un monde où l’on est personne.

Un commentaire sur “Izzie Nobody de Anne Loyer

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  1. Merci infiniment pour cette chronique si sensible, qui décrypte si bien tout ce que j’ai voulu faire passer dans mon texte et à travers Izzie ! Vos mots me touchent en plein coeur !

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