L’infinuit de Ross Mackenzie

Encore un grand merci aux éditions Auzou pour m’avoir envoyé ces épreuves non corrigées dont la couverture est déjà sublime. Pour avoir eu l’occasion de la voir en vrai en librairie il y a quelques jours je vous assure que l’objet livre est magnifique, à l’image du reste de leurs grands romans, avec des dorures qui réhaussent le tout ❤ Mais puisque l’objet livre ne fait pas tout, place maintenant à la chronique 😉

Mon résumé

Il y a de nombreuses années déjà, l’Infinuit avait été libérée, et il avait fallu le courage d’un groupe de sorcier pour l’enfermer bien loin des terres de Mages-du-Ponant. Mais Mme Hester, la Mage associée au Roi d’Argent depuis plus de quatre cents ans, n’est pas prête à la laisser dormir en paix. Qui pourra s’opposer à elle, une fois qu’elle aura récupérer le Dernier Sort capable de contrôler l’Infinuit ? Certainement pas la Confrérie des Mages de la Fatalité dont les membres ont été décimés un à un par Jack d’Ombre, un djinn obéissant au bon vouloir de sa maîtresse. Mais peut-être suffirait-il d’une étincelle de lumière, de la dernière descendante capable d’activer le pouvoir du Dernier Sort pour sauver le reste de l’humanité de l’Infinuit. Loin de ces considérations magiques, crapahutant dans les égouts de la ville à la recherche d’objets à revendre, Larabelle Goupil tombe sur une boîte gravée à l’intérieur de laquelle un oiseau mécanique ouvre des yeux étincelants.

Mon avis

L’infinuit de Ross MacKenzie est un conte délicieusement ténébreux où personne n’est épargné. Premier volume d’une trilogie de fantasy jeunesse, il nous embarque avec brio dans un monde magique et envoûtant, où la puanteur des bidonvilles côtoie la beauté des fioles de sortilège. Pourtant, dans ce monde ci, les mages ne sont guère plus que des marionnettes. A la solde de Mme Hester qui leur enlève leur âme dès le plus jeune âge, les voilà dociles, prisonniers obéissants de la femme la plus puissante du Royaume. Mais ses pouvoirs déclinent, et les Mages Blancs sont de plus en plus nombreux à garder des petits morceaux d’âme leur laissant entrevoir la liberté, et l’envie de vivre autrement. C’est pour contrer son pouvoir allant s’amoindrissant que Mme Hester décide, avec l’aide de Jack d’Ombre, un djinn à sa solde, de libérer l’Infinuit.

D’un autre côté nous suivons les aventures de Lara, diminutif de Larabelle Goupil, une jeune voleuse des bidonvilles, orpheline ayant fugué pour devenir la Meilleure Glaneuse d’Argent. Il faut dire qu’avec son agilité, sa vivacité d’esprit et son sens de la répartie, Lara est une dure à cuir. Chapardant dans les égouts entre deux marées, elle connaît chaque recoin comme sa poche, chaque petit coude où trouver des pièces, objets ou bijoux coincés. Et depuis peu, elle protège aussi le jeune Joe Petitpied et sa mémé malade dont les souvenirs s’échappent un à un. Émouvante, touchante pour sa naïveté, la jeune fille est pourtant entourée d’un mystère et d’une magie de plus en plus palpable. Pourquoi l’entend t-elle chanter ? Pourquoi d’un coup les fioles de sortilège s’illuminent-elles autour d’elle ? Pourquoi des rats ont-ils foncé sur la bande de ce gamin des rues, Coton, quand elle était dans une mauvaise passe ? Son médaillon accroché autour du cou, la tête rempli de questions, c’est une foule de dangers et de réponses qui se bousculeront bientôt à sa porte.

Bien qu’étant un roman jeunesse, accessible dès 11 / 12 ans, L’infinuit n’en reste pas moins un premier volume sombre et un peu violent, alors que le sortilège mange étoiles, lune et soleil, et que le djinn dévore l’âme des enfants. On retrouve des figures monstrueuses propres au folklore occidental et aux peurs ancestrales que nous connaissons tous à un moment ou un autre de notre vie, notamment la peur du noir, du vide, etc. Oscillant entre Harry Potter (sorcellerie, confrérie, sociétés secrètes), et Magical Doremi (les baguettes de boules magiques qui fonctionnent comme des « pistolets » m’y ont fait penser), il déploie aussi son propre univers avec des pêcheurs de fils de lune, et l’Arbre-Mère, sorte de maisons pour tous les Mages du Ponant dont on tire également les baguettes des mages. Tout est instillé au fur et à mesure pour laisser au jeune lecteur le soin de se plonger petit à petit dans ce monde poétique mais néanmoins violent. J’ai trouvé que cette dernière était d’ailleurs justement dosée par rapport à l’âge de son lectorat : présente mais sans être sanguinolente, beaucoup de choses sont laissées à la libre imagination du lecteur.

Si la fin reste attendue et un brin précipitée, il y a tout de même de beaux messages véhiculés tout le long du roman notamment en ce qui concerne les inégalités sociales, l’esclavage, et les différentes situations peu enviables de nos personnages. Certaines situations sont acceptées un peu trop facilement à mon sens et on dirait que les enfants ne subissent pas de véritables chocs par rapport à ce qu’ils vivent, comme si certaines choses étaient normales et j’ai été un peu déstabilisée par ce manque, mais je comprends aussi que l’auteur fasse le choix de ne pas s’appesantir sur certaines choses pour mieux laisser filer son histoire. On pourrait également relever un certain manichéisme des personnages comme Mme Hester que l’on ne comprend pas trop ou encore le roi d’Argent qui semble aussi bête que cruel ; mais aussi les autres protagonistes qui sont finalement tous bons et gentils comme Lara, Joe, la Mémé, Bernie, Magnus… Mais deux figures viennent contrebalancer cet aspect : Hans, le boutiquier qui rachète les trouvailles des Glaneurs, et Jack d’Ombre, le djinn. Je vous laisse vous faire l’interprète de leur comportement mais pour moi ce sont ceux qui semblent les plus réalistes. Lara aussi s’en rapproche vers la fin du volume.

En résumé

L’Infinuit est roman de fantasy jeunesse réussi, oscillant avec brio entre Harry Potter et Magical Doremi, avec juste ce qu’il faut de différences pour en faire un récit riche et dense à la fois. Si la résolution de l’intrigue paraît un peu trop rapide, il n’en reste pas moins que l’auteur a su déployer un univers poétique où la magie et les pêcheurs de lune ont toute leur place tout en donnant aux jeunes lecteurs des clés pour identifier des injustices sociales et les inégalités. Le premier volume d’une trilogie qui peut se lire comme un one shot !

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