Kra de John Crowley

Tous les amateurs et amatrices de John Crowley me font l’effet d’être un néophyte dans le monde des littératures de l’imaginaire. Qu’à cela ne tienne, je sais que vous aussi, lecteurs et lectrices vous l’êtes pour la plupart alors serrons-nous les coudes et partons à la découverte de ce Grand de la littérature de l’imaginaire que beaucoup regrettaient de ne pas voir plus souvent dans le paysage français. Grâce à l’Atalante, le revoilà, édité, et découvert par des petits bébés lecteurs aka moi même.

Résumé éditeur

Une corneille seule n’est pas une corneille.
Une corneille ne tue jamais une autre corneille.
Dans un futur proche ravagé par la pollution, un vieil homme nous raconte qu’une Corneille nommée Dar Duchesne – la première de tous les temps à avoir porté un nom – lui a raconté ses nombreuses vies et morts au pays de Kra.

Mon avis

Je vous avoue qu’il est bien difficile de chroniquer un roman pareil, qui s’apparente plus à une bible mystique qu’à un roman de fantasy, à l’histoire du monde qu’à un récit d’invention, bref à un livre terrifiant d’exigence. Mais puisqu’il y est beaucoup question de temps, d’immortalité et de morts je vais commencer par là. Kra a littéralement été une épreuve de patience. Ce n’est pas un livre que l’on dévore d’un seul coup comme un petit pain tout juste sorti du four. C’est plutôt comme un met exotique, rebutant de prime abord, mais dont chaque bouchée vous paraît plus délicieuse à chaque fois. C’est l’effet que m’a fait Kra. J’ai pris une première bouchée en septembre, je l’ai mastiqué, l’ait trouvé étrange, une histoire de corneille qui raconte des histoires, racontées par un vieil homme aux portes de la mort dans un monde décharné. Et j’en ai repris petit à petit pour voir se déployer toute l’histoire du monde des corneilles et du nôtre, depuis le royaume de Kra à celui d’Ymr, depuis le premier nom de Dar Duchesne à sa première rencontre avec les hommes, depuis sa première mort à sa première résurrection. Je ne suis pas une lectrice qui exige beaucoup de moi même. Les romans que je n’aime pas je les abandonne, j’attends que l’on me transporte d’emblée, j’attends de dévorer page après page, et je n’aime pas les jeux de patience auxquels je suis d’emblée perdante.

Mais Kra. Impossible de me dire « j’abandonne ». Impossible de me dire que je n’aurais pas fini un chef d’œuvre parce que plus l’histoire avançait plus j’en étais persuadée. Je voulais entendre les histoires de Dar Duchesne qui partit à la recherche de la Chose la Plus Précieuse et s’en revint paniqué après l’avoir volé aux hommes. Hommes qui courront toujours après cette chose. Je voulais savoir ce qu’il en était de notre monde, de sa naissance à sa déchéance, des premiers hommes, aux moines du christianisme, aux guerres et aux massacres, à ces relations si diverses et si étranges, parfois, à la mort et à la vie. Il fallait bien que je le finisse pour vous raconter l’histoire de cette lecture hors du commun. Alors je ne l’ai pas abandonné, et je l’ai terminé ce matin. Pour tout vous dire j’ai encore l’impression de planer, de survoler des étendus infinis de terres, à l’aube, et d’ordures, au crépuscule, encore l’impression d’avoir un « côté bec » pour indiquer le nord.

Je ne vous dirais pas que c’est un coup de cœur parce que Kra n’en est pas un. Dar Duchesne est une corneille avec ses appétits de corneille, ses émotions de corneilles, et bien qu’il conte très bien les histoires il m’a manqué trop souvent de sentiments pour que je sois « touchée » au cœur. Et pourtant. N’y a t-il pas dans ces multiples histoires qui n’en forment qu’une grande, immense, une forme de réconfort, de rédemption face à la mort ? La certitude que nous ne sommes que peu de choses face à l’immensité du temps ? L’idée, philosophique, mélancolique et poétique selon laquelle la mort, bien qu’une fin en soi, soit aussi une des plus belles choses à chérir ? Sans vie, point de mort et sans mort, point de vie. Là où d’autres placent l’immortalité comme un but, là où les humains chercheront toujours à trouver la Chose la Plus Précieuse, l’absence de mort, la vie éternelle, John Crowley nous réconcilie avec ce qui fait de nous des êtres vivants : notre inévitable destin.

« Nous sommes maintenant faits d’histoires, mon frère. Voilà pourquoi nous ne mourons jamais, même quand ça nous arrive. »

Alors oui, il y a des longueurs. Vous vous perdrez inévitablement dans les voyages de Dar Duchesne, vous vous lasserez peut-être des plaines, des repas guerriers et macabres (les yeux sont les meilleurs paraît-il), les corneilles vous apparaîtront tour à tour atroces, étonnantes et idiotes. N’ayant quasiment aucune des références citées par Patrick Gyger en préface, lui les ayant trouvées incroyables, il est possible, aussi, que je sois passée à côté de tout un tas de choses, de richesses et de sous textes. Mais que voulez-vous, même si je suis une néophyte au regard de ce roman, il n’en reste pas moins que l’impression que j’ai eu, de tenir un chef d’œuvre entre les mains, n’en est pas moins bien réelle.

En résumé

Kra de John Crowley est un des romans les plus exigeants qu’il m’ait été donné de lire de part son sujet, son personnage principal mais aussi son auteur. En quelques cinq cent pages de lignes et de mots serrés, l’auteur nous invite à une excursion philosophique, poétique et mélancolique entre le pays de Kra -celui des corneilles- et le pays d’Ymr -celui des hommes-. Véritable chef d’œuvre, inclassable, berçant le lecteur de contes, légendes et mythes, anciens et nouveaux, ma bibliothèque est devenue riche de sagesse et de lyrisme.

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