Résistance de Samira Ahmed

Résistance est un roman paru dans la collection Big Bang des éditions Bragelonne et que j’ai reçu dans le cadre de mon partenariat avec cette maison d’édition. Chacune de mes lectures chez eux fut excellente ! Celle-ci fut un peu plus mitigée mais demeure une excellente lecture pour tous un tas de raisons. Allez c’est parti !

Résumé éditeur

La résistance se construit sur l’espoir
Deux ans et demi depuis l’élection. Un an depuis que nos réponses sur le formulaire du recensement nous ont valu d’être indexés. Neuf mois depuis le premier autodafé. Un mois depuis que le Président des États-Unis a déclaré que « les musulmans constituaient une menace pour l’Amérique ».
Dans un avenir effroyablement proche, Layla Ami – 17 ans – et ses parents sont arrachés à leur foyer et déportés dans un camp de détention pour musulmans américains dans le désert de Californie. Avec l’aide d’amis d’infortune, eux aussi piégés derrière les barbelés, de son petit ami resté à l’extérieur, et d’alliés inattendus, Layla entame un chemin de lutte pour la liberté et mène la révolte contre le directeur du camp et ses gardiens.

Mon avis

Le roman s’ouvre un peu à la manière de La Servante Ecarlate de Margaret Atwood, d’ailleurs il me l’a rappelé à certains moments. Par exemple on sait que Margaret s’est inspiré de faits qui s’étaient déjà produits dans l’Histoire pour écrire son livre ainsi que le fait Samira Ahmed pour écrire le sien. Cependant Résistance résonne davantage dans notre actualité, l’autrice allant même jusqu’à dire qu’il se situe « un quart d’heure » après notre temps. Notre XXIe siècle qui ne fait que répéter les erreurs passées. A travers le regard de Layla, les camps de concentration nazis et les camps d’incarcération des japonais pendant la seconde guerre mondiale ne nous semblent plus si loin. Les camps à l’entrée de nos frontières européennes et américaines paraissent d’autant plus absurdes et inhumains. L’autrice pointe d’ailleurs du doigt les camps américains où les enfants sont séparés de leurs parents, ou encore ceux des Ouïghours en Chine dont on commence à prendre conscience de l’ampleur, mais aussi l’islamophobie, le racisme et le nationalisme qui règnent sur toutes les élections, les réseaux, sous couvert de nationalisme et de protectionnisme. Cette critique de notre société est quelque chose que je salue et qui devrait être plus présent en littérature.

Je me suis beaucoup remise en question avec ce roman, sur ce que je savais des musulmans par exemple ou de leurs préceptes. Sur ce qu’on nous montrait à la télévision ou aux informations : toujours les choses qui posent problème, toujours les attentats terroristes, les meurtres, les actes qui divisent en y associant les mauvais mots, les mauvais termes. Mais nous montre t-on l’amour d’un père pour sa fille, les femmes qui portent le hijab de leur propre volonté, les diverses façons d’être musulman.e ? Jamais. Pourtant on voit les grandes célébrations chrétiennes, les crèches, les messes… Le traitement n’est pas le même selon les religions et finalement des personnes se retrouvent stigmatisées sous nos yeux sans qu’on ne fasse rien, sans que l’on s’insurge.

« Le camp Mobius ? C’est donc comme ça qu’ils l’appellent ? Ils lui ont donné un nom, comme si c’était une colonie de vacances et pas une prison ».

Donc, si Résistance a évoqué des réflexions chez moi alors, à mon sens, c’est un excellent roman. Bien sûr j’aurais préféré avoir un coup de coeur…mais je n’ai pas réussi à m’attacher à Layla, ou aux autres, il m’a manqué des éléments, et peut être aussi plus de profondeur dans l’intrigue. C’est parti pour la critique littéraire 😉

Emmenée de force avec ses parents, un sac à la main, des armes braquées dans le dos, Layla va être internée dans le camp Mobius. Oh rien à avoir avec les camps de concentration, la vie y paraît presque merveilleuse : chaque famille a son mobil home, travaux de jardinage, une bibliothèque et de la nourriture tous les jours. Seulement des drones sillonnent le ciel, les gardes exclusifs patrouillent le long de la clôture électrifiée et surmontée de barbelés, les livres autorisés se comptent sur les doigts de la main, et tous les musulmans sont regroupés en « groupe ethnique ». Diviser pour mieux régner. Assurer la sécurité de tous en obéissant au doigt et à l’oeil au directeur du camp. Un homme ignoble qui n’hésite pas à frapper, un lâche qui se sent supérieur maintenant que les bons blancs reprennent le pouvoir. Mais la résistance va se mettre en place petit à petit. Parce que si l’Histoire a tendance à se répéter, elle le fait également du côté des « gentils ».

« Independence, Californie. La ville où on débarque du train, en route pour notre internement s’appelle Independence. L’ironie de ce nom me révolte, tout comme le beau ciel bleu. Ce jour mériterait des nuages sombres et des orages. Une nuit permanente. Sauf que la Terre, le soleil et la lune continuent leur chemin, sans se soucier de nous. »

Le problème pour moi fut que tout se soit déroulé du point de vue de Layla, une jeune adolescente de dix-sept ans qui se trouve aussi être une tête brûlée. Bien sûr il faut du courage, de la bravoure et sans doute de la naïveté pour faire ce qu’elle fait. Mais quand elle sort une première fois après le couvre-feu pour prendre l’air…alors qu’elle sait que cela met en danger sa famille, ça m’a agacée. On parle de ses alliés au dehors, et bien sûr la résistance au XXIe siècle s’opère aussi à travers les médias et la presse. J’aurais aimé qu’on voit d’autres points de vue, ceux de l’extérieur mais aussi pourquoi pas ceux des parents, ou des anciens qui apparaissent trop souvent comme des lâches à travers le regard de l’héroïne. Autre chose qui m’a fait lever les yeux au ciel : l’aide qu’elle reçoit de l’intérieur, qui tombe beaucoup trop vite dans le cliché.

« Ça relève presque de l’alchimie quand un être humain en touche un autre et rend la solitude un peu moins terrifiante. »

En dehors de cela, le roman est assez lent, ce que j’ai apprécié dans la mesure où on voit l’évolution des péripéties au fur et à mesure, des petits actes aux plus gros, une escalade d’événements mais aussi de violence où on a le cœur tiraillé entre l’idée de se taire et celle de se battre. J’ai beaucoup aimé aussi les dissensions qui se créent entre les habitants de Mobius, entre les jeunes et les plus anciens, entre les différents secteurs, et bien sûr entre les opprimés et les collaborateurs, ceux qui le font par peur, obligation ou en toute loyauté. J’ai savouré chaque petit clin d’œil à la religion musulmane, des préceptes par exemple, des prières, ou des mots en langue étrangère, arabe ou indienne. La religion musulmane est représentée de façon plurielle même si j’aurais peut être aimé qu’on en voit davantage. Cependant je comprends que l’autrice ait voulu nous la rendre plus familière mais aussi souligner que musulmane ou non, athée ou pas, Layla est Layla. Avec son caractère, ses facettes, son amour d’adolescente pour David.

L’écriture de Samira Ahmed est simple mais fluide, vibrante de réalisme et parfois de poésie puisque les poèmes du père de Layla, Amin, rythment le récit, diverses petites morales qui donnent souvent des coups de pouce à l’héroïne. On assiste d’ailleurs à des autodafés en tout début du roman, où ses écrits seront brûlés. J’ai aimé que l’autrice fasse différentes allusions à ces poèmes, comme si la littérature résistait aussi. Comme Résistance vient briser les silences de nos consciences.

En résumé

Si pour moi Résistance aurait mérité un traitement plus approfondi, avec davantage de personnages, plutôt qu’une seule héroïne parfois trop bravache, il n’en reste pas moins que Samira Ahmed a réussi son pari : nous faire réfléchir. Nous pousser à observer, ouvrir les yeux, réfléchir sur ce qu’on nous dit et surtout à nous ouvrir, aux autres cultures, à faire preuve d’humanisme, en somme, face au futur – ou au présent – parfois trop sombre qui nous menace.

Une autre chronique à retrouver ici : Les Fantasy d’Amanda

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