Songe à la douceur de Clémentine Beauvais

Après le fabuleux Âge Tendre lu il y a peu je me suis ouverte peu à peu à l’idée de lire l’autrice phare des éditions Sarbacane : Clémentine Beauvais. Autrice de talent, traductrice de brio (inutile de vous préciser que j’ai pleuré sur Inséprables de Sarah Crossan), Clémentine est à la littérature adolescente française ce que J.K. Rowling est à l’anglaise, une petite reine. Alors bon, je plaçais peut être Songe à la douceur sur un petit nuage bien trop haut comme on place tous les romans que tous les autres aiment. Un peu comme tout le monde a placé Harry Potter sur un piédestal alors que si je loue son univers, je déteste l’écriture de JK. No comment.

Résumé éditeur

Quand Tatiana rencontre Eugène, elle a 14 ans, il en a 17 ; c’est l’été, et il n’a rien d’autre à faire que de lui parler. Il est sûr de lui, charmant et plein d’ennui, et elle timide, idéaliste et romantique. Inévitablement, elle tombe amoureuse, et lui, semblerait-il, aussi. Alors elle lui écrit une lettre ; il la rejette, pour de mauvaises raisons peut-être. Et puis un drame les sépare pour de bon. Dix ans plus tard, ils se retrouvent par hasard. Tatiana s’est affirmée, elle est mûre et confiante ; Eugène s’aperçoit, maintenant, qu’il ne peut plus vivre loin d’elle. Mais est-ce qu’elle veut encore de lui ?
Songe à la douceur, c’est l’histoire de ces deux histoires d’amour absolu et déphasé – l’un adolescent, l’autre jeune adulte – et de ce que dix ans, à ce moment-là d’une vie, peuvent changer. Une double histoire d’amour inspirée des deux Eugène Onéguine de Pouchkine et de Tchaïkovski – et donc écrite en vers, pour en garder la poésie

Mon avis

On ne devrait jamais lire un livre de façon morcelée, on devrait toujours les avaler, les engloutir par pleines poignées de pages, s’en faire des manteaux, des oreillers de plumes et de vers et s’endormir le sourire aux lèvres. Ou alors les déguster de plein gré, par petite bouchée habiles, décorées de mots pâtisseries. Or, Songe à la douceur a souvent été plus une frustration qu’une lecture engloutissement, lu entre deux repas de famille, deux retouches de maquillage, deux chargements de jeux vidéos, deux soirées. Toujours entre deux. Peut-on s’étonner alors que mes sentiment soient eux aussi entre deux ?

Partons déjà sur la base : je n’aime pas les histoires d’amour dans les romans. Ou pas les histoires d’amour contemporaines. J’aime celles grandiloquentes, épiques, qui donnent lieu à des guerres et des sanglots, avouons le j’aime pleurer, et globalement quand l’amour survit à des combats impossibles. J’aime les tragédies grecques. Sauf que là c’est davantage une adaptation russe qu’une adaptation grecque et si Clémentine n’y avait pas insufflé rythme et drôlerie, je m’y serais sans doute ennuyée. Parce que c’est bien là le point fort de ce récit qui ne raconte finalement pas grand chose d’autre qu’une histoire d’amour avortée, qu’un regard dix ans après, qu’une passion ravivée par miracle ou tout simplement par le jeu du destin, très farceur : la drôlerie de la narratrice.

Parce que si Eugène et Tatiana sont les personnages principaux de ce récit contemporain, c’est bien la « voix » de la narratrice, sorte de voix off qui vient briser le quatrième mur pour nous livrer les secrets, les coulisses, les conversations enfouies, toutes celles que l’on tient tous les jours avec nos voix intérieures sans jamais rien en dire à personne. Imaginez qu’elle fasse maintenant le récit de votre existence, délicieusement piquante, un brin agaçante et cynique, jetant sur toute cette histoire un vent d’humour et de fraîcheur qui fait du bien, qui déride. Il y avait déjà dans Âge Tendre ce genre de remarques ironiques qui venaient ponctuer le récit et lui donner une certaine tessiture.

L’histoire ne m’a donc à priori pas touchée. L’histoire de ces deux jeunes gens qui se retrouvent, tous deux changés, tous deux mûris, avec au fond toujours des désirs adolescents, leurs petits eux plus jeunes qui restent gravés de tout ce qu’ils ont vécu d’idiot et de grand, de profond et d’exaltant. De ces deux là qui se retrouvent dix ans plus tard par le plus grand des hasards, qui ne s’aiment pas, ou alors qui s’aiment profondément, qui s’oublient et se rappellent, qui se tiennent finalement comme deux égarés dans la nuit noire sans jamais s’appartenir, sans jamais se donner. Par peur, par souvenir, par douleur, par passion, par désir. Elle m’a laissée un peu de marbre, sans que je ne m’attache, sans que je ne frissonne, sans que je ne ressente grand chose finalement.

Non ce qui m’a le plus plu c’est l’écriture de Clémentine Beauvais, son rythme en vers, ses petites brisures, ses petites phrases cassées, écorchées, comme privées de fin ou de début mais qui donnent tout leur sens et leur grandiloquence au récit. Et puis les fulgurances poétiques aussi, les petites phrases qui t’interpellent : « et il lui faut avouer qu’elle picote, cette absence comme une petite plaie ouverte dans la peau du monde » / « c’est frêle, ces jeunes personnes tellement éblouies par le jour qu’elles ne sont pas apprêtées pour la nuit ». Et puis j’ai dû lire au moins la moitié du roman à haute voix. Je ne le fais pas souvent, je lis quelques passages qui me plaisent à mon compagnon, mais je trouvais qu’il y avait une sorte de théâtralité, de joute verbale qui trouvent toute leur place dans la sonorité, dans les mots prononcés, dans les intonations. La lecture, d’ailleurs, me semblait presque plus fluide ainsi, moins hâchée.

En résumé

Songe à la douceur est un roman étrange, qui se veut tendre et drôle mais qui n’aura pas su tout à fait me convaincre. L’histoire de ces deux jeunes gens qui se retrouvent, de cet hiver sur Paris, de tout ce qu’ils disent et tout ce qu’ils taisent n’aurait toutefois pas eu la même saveur sans l’écriture délicieusement ironique de Clémentine Beauvais et son rythme en vers que j’ai souvent déclamé pour donner des bouts de poésie aux silences.

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