Gorilla Girl de Anne Schmauch

Vous savez que la couverture fait beaucoup ? Bon et bien cette couverture j’avais un peu de mal, je voyais bien qu’elle avait du pep’s, un peu de rock, mais c’est véritablement le résumé qui m’a convaincue. Et ensuite…que vous dire ? C’est un exprim’. Tout devrait tenir dans cette expression : c’est un Exprim’ et c’est donc nécessairement une tuerie.

Résumé éditeur

Je m’appelle Léone et je suis faite pour le rugissement.
J’ignore quelle grognasse de fée s’est penchée sur mon berceau, mais j’ai un talent certain pour la baston. Le problème quand tu es une meuf et que tu as le coup de poing facile, c’est que, niveau mecs, tu es condamnée au supplice de Tantale. A croire que je leur fais peur…

Ma mère pense que je vais droit dans le mur. Mais c’est faux ! Ma vie est pleine de projets sérieux : recouvrir Paris de graffs anarchistes, renverser le patriarcat, soigner mon look de leadeuse d’un groupe punk…

Et l’amour dans tout ça ?
Mouais.
L’amour c’est comme les grenades de désencerclement : ça finit toujours par t’exploser à la figure.

Mon avis

J’ai adoré. Voilà. J’ai vécu par procuration tous un tas de moments épiques et angoissants face à des mecs qui se prennent pour des caïds où Léonne a sorti les poings et où je me serais plutôt carapatée en courant, la peur au ventre. Parce que Léonne… Comment vous dire ? C’est une héroïne. Une femme de notre époque qui a bien compris que certaines choses ne rentreraient jamais dans la tête de certain sans un bon coup de poing pour l’y faire entrer. Bon ok, parfois Léonne dépasse les bornes. Mais pour le reste…aaaah quelle joie, je vous jure c’était quasi jouissif. Bon, au lieu de vous parler de mon exaltation devant tant de mâchoires d’abrutis écrabouillées, parlons plutôt du roman en lui-même.

Le roman s’ouvre sur un sacré quiproquo : une partie de jambe en l’air avec la mauvaise personne. Comment est-ce possible me direz-vous ? Parce que c’est Léonne et parce qu’elle a quand même un peu la poisse alors, croyant que Viktor le suivait dans cette chambre, juste avant la nouvelle année, elle n’a pas vérifié une fois dans le noir. Et Basien, croyant suivre Delphine, n’a pas vérifié non plus. Alors le noir, l’alcool aidant, et puis l’absence de phrases articulées n’ont guère aidé. C’est une scène drôlatique qui ne manque pas de nous donner une idée de l’histoire dans laquelle nous entraîne Anne Schmauch. Une histoire où une nana peut coucher avec qui elle veut sans rendre de compte à personne même si ce n’était pas forcément avec le bon mec.

Parce qu’avant tout de chose c’est un roman féministe, dans le sens où on assiste à des scènes de femmes fortes, qui mettent à bas des skinheads persuadés que la famille c’est un papa une maman, que la femme doit faire la cuisine et surtout fermer sa bouche – et ça…ben Léonne elle est pas très douée -, mais je dirais que c’est surtout un roman de son époque où les femmes sont libérées. Les personnages de Céleste – sculpturale, libertaire, profitant de parties de jambe en l’air comme on dégusterait un chocolat -, de Pauline – lesbienne qui a bien envie de profiter de la vie et accessoirement batteuse du groupe de punk -, Mona – en pleine préparation d’une thèse sur les batraciens et ayant découvert un hallucinogène aussi puissant que le LSD – m’ont tour à tour étonnée, fait rire, mais m’ont rappelé aussi des amies avec leur joie de vivre, leur franchise et leur façon de ne pas se laisser marcher sur les pieds. Et puis c’est drôle aussi, la plume d’Anne Schmauch est extraordinaire, donnant un caractère singulier et détonnant à notre petite Léonne et m’a arrachée plusieurs fois des petits rires ravis – et je m’empressais de lire des passages entiers à mon copain.

« Quand je dis que Céleste a quelque chose de surnaturel… le mec est tellement heureux de la voir qu’il est prêt à plonger dans la Seine, à 23 heures, dans une eau à cinq degrés pleine de boue et de trucs morts. Elle pourrait arrêter des guerres, Céleste. Il suffirait qu’elle marche entre les chars, et les soldats se prosternaient à ses pieds en disant que leur guerre est une insulte à la beauté des courbes de ses hanches, des trucs comme ça. »

Et bien sûr la vie de Léonne n’est pas toute rose. Entre sa famille de flics (le frère jumeau CRS, la mère cheffe de la Brigade contre le Proxénétisme et son beau-père complètement détruit par tout ce qu’il a vu et débitant des scènes de crime atroces) et ses nouveaux amis délinquants squattant un petit immeuble en attente de démolition, elle navigue à vue. Mais que se passera t-il quand ses deux mondes vont se rencontrer ? Se percuter ? Et qu’en sera t-il de sa relation avec Oscar, dont elle commence à comprendre que ça pourrait vraiment être quelque chose, du genre grenade de désencerclement massive dans son cœur de lionne ?

Parce que oui nous allons parler d’amouuur du genre qui te donne envie à la fois de taper dans les murs et de caresser son corps, du genre qui te donne les papillons et les frustrations, l’apaisement et la colère, un amour de Léonne qui a bien besoin parfois que Céleste lui décode les situations. Et franchement, j’ai toujours du mal avec les histoires d’amour, sauf celles qui me font palpiter, me donnent envie de les pousser, et qui tiennent davantage de leur lien que de leur physique. Et ben c’est une histoire d’amour comme ça.

Prudent, c’est pas le mot le plus chiant de la langue française ? Celui qui fait que tu passes à côté des trucs les plus excitants de l’existence ?

Et puis c’est qu’il y a d’extraordinaire, et que j’ai déjà évoqué par « vie par procuration » c’est que j’ai littéralement vécu la vie de Léonne : j’ai frissonné, j’ai serré les fesses, j’ai grimacé, j’ai eu envie de crier et peut-être même de hurler dans un micro, j’avais une espèce de fierté pour elle quand elle décidait de relever la tête, de la garder haute, mais aussi quand elle laissait parler ses émotions. Voilà, Léonne c’est un personnage comme ça. Un personnage de roman qui te donne envie d’être sa pote, de faire pleuvoir ses petits poings, d’empêcher des discours en faisant face aux CRS. Bien sûr qu’il y a un côté rocambolesque, un peu irréaliste dans sa façon de toujours s’en sortir. C’est un roman. Mais c’est aussi un peu plus que cela.

En résumé

Gorilla Girl est un magnifique coup de cœur. J’ai tout aimé de ce roman : son ton entre le rire et la franchise ; ses personnages si entiers et si attachants ; son histoire d’amour à mettre des coups de poings dans des murs ; son héroïne qui pourrait être une amie un peu folledingue mais complètement géniale ; son côté féministe, anarchiste, revendicateur. Un roman à la fois léger et profond aux accents du XXIème siècle, à l’argot punk, aux propos électriques et à l’aventure abracadabrante. Un coup de cœur je vous dis. Et un peu de vie par procuration aussi 😉

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