La maison qui parcourait le monde de Sophie Anderson

Je crois qu’en le choisissant je n’avais même pas lu le résumé. Je m’étais arrêtée à l’objet livre et à l’éditeur : l’école des loisirs. Parfois cela suffit, et cela prouve aussi la qualité indéniable de leur ligne éditoriale. La beauté de l’ouvrage n’eut rien à envier à la beauté du texte, tantôt dramatique tantôt plein d’une poésie sensible.

Résumé éditeur

Tout ce que veut Marinka, 12 ans, c’est un ami. Un véritable ami. Pas comme sa maison aux pattes de poulet. Bien sûr, la maison peut jouer à chat ou à cache-cache, mais Marinka voudrait un compagnon humain. Quelqu’un à qui elle pourrait parler, et avec qui elle pourrait partager des secrets. Mais c’est difficile quand votre grand-mère est une Yaga, une gardienne qui guide les morts dans l’au-delà. C’est encore plus difficile quand vous vivez dans une maison qui parcourt le monde, vous emportant avec elle. Pire encore : Marinka est formée pour devenir Yaga. Cela signifie pas d’école, pas de fêtes ni de camarades de jeu. Alors, quand Marinka tombe sur l’occasion de se faire un véritable ami, elle n’hésite pas à enfreindre toutes les règles… même si cela implique un dangereux voyage dans l’au-delà.

Mon avis

Comment faire pour vous accrocher à un lieu quand votre maison, sans cesse, déménage sur ses pattes de poulet ? Le déracinement est une expérience que j’ai que peu vécue, je me suis fait des amis, dès l’enfance, qui le sont restés, j’ai fini par trouver des petits coins à moi dans mon collège, mon lycée, ma ville, mon jardin. Je me suis ancrée dans le paysage tant et si bien que, lorsque je rentre chez moi, je prends une grande inspiration, plein poumon, et tout rentre à l’intérieur de moi : odeurs, souvenirs, enfance. Marinka, elle, ne connaît pas cette chance, et ce depuis toujours. Enfermée avec sa Baba dans sa maison avec interdiction de franchir la clôture que la maison les transporte dans le désert, les montagnes ou à la mer. Et jusqu’à présent elle s’y était tenue. Mais elle est désormais adolescente, ne connaît rien du monde, et surtout, rien des Vivants. Parce que Marinka sera la prochaine Yaga, la prochaine gardienne de la Porte, passeuse des morts. Et si les morts ne passent pas, c’est tout le fragile équilibre des Yagas qui sera menacé.

Mais les enfants sont têtus n’est-ce pas ? Et curieux aussi. Curieux des lumières de la ville, curieux des gens qui les entourent, curieux de tout ce qui est différent et pour Marinka, TOUT est différent de sa Baba, de leurs mets traditionnels (kasha, kissel et autres chebakia), de sa maison qui grince, tremble, réagit en plissant ses fenêtres. Ce qui nous apparaît extraordinaire en tant que lecteur, devient progressivement étouffant pour la jeune fille qui finit par désobéir, franchir la porte et se faire des amis. Je ne vous dirais pas quelles conséquences cela aura pour elle, les Yagas, sa grand mère ou la Maison, je vous laisse le découvrir. Au delà du personnage de Marinka, c’est aussi, et surtout, le sujet de la mort que l’on aborde.

La mort du point de vue magique d’un côté, lorsque la grand mère se met à jouer de la balalaïka, accueille les morts avec du kvass et les écoute, poliment, avec attention, additionnant leur vie à la sienne et cela semble si reposant, si calme, si doux. C’est un des aspects de la Baba Yaga que l’on connaît moins des contes et du folklore russe. Pourtant la grand mère de Marinka conserve l’apparence des Yagas décrites dans les contes : une vieille femme aux cheveux gris, le nez et le menton plein de verrues. En tout cas j’ai trouvé que cette description de la mort, sans verser réellement dans aucune religion, avait quelque chose de paisible qui pouvait peut être permettre à un enfant de moins l’appréhender. Et puis nous vivons d’un autre côté une perte douloureuse qui incitera Marinka à passer par toutes les étapes du deuil : déni, colère, manque…

Son regard d’enfant, mais aussi de personne isolée, ouvre une autre porte sur nos sociétés, nos capacités à grandir, nous réinventer. Sa candeur la rend parfois trop naïve et elle devra passer par de multiples déceptions mais aussi par de grands ravissements comme une amitié tendre quoiqu’un peu édulcorée selon moi.

En résumé

La Maison qui parcourait le monde est une belle écriture du folklore russe et plus particulièrement sur la figure de la Baba Yaga, cette sorcière populaire. S’il manque peut être un peu d’ambition avec un récit assez linéaire, il offre aux jeunes lecteurs une vision de la mort et de la vie dans des teintes de gris plutôt qu’en noir et blanc ce qui le rend d’autant plus juste et touchant. De plus, les multiples références aux mets russes, la maison aux pattes de poulet et les steppes où se réunissent les Yagas nous font littéralement voyager et en cette période c’est plus que bienvenue

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