Malamour de Rémi Giordano

Malamour. Ce roman avait le titre d’une chanson de Barbara Pravi. Une chanson que j’adore. Une chanson qui dit beaucoup beaucoup de choses avec énormément de poésie, d’image, « j’ai le malamour, le malamour. C’est un amour aveugle et sourd qui blesse« . Et puis Ottoromanzi sur son compte instagram l’avait recommandé. Soi disant que si j’aimais Joanne Richoux j’aimerais Malamour. Et moi, Joanne, je l’aime d’amour, c’est celle qui a écrit Toffee Darling, Les Collisions, Désaccordée, Orageuse, PLS. Qui écrit des maux à vif et des écorchures aux milles senteurs. Malamour en a aussi le parfum mais les notes en sont différentes, toutes aussi attrayantes.

Résumé éditeur

Lors d’une fête de fin d’année organisée par un camarade de classe, Oscar aurait été victime d’une agression. Et s’il a grièvement blessé Olivier au visage ce soir-là, ce ne serait que par légitime défense… Mais Olivier, lui, raconte une tout autre histoire.
À sa tante, à ses nouveaux amis, au psychologue, Oscar donne différentes versions des faits. Petit à petit, les pièces du puzzle s’assemblent et dessinent l’histoire d’un garçon sensible, solitaire, mal dans sa peau, qui ment à tout le monde, et surtout à lui-même. Alors que s’est-il réellement passé ce fameux soir ?

Mon avis

Pourquoi ment-on ? Pour cacher la vérité me direz-vous. Mais la cacher à qui ? Pourquoi ? De qui ? Que nous rapporte le mensonge, que nous enlève t-il ? Peut-il aussi bien nous sauver qu’il peut nous enliser ? Peut-il être protecteur sans être bourreau ? Parce que le mensonge a aussi ses facettes, ses tranchants, ses douceurs. Oscar ment. On le sait, dès le début du roman, comme une petite révélation pour mieux nous enferrer, nous intriguer, nous interroger. Pourquoi ment-il ? On le devine, aux détours de phrases, de regards baissés, de souvenirs diffus. On le devine à ses terreurs et à l’odeur cuivrée, métallique, qui vient s’inviter dans ses songes. A qui ment-il ? A ses parents, à la justice, à ses nouveaux voisins, mais surtout à lui même.

« Le soleil au dehors écrase le décor. Je me dis qu’il n’y a rien de pire que de souffrir par un temps pareil. Il n’y a pas une ombre où se cacher ».

C’est amusant de voir comment ce roman a pu me parler. Lorsque j’étais plus jeune et pour une grosse partie de mon adolescence j’ai inventé mensonge sur mensonge. Pour embellir ma vie, la rendre plus intéressante, me rendre plus intéressante. Au lieu de cela on se cache sous des faux semblants, des parodies, des actes mélodramatiques. On s’invente des mal êtres pour cacher la solitude, je m’inventais des histoires pour rendre la réalité plus belle qu’elle ne l’était… mais plus fausse aussi. Alors oui Oscar je l’ai compris. Comme on comprend quelqu’un qui vit en partie ce que tu vis. Avec ses tripes, ses émotions et ses souvenirs. Alors bien sûr que mon avis est complètement biaisée. Et puis on s’en détache, pour tout ce qui diffère. La violence d’une part. La honte d’autre part. Oscar a vécu quelque chose. Un truc traumatisant. Et on ne sait pas pendant longtemps qui a frappé le premier, pourquoi, comment. Et il faudra bien une tante précautionneuse, l’air de l’Alsace, une horloge impromptue et des voisins un brin délurés pour qu’Oscar parvienne enfin à ouvrir les yeux sur ce qu’il a fait. Et surtout sur qui il est.

Ah les romans à suspense. Comme on aimerait en parler des heures tout en s’en sachant incapable sous peine de « spoiler spoiler spoiler ». Argh. Sachez toutefois que ce suspense est étrange. Étrange parce qu’on SAIT, nous, lecteurs ce qui arrive à Oscar. Et on s’arrache les cheveux en attendant qu’il ouvre les yeux alors que c’est lui même qui nous a donné toutes les clés. C’est peut-être cette facette là du roman qui peut dérouter. En dehors de cela, il est remarquablement bien construit et aborde des choses très différentes les unes des autres centrées autour de l’adolescence. L’adolescent mélodramatique. L’adolescent et ses tourments si puissants et si délirants. L’adolescent et ses amours bien sûr. Ses malamours si foudroyants, pétillants, déchirants. C’est marrant comme ce mot peut sonner tendrement, non ?

« Moi je n’ai pas de parfum, je crois même que je n’ai pas d’odeur.
Je n’ai pas d’histoire. Je n’ai pas de promesse. »

On en vient aux parfums. Les parfums qui m’ont irrémédiablement penser aux romans de Joanne Richoux et ses odeurs, ses senteurs toujours si vives et qui me forcent à inspirer par le nez, à plein poumons, pour me nourrir de l’intérieur. Parce qu’Oscar son truc à lui, ce sont les parfums. Tous les parfums. Celui de Margot la jeune voisine, riche de promesse, celui de Jonas, son frère, frais d’aventure, celui de sa tante, un peu terreux, presqu’un peu malade, comme nécrosé par son cancer. Mais lui n’en a pas. Il ne peut pas se sentir. N’y arrive pas. Alors il amasse les odeurs dans un carnet, en construit des parfums, se sent ridicule à rêver d’être nez, ces professionnels qui peuvent dénombrer toutes les notes des Guerlain, Yves Saint-Laurent et autres. Tout comme il se sent ridicule et gauche dans son corps.

Vous voyez comme tout s’imbrique ? Implacablement liés dans cette chronique ? C’est exactement le cas dans ce roman. Il y a Oscar, Pénélope, Olivier, Margot, Jonas, et tous sont implacablement liés, dans leurs passions refoulés, dans leurs malamours, dans leurs secrets et leurs mensonges. Et au bout du chemin, une certaine forme de rédemption…mais surtout de l’acceptation.

En résumé

Malamour est une bouteille de parfum grande ouverte dans laquelle il est aisé de plonger. Ce roman m’a fait penser à cela, un grand parfum, qui nous ramène à l’adolescence, à nos propres mensonges, à nos propres maladresses, à nos malamours. Un parfum maîtrisé et profond, une note de mélodrame, un soupçon de violence, celle des mots et celle que l’on inflige. Une délicieuse fragrance qui cache un joli coup de coeur.

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