L’héritage du Rail de Morgan of Glencoe

Mais quel plaisir de retrouver la plume de Morgan Of Glencoe ! Je n’ai pas pu résister à une petite relecture du premier volume dont je gardais un souvenir très fort (et ma relecture le fut tout autant puisque, bien que m’attendant à sa fin tragique, j’ai tout de même laissé filtrer mes émotions et mes larmes pour la seconde fois) et j’ai directement enchaîné sur ce second volume qui nous ramène directement dans les souterrains afin de nous envoler pour le Rail.

Résumé

Après les tragiques événements du premier volume, et cette fin amère, Yuri est ramenée de force dans sa belle cage dorée sans avoir le temps d’ouvrir la bouche pour vomir son dégoût. Bien décidée cependant à recouvrer la liberté qu’elle a découverte et chéri auprès des Rats, les gens des égouts, la jeune princesse organise déjà un plan de fuite loin de la cour dorée de France. C’est sur le Rail qu’elle trouvera refuge mais entre fuir et se mettre en quête de son destin, l’ancienne dauphine de France va devoir choisir.

Mon avis

Si le premier volume s’intéressait de près aux Rats, aux égouts de Paris et à leur peuple, joyeux mélange de fées et d’humains, le second se penche sur le Rail, cette ligne de transports transcontinental dont la Rame 5 est dirigée par la Capitaine Trente Chêne. Nous en avions eu quelques échos dans le premier volume à travers le personnage de Ren, Spectrale médecin ayant été chargé de sauver Yuri, Alcyone, son frère, et d’autres petites Fourmis (surnom donné aux cheminots). Le roman s’ouvre sur un deuil, le deuil de toutes les fées mortes dans le premier volume. Un épisode douloureux qui m’a tiré quelques larmes, d’autant plus que ma lecture du premier tome était proche, mais aussi et surtout, parce que l’écriture de Morgan a ce pouvoir là. Le pouvoir de toucher notre corde sensible. C’est amusant parce qu’il est beaucoup question de musique, de rythme et de chant dans cette saga, et c’est quelque chose qui colle parfaitement à l’autrice, musicienne, mais aussi à l’univers créé qui fait résonner de drôles de choses, à commencer par la voix des femmes et celle des oubliés.

Des femmes il en est question dans ce roman. De Yuri pour commencer, dont on suit avec délectation l’évolution. De Bran, notre petite Selkie sombre et si sensible. De Levana, la lieutenante de Ryuzaki, chargé de la protection de l’héroïne. Levana qui m’aura beaucoup surprise par sa dualité, d’ailleurs, dont l’autrice arrive si bien à jouer. De Mona, la mère de Yuri dont on commence enfin à deviner les traits, la force de caractère, et sa détermination. De la Capitaine Trente Chêne également, la cheffe des Fourmis, un peu taciturne et accro au whisky vingt cinq ans d’âge. Deux autres font leur révélation avec Gabrielle, Reine de France, mais aussi vieille amie de Sir Edward, et dont nous avions deviné les blessures dans le premier volume ; et sa dame de compagnie, Aliénor, qui compte bien se tailler le chemin qui lui fut autrefois arracher, approchant de plus en plus les sphères de pouvoir. Des portraits de femmes fortes, au destin exceptionnel mais auto déterminé, des portraits sensibles aussi, où l’on devine les fêlures sous la carapace sans que jamais ce ne soit un obstacle.

A chaque personnage sa subtilité et il en va de même pour les hommes. Ryuzaki par exemple, si droit dans ses devoirs, ou Nekohaima Kenzô, le père de Yuri, que l’on voit brisé auprès de Nedo et qui abandonne son masque pour secourir la seule amie qui lui reste. Taliesin, si mystérieux, et dont j’ai désespérément envie d’en savoir plus. Ren, bien sûr, bien qu’il me semble être le personnage le plus « cliché », tellement « doux », calme et généreux… Alcyone, Pyro, et tant d’autres. Dont Louis-Philippe, le roi de France, qui rêve de grandeur, d’unir son peuple, et de détruire ceux qui menacent son règne. Un personnage qui m’effraie et que je vois déjà bousculer les chants du monde. Cela vous paraît peut être beaucoup, voire trop et pourtant, dans ce roman choral, où chaque personnage suit sa voix / voie, il semble que tous soient parfaitement à leur place, exceptionnellement bien calibrés, remarquablement incarnés.

Si Dans l’Ombre de Paris m’avait fortement marqué par sa fin, si douloureuse, L’Héritage du Rail n’en reste pas moins émotionnellement touchant. Bien loin de l’épique et du drame, il explore les psychologies des personnages, fouille les passés, déterre les souvenirs et continue de tracer les lignes parallèles de la destinée. Plus dense, mais peut être aussi un peu mieux équilibré, on alterne brillamment les passages d’introspection, et les actions. Mon seul petit bémol a été que j’ai eu l’impression que le personnage de Levana se répétait, mais ça concerne une infime partie de ce volume.

L’ensemble se complexifie d’ailleurs avec notamment la précision des enjeux politiques du Rail et de l’indépendance de Keltia, les ambitions de Louis Philippe qui viennent assombrir le tableau, des histoires de malédiction dont on ne comprend pas encore tous les tenants et aboutissants, et bien entendu le mystère qui plane autour des Bardes et de notre petite Selkie, immortelle mais pas invulnérable.

En résumé

Morgan of Glencoe continue sa magnifique lancée en nous contant une Geste aux confluences des mythologies de notre monde, mélangeant avec brio malédictions japonaises et l’accent des chansons bretonnes. Entre drames, émotions, actions, politique et révélations, ce second volume nous entraîne à toute vitesse sur le Rail de l’Orient Express dans un joyeux mélange d’uchronie, de magie et de technologie. Amis lecteurs, amies lectrices, venez voyager dans ces romans qui résonnent si bien dans le chant de l’Univers ! ❤

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